Parution : 18 avril 2014
Pâques : le chemin des femmes
Par Golias

Nous sommes en pleine Semaine Sainte, faisant mémoire, c’est-à-dire actualisant le Mystère Pascal de mort et de résurrection. La résurrection n’oublie pas la mort ; le Ressuscité se manifeste en montrant les plaies du crucifié. Vatican II a rappelé que toute personne vivait ce mystère (GS 22,5) dont l’Eglise témoigne, non seulement par des paroles mais aussi en actes et en vérité. Elle est donc toujours en état de conversion, semper reformanda, c’est-à-dire devant toujours être réformée.
Toute la question est de savoir si la réforme doit être cosmétique, ne touchant que le superficiel, ou plus profonde, en s’attaquant aux « structures de péché » qui peuvent marquer l’Eglise.

53 commentaires
En pied de l'article.

Ce jeudi de la Grande Semaine, ce Jeudi Saint, beaucoup de prêtres et d’évêques referont le geste de Jésus : ils laveront les pieds d’une douzaine de personnes. Tout aura été programmé d’avance et personne n’osera refuser comme Pierre. Ainsi, le mâle ordonné pourra continuer à présider la célébration, en oubliant qu’il vient d’accomplir un travail féminin. Le plus souvent, on entend que Jésus a pris la place du serviteur. Ce qui est vrai mais cela risque de masquer le fait que, le plus souvent, ce sont les femmes qui servent… Qui, traditionnellement et surtout dans notre Eglise, lave, sert et nourrit ? Le prêtre pourra continuer prétendre exercer le pouvoir comme un service, sans se soucier de la voix de celles qu’il vient d’imiter à la suite du Seigneur.

Pourtant, les textes bibliques relus pendant la Semaine Sainte nous invitent à repenser profondément les relations entre les hommes et les femmes dans l’Eglise. Et pour vivre autrement le Mystère Pascal, nous vous proposons de tenir d’une main votre missel et de l’autre Le Déni (cf. Golias Hebdo n° 319 et 331), ouvrage bouleversant comme le sont les récits de la Passion et de la Résurrection ! Lors de la Cène, Jésus dit à Pierre : « Plus tard, tu comprendras ! » Et juste après, dans le même Evangile de Jean, Jésus annonce à ses disciples que l’Esprit les guidera vers la vérité tout entière et qu’ils feront des œuvres plus grandes que les siennes. Paroles étonnantes : l’Eglise ne posséderait donc pas encore la vérité ? Que pourrait-elle faire de plus grand que son Seigneur ? Le livre Le Déni de Maud Amandier et Alice Chablis nous offre une réponse en citant Teilhard de Chardin : « Il m’a semblé que dans l’Eglise actuelle, il y a trois pierres périssables dangereusement engagées dans les fondations : la première est un gouvernement qui exclut la démocratie ; la deuxième est un sacerdoce qui exclut et minimise la femme ; la troisième est une révélation qui exclut, pour l’avenir, la Prophétie . » Durant toute sa vie, telle que nous la relate les Evangiles, Jésus n’a eu de cesse de délier les codes sociaux qui séparaient les personnes et notamment le modèle patriarcal qui faisait de la domination masculine une règle aussi évidente qu’immuable. Marie, sœur de Marthe a bien le droit d’être disciple et d’écouter la Parole ; la femme n’est pas là que pour servir en cuisine ! Et le Ressuscité se présente d’abord à des femmes qui deviennent ainsi « Apôtres des Apôtres » selon le mot d’Hippolyte de Rome. C’est à elles que le Christ confie l’annonce de la Bonne Nouvelle à des hommes quelque peu incrédules ! Mais les apôtres ont bien vite repris la main, à tel point que Paul ne les mentionne même pas quand il évoque les apparitions du Ressuscité.

Et si le fait de redonner la parole aux femmes redonnait du souffle à l’Eglise ? Et si les études sur le genre qui déconstruisent les modèles sociaux étaient parmi les signes des temps que l’Eglise est invitée à lire pour avancer en vérité, ou dans la vérité ? Il est encore temps, Messieurs les Curés et Messeigneurs les Evêques… Pour le dimanche de Pâques, si vous laissiez prêcher une femme ? En prenant la place du serviteur… pas seulement le Jeudi Saint ! Bonne Pâques…

53 commentaires

toujours au sujet de la discussion sur la vérité et ses preuves... je remonte cette réponse pour des questions de commodité de lecture.

On peut également formuler les choses ainsi :
« je ne sais pas, et très franchement je n’y crois pas »
Ce qui se défend autant que « je crois, bien qu’il me soit impossible de savoir ».
Pendant des millions d’années, le polythéisme et plus encore sous sa forme animiste, a été une certitude. Il l’est même encore aujourd’hui. Le christianisme n’a que 2000 ans. Ce sont des réalités.

Au nombre d’individus, le polythéisme est la réalité qui fait sens pour le plus grand nombre d’humains cumulés et donc, on prouve ainsi que le polythéisme est valide et qu’il faut plutôt envisager l’hypothèse dieux que l’hypothèse dieu.

