Parution : 12 avril 2014
Rwanda : l’Eglise catholique au cœur du génocide
Par Golias

Il y a vingt ans, près d’un million d’êtres humains - Tutsi pour la quasi majorité - étaient exterminés entre le mois d’avril et le mois de juin 1994. Le génocide auquel nous avons assisté fut en réalité minutieusement programmé et systématiquement organisé. Les responsables politiques de la France et de la Belgique (mais aussi de la Suisse et de l’ONU) portent une lourde responsabilité dans cette tragédie sans nom. Mais aussi l’église.

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Toutefois, à l’heure où certains « désinformateurs » professionnels jouent encore et toujours la fameuse thèse du « double génocide », il importe de dénoncer non seulement la raison d’Etat mais aussi la raison d’Eglise à l’œuvre dans la mécanique génocidaire rwandaise. L’Eglise catholique et des missionnaires
- en particulier les Pères Blancs - en étroite liaison avec L’Internationale démocrate chrétienne (IDC), étaient au courant des préparatifs du génocide. Cinquante après la Shoah, ils savaient. Or, ils se sont tus.
Au moment du cataclysme, nombre d’entre eux ont même rapidement fait leurs bagages et sont rentrés chez eux en Europe, en abandonnant leur petit peuple de fidèles découragés entre les dents des loups qui les broyaient dans les chapelles et les églises. La plupart de ces religieux missionnaires n’ ont rien fait pour arrêter ce crime contre l’humanité. Pis, certains ont soustrait à la justice et « exfiltré », par des filières caritatives, notamment des responsables génocidaires proches de l’entourage du président Habyarimana ainsi que du personnel de l’Eglise catholique coupables de génocide (les abbés Rukundo et Seromba en particulier condamnés par le TPIR d’Arusha et les deux religieuses Sœurs Gertrude et Kizito condamnées, elles, par la justice belge). Aujourd’hui, les Pères Blancs font partie des gens aux « mains propres » dont le seul fait de ne pas avoir tenu la machette, doit leur valoir une sympathie universelle.
Sauf qu’ils correspondent parfaitement à la définition du « complice » telle que la donne le philosophe Yves Ternon dans son ouvrage L’Etat criminel (p. 123) : 
« Les complices, eux, ne se salissent pas les mains. Mais dans un environnement criminel, ils contribuent à développer la mentalité génocidaire, c’est à dire le consentement progressivement acquis d’une société à s’engager dans le meurtre collectif de membres d’un groupe. Par leur consentement, les complices favorisent l’escalade d’une violence qui commence par la formulation d’une idéologie de victimisation pour s’achever par la mise en pratique d’une politique d’extermination. »
Pourquoi alors une telle posture de la part des grands serviteurs de l’église missionnaire en Afrique ? Le Rwanda, au début du XIXe siècle, apparaît comme un champ privilégié pour l’expansion catholique. La hiérarchie religieuse et les Pères Blancs y ont projeté une cité, un « royaume chrétien », souhaitant réaliser là ce qui en Europe avait échoué et une sorte de modèle pour le passage de l’Afrique au christianisme. Le pays était à l’ époque aux antipodes de la situation qui produira le génocide. Rien de tel à l’origine, où les deux populations Tutsi et Hutu cohabitaient sans drame.

POUR ALLER PLUS LOIN
[découvrez l’ensemble de notre article dans Golias Hebdo n°331]

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Rwanda : l’Eglise catholique au cœur du génocide 2 juillet 2014 20:35, par Nathalie

Afin de compléter l’information sur le sujet, je signale une série d’émissions actuellement sur France Culture, dans La fabrique de l’histoire (9h00-10h00)

http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-rwanda-14-2014-06-30
De retour d’un voyage d’étude au Rwanda en avril 2014, avec une équipe de chercheurs français, Emmanuel Laurentin, consacre la semaine à l’histoire du génocide rwandais, avec Jean-Pierre Chrétien et Marcel Kabanda pour leur ouvrage « Rwanda. Racisme et génocide. L’idéologie hamitique » (éd. Belin).

http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-rwanda-24-2014-07-01
Entre le 30 mars et le 8 avril 2014, une quinzaine de chercheurs français et de survivants au génocide des Tutsis du Rwanda ont cheminé ensemble de mémoriaux en lieux de mémoire afin de comprendre ce qui s’était passé là-bas vingt ans plus tôt, en 1994. Menés par Hélène Dumas et Stéphane Audoin-Rouzeau, et soutenus par l’Institut Français et leurs centres de recherche, beaucoup d’entre eux n’étaient jamais allés dans ce pays. Ils sont pourtant spécialistes des crimes de masse et des génocides du XX° siècle. Ils arrivent donc avec leurs outils conceptuels et leurs grilles d’interprétation conçues pour la Shoah, le génocide cambodgien, les crimes en ex-Yougoslavie ou les massacres staliniens. Ils doivent à la fois comparer mais aussi laisser place à la surprise, à la sidération parfois, quand le minibus fait un détour pour laisser un des participants au voyage, expert en médecine légale, établir un diagnostic sur une fosse commune récemment ré-ouverte. En suivant ces chercheurs jeunes ou plus expérimentés, ce documentaire cherche à montrer comment la recherche historique peut tirer parti, comme la géographie, de l’arpentage du terrain mais aussi comment une certaine émotion, au contact des survivants, trouble les processus habituels du travail universitaire. Comment intègre-t-on les témoignages des survivants à son questionnement ? Les milliers de crânes et de fémurs exposés dans les mémoriaux servent-ils à établir des faits historiques ou à éduquer les générations futures sur ce génocide ?

Avec Hélène Dumas, Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker, Henry Rousso, Elizabeth Claverie, Nicolas Werth, Martin Muhoza, Emilienne Mukansoro, Yann Giraud, Mathieu Potte-Bonneville.

http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-rwanda-34-2014-07-02

Avec en plateau Hélène Dumas, docteur en histoire à l’EHESS, spécialiste de l’histoire du génocide des Tutsi rwandais de 1994, auteur de "Le génocide au village (Le massacre des Tutsi au Rwanda)" (éd. Le Seuil) et Magnifique Neza, doctorante à l’EHESS.
Et un entretien avec Martin Muhoza, rescapé du génocide, membre du CNLG (Comité National de Lutte contre le Génocide ) et accompagnateur du voyage des chercheurs français en avril 2014 sur les lieux de mémoire du génocide

Et demain jeudi, le dernier volet : débat sur une micro-histoire des génocides, avec Isabelle Backouche, Pierre Benetti, Nicolas Werth.

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Rwanda : l’Eglise catholique au cœur du génocide 26 avril 2014 17:03, par Reine Playner

Merci pour votre intervention hier soir à Metz
Ce fut un véritable éclairage sur ce génocide !

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