Parution : 18 avril 2014
Harlem Désir d’avenir !

« Promoveatur ut amoveatur ! » J’utilise souvent cette locution latine illustrant le Principe de Peter et qui signifie : « qu’il soit promu pour que l’on s’en débarrasse ! » Je l’aime beaucoup. Chacun ses petites manies… Elle est souvent appliquée à Rome, du côté du Vatican. Tel monsignore dont on ne sait que faire dans tel dicastère et que l’on renvoie dans son pays d’origine à la tête d’un diocèse – avec parfois la dignité d’archevêque – en fonction du niveau d’incompétence. Plus on échoue, plus on grimpe les échelons dans la hiérarchie…

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En pied de l'article.

Elle s’applique encore une fois au sujet des nouveaux secrétaires d’Etat nommés cet après-midi par « le président de la République, sur proposition du Premier ministre ». Harlem Désir, nouveau sous-ministre aux Affaires européennes, vient d’être exfiltré du secrétariat national du PS. Pour une raison simple : il a échoué à diriger le parti présidentiel, dont la déculottée municipale fut la démonstration criante de ses inaptitudes. Mais il sera dans le « gouvernement de combat ». Dans un article du quotidien Le Monde, un dirigeant socialiste ne fait pas mystère de cette comédie qui se joue sous nos yeux : «  Une telle opération est une farce. D’un côté, Harlem accepte d’être humilié pour un plat de lentilles ; de l’autre, Hollande et Valls récompensent l’échec en lui disant : ‘Tu as tellement démérité au PS que l’on te nomme au gouvernement de combat !’  »

La situation ne manque évidemment pas de sel… D’autant qu’il est nommé à un poste clef du dispositif gouvernemental (qui touche à l’Europe), pour paraphraser Ségolène Royal, qui est revenue – elle – au poste qu’elle occupa il y a vingt-deux ans… La France est nostalgique, elle regarde ce qui a bien marché dans le passé. Elle aurait voulu Rocard, elle s’est choisi Valls qui fut l’attaché parlementaire du père du RMI et de la CSG… François Hollande rejoue les deux septennats de François Mitterrand en cinq ans ! Revenons donc à ce cher Harlem Désir : il sera encadré, il ne fera rien si ce n’est inaugurer les chrysanthèmes européennes, les dossiers étant traités directement par l’Elysée et le Quai d’Orsay. Un bureau doré sans grande possibilité – pour lui – de participer à la prise de décision. Sans même un rôle d’influence…

Ce n’est pas la première fois que l’on mute un patron de parti en échec (le patron et le parti) à un ministère ou un secrétariat d’Etat. Une promotion, inévitablement. Souvenez-vous de Patrick Devedjian, dirigeant l’UMP après l’élection à la présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 et qui deviendra fin 2008 ministre de la Relance ! Vous souvenez-vous de la Relance ? De l’emprunt d’Etat ? De cette croissance que l’on « irait chercher avec les dents » ? Eh bien, Patrick Devedjian exprimait déjà ce fameux Principe de Peter dont nous parlions au départ. Comme aujourd’hui Harlem Désir.

A coup sûr, le nouveau secrétaire d’Etat aux Affaires européennes sera sans doute débranché rapidement. On n’en entendra pas parler. Il ne devrait pas déclencher une guerre avec un pays de l’UE dans le dos du chef de l’Etat. Il sera inoffensif. Comme cela s’était déjà passé en 2008 : Patrick Devedjian quitta son ministère moins de deux années plus tard. La Relance se passerait finalement de lui. Qu’en sera-t-il d’Harlem Désir ? Connaîtra-t-il le même destin ? Le même avenir ? Lui qui fut imposé par Martine Aubry à sa succession, qui pour l’appuyer à présent ? Ce « plat de lentilles » a un goût amer pour celui qu’il faudra bien recaser quelque part, un jour ou l’autre. D’autant qu’il était député européen et ne le sera plus, qu’il n’a pas de fief bien dessiné si ce n’est l’Ile-de-France (il est conseiller municipal d’opposition d’Aulnay-sous-Bois mais son site officiel n’en fait même pas mention…). Un fromage doit bien traîner quelque part…