Le christianisme nie l’existence de Dionysos. Ce dieu n’existerait donc pas. Pourtant, l’image christique en est une copie quasi-conforme. Dionysos naît du Père des dieux et d’une mortelle, il est tué, il est même partiellement consommé puisque seul son coeur est préservé (remémorons-nous la Cène) et il est ramené à la vie. Il est également transformé un temps en chevreau… on parle d’agneau de dieu… Son culte était aussi un culte à mystères… Pourquoi disqualifier Dionysos dont le culte existe au moins depuis la période mycénienne, soit environ 1 600 ans avant le présent ? D’autant que son culte connaît une résurgence aux Etats-Unis et en Europe et donc fait vérité pour ses adeptes ?
Sans doute parce que la foi n’est pas la connaissance et que son objet n’a pas besoin d’être la réalité, ce qui explique son maintien pour chacune des religions, malgré l’ensemble des découvertes scientifiques (sciences dures et humaines comprises) qui petit à petit ramènent chacun des écrits à ce qu’ils sont et non à ce qu’on en a dit pendant des siècles.

Toute religion produit un discours. Ce discours doit non seulement démontrer mais encore disposer l’auditeur à le croire. La rhétorique vient donc au secours du discours. Aristote considérait que le persuasif ne dépendait pas du rapport à la vérité mais du rapport à la situation d’énonciation. Ce qui amène donc, pour accepter cette posture, à s’extraire du jugement moral et accepter que si la vérité avait suffit à convaincre, il n’y aurait point eu besoin de discours. Or la rhétorique évangélique a pour but de faire valoir « une vérité » par un discours qui excède, au moins du point de vue historique, cette vérité. Ce qu’Augustin synthétise très bien en considérant que « la rhétorique doit servir à défendre et répandre la doctrine chrétienne ». Ce qui n’a pas forcément à voir avec la vérité. Si donc les Pères s’y mettent…
En fait, une hypothèse, fut-elle des plus séduisantes, ne saurait valoir preuve tant qu’elle n’a pas été concrètement démontrée et que l’expérience n’a pu être renouvelée dans la même forme et avec les mêmes paramètres un nombre de fois suffisant pour qu’on puisse considérer qu’il ne s’agit pas d’un résultat aléatoire dû au hasard.
Sauf à considérer, par exemple, que la croyance la plus répandue qui consiste à considérer que la femme ne saurait être l’égale de l’homme et n’a d’autre usage que son service et la reproduction est une vérité, puisque le nombre des humains qui y croient se compte en milliards et qu’on peut voir les effets de ce principe, au hasard, dans la suppression physique des petites filles en Chine ou en Inde, ou leur vente annoncée par boko haram. Au nom de cette croyance qui par le nombre de ses adeptes fait preuve, pourquoi s’émouvoir de cette situation finalement ?
Et combien d’autres affirmations de cette sorte devraient-elles être également considérées comme des preuves de vérité ?

repondre message

Pâques : le chemin des femmes 4 mai 2014 15:42, par un prêtre du diocèse de Lyon

Un petit entracte musical... avant de reprendre la semaine qui vient.

Ce qui s’appelle se faire obéir " sans bouger le petit doigt...ni la baguette... mais à l’œil "

Vous avez le droit de sourire et même je vous y encourage... dans ce monde de brutes !

Bonne semaine à toutes et à tous

https://www.youtube.com/watch?v=oU0Ubs2KYUI

repondre message

Pâques : le chemin des femmes 23 avril 2014 14:46, par Pierronne la Bretonne

Je pense que les propos du Père Pierre Teilhard de Chardin doivent être compris comme venant d’une personne qui n’avait nullement l’intention de réduire l’Eglise au niveau d’une communauté profane. Il faut les considérer dans la perspective de la nature et de la mission spécifiques de l’Eglise. L’esprit démocratique mérite d’être promu dans l’Eglise, mais la démocratie n’est pas la panacée, bien qu’elle reste le meilleur système pour un Etat. Elle ne peut s’appliquer simplement à l’Eglise, sous peine d’y voir surgir les tyrannies qui lui sont inhérentes. Selon moi, l’Eglise doit être conduite par les "aristocrates du coeur", pour reprendre une notion chère à Nicolas Berdiaev. Contrairement à ce que d’aucuns disent, les évêques ne devraient pas être des hommes mariés qui soi-disant comprennent mieux les problèmes de chacun, mais des moines qui forment l’avant-garde de l’Eglise (bien entendu, pas des obscurantistes), des hommes comme Teilhard de Chardin. En ce qui concerne la femme, son indispensable présence ne doit bien évidemment pas demeurer à la traîne dans la soumission. Cependant, il faut se garder de l’illusion d’un combat féministe qui déboucherait sur le grand soir (Cf. le sextrémisme de Femen). Bien sûr, peuple de prophètes, l’Eglise, front de l’humanité, tournée vers l’avenir, doit absolument devenir plus prophétique et s’engager dans les perspectives de Pierre Teilhard de Chardin, Paul de notre temps.

repondre message

| © Le site officiel de GOLIAS pour les informations d’actualité 2009-2017 | Fait avec : SPIP et Thélia plugin thelia |

| Courriel à la Rédaction | RSS RSS | Adresses Postale et bancaire | Mentions légales | à propos de Golias |

article jeune