Parution : 30 avril 2014
Prévision

Celles que font les hommes sont bien aléatoires, comme ils le constatent à l’expérience. Pourtant tous n’ont pas la sagesse de se rendre à cette évidence, et persistent à leur faire un immodéré crédit. Ainsi ai-je appris, selon une information rapportée par The Guardian, qu’au Royaume-Uni le ministre des Retraites Steve Webb a proposé que des experts déterminent l’espérance de vie des futurs retraités pour que ceux-ci puissent adapter la gestion de leurs finances à leur date de décès estimée. Des experts pourraient analyser des facteurs comme la consommation de tabac, les habitudes alimentaires, le code postal ou la catégorie socio-économique pour déterminer une espérance de vie probable. (Source : Slate.fr, 17/04/14)
Ainsi, dans le cas où le test montrerait une faible espérance de vie, on n’aurait pas besoin de mettre beaucoup d’argent de côté pour plus tard. Et dans le cas contraire, il faudrait beaucoup épargner pour assurer le confort de sa vieillesse. Quelle belle invention pour rationaliser le système des retraites ! Et quelle belle prouesse économique !

2 commentaires
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Cette vision prévisionniste et statisticienne de la vie me semble d’une insupportable prétention. Qui sait en effet ce que l’avenir nous réserve ? D’abord nul n’est à l’abri d’un accident extérieur indépendant de sa volonté, et un vieillard peut vivre plus longtemps qu’un jeune : voyez Le Vieillard et les trois jeunes hommes, de La Fontaine. Mais aussi qui oserait prévoir en général son propre destin ? On ne peut avoir maîtrise sur tout, et la vie ne se gère pas comme un compte en banque. De tout temps la sagesse des nations l’a vu : l’homme propose, disait-on autrefois, et Dieu dispose. Bien sûr, c’est un fait que la mort nous attend tous. Mais qui connaît le moment où elle va arriver ? Mors certa, hora incerta, disaient les Latins : La mort est certaine, mais l’heure en est incertaine. L’Évangile dit de même : « Veillez donc, puisque vous ne savez ni le jour, ni l’heure. » (Matthieu, 25/13)
C’est un trait de l’époque moderne que la dénégation du destin  : on veut à tout prix défataliser la vie, avoir une totale maîtrise sur son déroulement. Un tel triomphalisme relève de cette Hybris, ou orgueil démesuré, que venait pour les Grecs châtier la Némésis, ou justice immanente. Car si l’homme joue, le cours des choses le déjoue, et il n’est jamais prévisible.

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Prévision 5 mai 2014 16:51, par Françoise

Bonjour Michel

Le procédé est surtout pervers. Puisqu’à partir du prévisionnel, les assurances, mutuelles, etc, ainsi que les employeurs pourquoi pas, pourraient contraindre un individu à prendre tant de jobs différents, tant de contrats chez eux, épargner à tel taux. L’objectif de ces prévisions étant de spéculer sur la vie, et c’est déjà d’une certaine façon ce que font les assureurs et mutuelles, même si ça ne va pas aussi loin.
Bien sûr que le prévisionnel ne pourra être respecté dans la mesure où le pourcentage d’aléas de santé, d’accidents divers et variés, de drames, peut écourter une vie pourtant potentiellement longue.
Et puis, il y a autre chose qu’amèneraient ces prévisions : une augmentation des inégalités sociales encore plus importante. Mais aussi on pourrait voir des pouvoirs publics comme privés qui pourraient s’arranger pour pousser les gens au bord de la tombe plus vite, pour qu’ils soient plus rentables plus vite pour différents organismes privés (banques, assurances, etc). L’intérêt de ces groupes étant de faire de la spéculation pour gagner un maximum d’argent sur le dos des citoyens, vous comprenez dès lors, l’usage des prévisions que feraient ces groupes.

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Prévision 5 mai 2014 01:03, par Gabrielle Lustucru

Il a toujours raison, ce bon sacristain ! Je travaille dans un service de prévision des marchés et je reste perplexe et confondue par ce genre d’exercice. Surtout par le fait qu’il soit si bien payé et occupe autant de gens, d’experts, de nos jours. On a heureusement rarement le temps de revenir sur les prévisions faites pour voir si elles tenaient la route - ce ne sont que des prévisions - et c’est la fuite en avant. Il suffit que le discours prévisionnel soit cohérent et donne l’impression, oui, que l’on maîtrise la situation. Le plus curieux est ce ton péremptoire des propos prévisionnels. Il conviendrait pourtant de ne pas faire de synthèse prévisionnelle, jamais, mais de simplement exposer les données dont on dispose hic et nunc. D’autant que les prévisions trop synthétiques et affirmatives influent de nouveau sur le réel. On le voit bien en bourse.
Alors, comme le disent les Allemands, "laissons-nous surprendre" !

(A ce propos, je note un consensus tactique du silence quant à savoir, prévoir, si oui ou non, le pape François va ouvrir le mariage aux clercs, avant ou après ordination. On dirait que chacun retient son souffle et - pour ne pas mettre en péril cette réforme - plus personne ne fait de prévisions sur ce thème. J’y vois une prudence honorable si l’on considère que le clergé célibataire qui a tenté toute sa vie de garder la chasteté, peut considérer - inconsciemment - qu’il n’y pas de raison que les jeunes n’en chient pas autant qu’eux. OU bien encore, beaucoup n’ont pas envie que leurs liaisons risquent d’apparaitre au grand jour via pareil changement. Car pour eux, le mariage n’est pas forcément la solution idéale pour leurs amours derrière le rideau. En tout état de cause, laissons notre Jésuite de pape manœuvrer au mieux ses pharisiens hypocrites. Mais chut ! Ne pas publier cette parenthèse).

J’ajoute encore - mais ne pas publier - que l’Eglise ancienne choisissait ses prêtres et évêques parmi les anciens, en tout cas parmi des hommes d’expérience, et non parmi des enfants de chœur puceaux comme c’est désormais la règle. C’est vraiment faire fi de l’expérience existentielle au profit d’une pureté sans valeur et "improbable" comme on dit maintenant (Et chacun peut constater que les vocations tardives sont bien plus solides). Bref, c’est pousser des jeunes idéalistes à l’angélisme. Or qui veut faire l’ange... Depuis quand et "grâce" à qui le bon sens existentiel a-t-il quitté l’Eglise de Rome ? L’histoire permettant de relativiser ce qui paraît éternel.

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