Au Sénat ou à la tête d’une région, encore que les régions visiblement devraient voir leurs territoires – et leurs compétences – prendre une nouvelle dimension et l’on imagine mal Harlem Désir à la tête d’un exécutif de premier plan. Hélas, finalement. On peut, quand on y réfléchit, être un excellent président d’association, d’envergure nationale, un président charismatique même et se révéler un piètre homme politique, conventionnel et consensuel et peu auréolé de faits d’armes victorieux.

Si quelqu’un a une idée pour l’exécutif et le nouvel « homme fort » de l’Europe en France et de la France en Europe, qu’il n’hésite pas à en faire part « à qui de droit ». Mais c’est encore un mauvais exemple donné de la part du politique. Qu’il faut déplorer car si Manuel Valls accomplit réellement ses pactes et plans pour la France – entre autres l’évolution territoriale des régions (nouveaux « Länder » français), la suppression des départements d’ici à 2021 et l’évolution des intercommunalités, que je salue et soutiens – il permettra la transformation de la vie politique, l’assainira même. Mais là, Harlem Désir...

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Hommage et meilleurs voeux à Harlem Désir 19 avril 2014 19:41, par pierre mabire

Trop facile de tirer sur le pianiste !

Harlem Désir a été Premier Secrétaire du PS par la volonté de ceux qui l’ont voulu, au premier rang desquels François Hollande. Ca arrangeait beaucoup de monde pour faire barrage à J. CH. Cambadélis. Ainsi va la vie joyeuse au sein des grand partis politiques où l’on excelle dans les guerres de tranchées. Qui a demandé à H. Désir d’être un meneur d’hommes, un faiseur d’idées, un catalyseur ? Personne. Je l’assure : personne ! Il ne fallait surtout pas un homme, et moins encore une femme, à cette place qui soit un leader.

On demande au "parti du Président" de soutenir le président. Un point et c’est tout.

Quel qu’ait été celle ou celui qui aurait été Premier Secrétaire à la place d’Harlem Désir, depuis l’élection de 2012, il (elle) n’aurait eu d’autre choix que de soutenir toutes les bourdes gouvernementales, les erreurs de cap, l’indécision présidentielle, taire les impatiences de Matignon à l’égard de l’Elysée. Bref, être loyal de bout en bout, faire profil de plus en plus bas, mettre le drapeau du PS dans la poche en attendant des jours meilleurs, dire "amen" à toutes les âneries de l’exécutif, avaler des chapeaux et des couleuvres.

Pour la sortie de Harlem Désir du poste de Premier Secrétaire, les sphère politico-médiatique a employé, non sans mépris, d’ "exfiltration", comme on le fait pour les agents spéciaux, doubles ou secrets, ou les taupes infiltrés dans le milieu du grand banditisme ou de la drogue.

Le milieu dont on parle n’est autre que le PS. A croire que c’est une organisation de terroristes dangereux puisqu’il aura fallu "exfiltrer" celui que le Président Hollande avait mis en place pour s’assurer de l’immense mansuétude de son Parti à son égard, à défaut "d’exfiltrer" ce même président de l’Elysée où il reste encore un danger et une menace pour le pays.

Ben oui, son son début de quinquennat, la montée de l’extrême-droite à encore connu une forte poussée électorale, résultat d’une politique économique et sociale particulièrement médiocre et lacunaire. Voilà le résultat !

En conclusion, Harlem Désir ne mérite certainement le traitement qui lui est fait dans cet article (comme dans d’autres du même tonneau). Pourquoi d’ailleurs hurler avec la meute contre cet homme qui n’a fait que rendre service ? On ne peut que lui souhaiter de prendre du plaisir à défendre l’idée européenne et à la développer car on a véritablement besoin d’une Europe politiquement forte pour préparer l’avenir.

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