Parution : 6 mai 2014
Inhumation

C’est le fait de rendre à la terre ce corps qui en provient. N’oublions pas que les mots « homme » et «  humus » ont la même racine latine. Comme aussi « humble », « humilité ». En hébreu aussi le nom d’Adam, notre ancêtre, signifie : « tiré du sol ». Chouraqui le traduit d’ailleurs par « Le Glébeux » ! Ramassons donc seulement une motte de terre, et nous pouvons méditer sur notre vrai destin. Mourir, c’est seulement revenir d’où nous sommes sortis, et ranimer la nature sous une autre forme. La mort prend, désassemble, et redonne en réassemblant, comme dit Schopenhauer dans sa Métaphysique de la mort. Ou encore comme dit Valéry dans Le Cimetière marin : « Le don de vivre a passé dans les fleurs. »

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Là est la sagesse. Mais beaucoup ne l’ont pas. Je pense à ce fait-divers rapporté par la presse (AFP, 04/04/2014) : un tribunal de Blois a ordonné l’exhumation et la séparation des corps d’un couple de divorcés. Il a fait droit à la requête de la nouvelle femme du défunt, qui n’a pas supporté que son mari ait été inhumé, à l’instigation de sa belle-fille, à côté de son ancienne femme. Le Tribunal en l’espèce à parlé de « droits à la sépulture », qui devaient revenir à la seconde femme, la première après le divorce étant devenue « un tiers ».
Outre le côté « clochemerlesque » de ce jugement (délai de 2 mois pour le « déménagement » du corps, sous peine d’astreinte de 50 euros par jour de retard, payables par la belle-fille), je reste rêveur devant l’acharnement de la plaignante. Jusqu’où peuvent bien aller des haines, que la mort même ne peut apaiser ! Il suffit de voir ce qui reste de nous une fois notre corps rendu à la nature. Quiconque a pratiqué ce qu’on appelle une « réduction de tombe » voit bien que nous allons à la poussière. Les plus belles et poétiques épitaphes n’y font rien : quelques vers sur beaucoup d’autres…
Je donnerais volontiers ce conseil à la bénéficiaire du jugement : le vrai tombeau des morts c’est le cœur des vivants. La mémoire qu’on en garde est l’essentiel, et nous mourons vraiment quand plus personne ne se souvient de nous. Laissons où il est le cadavre, ce je ne sais quoi qui n’a de nom dans aucune langue, selon le mot de Tertullien rapporté par Bossuet. Car cette dame, même « victorieuse », est intérieurement empoisonnée par son animosité. Elle ne vit pas. Elle devrait bien prendre leçon de la parole connue : « Laissez les morts enterrer les morts. » (Matthieu 8/22 ; Luc 9/60)

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Inhumation 7 mai 2014 13:38, par Françoise

Le thème est compliqué et de toute façon nous interpelle tous et toutes de façon épidermique, Michel.
Alors que vous ayez noté des évènements judiciaires assez passionnels sur la question ne m’étonne pas.
Je crois que dans beaucoup de familles, il y a des tensions qui lors de la mort de certains proches, peuvent non pas ressurgir mais perdurer soit du fait d’un mauvais relationnel avec le défunt, soit un mauvais relationnel avec les proches.

Mon paternel a été enterré avec son grand-père paternel, faute de place dans le caveau familial. Comme nous avions coupé les ponts avec lui ma soeur, ma mère et moi depuis 10 ans, se sont des cousins qui se sont occupés des formalités. Logiquement, il aurait fallu inscrire son nom sur la pierre tombale mais ni maman, ni ma soeur ni moi ne l’avons fait. Personnellement, j’ai clairement choisi de ne pas le faire du fait des violences physiques, sexuelles et psychologiques que cet homme m’a infligé, a infligé à ma soeur et ma mère durant des années et des années. Ma soeur et ma mère m’ont culpabilisée de n’avoir pas fait ce geste (ne serait-ce que pour le qu’en dira-t-on) et d’autant plus étant donné que je gérais la succession, mais pour moi, clairement, je ne le ferai pas. C’est au-dessus de mes forces compte tenu du vécu traumatique que mon paternel m’a fait subir. Et vu tout ce que j’ai enduré encore durant 5 ans face à l’OD, entre flics, avocats, notaires, j’estime que j’ai fait plus que ma part. Ma soeur le fera peut-être, simplement par devoir, moi je ne peux pas.

Maman est décédée il y a un mois et demi (sans hélas avoir pu voir au moins une fois en vrai, Maïa : elle ne l’aura vue qu’en photo). Ca a été plus cool, sauf le diacre qui a été odieux pour la préparation de la cérémonie et s’est montré très intrusif.
Ca a donc été la grosse bagarre pour que nous puissions imposer les lectures, les textes de la cérémonie en lieu et place des textes apocalyptiques et des propos qu’il voulait tenir sur notre mère qu’il ne connaissait pourtant ni d’Eve ni d’Adam (le seul qui connaissait ma mère sur la paroisse était le prêtre mais le diacre a refusé que ce soit le prêtre qui se charge des obsèques, du coup, nous en sommes venues à nous demander ma soeur et moi si ce gars n’avait pas des accointances avec l’OD, étant donné son comportement) . Heureusement, nous avions à nos côtés le soutien des pompes funèbres qui ont été vraiment exemplaires et la famille, les amis de maman ont été heureusement très chics aussi. Mais c’est quand même lamentable que des religieux en viennent à agresser verbalement des familles qui viennent juste de perdre un proche et prétendent régenter tout, faire des cérémonies qui ne respectent absolument pas ni ce qu’était le défunt ni les proches. C’est hélas pas la première fois que je vois ça. L’an dernier, j’ai assisté aux obsèques d’une de mes élèves adultes dans un petit patelin proche de ma ville et le curé a été odieux. Le discours qu’il a fait, après la quête, pour parler de cette femme pourtant très engagée au plan humanitaire, social, très pieuse, a été abject. Peut-être avaient-ils des désaccords du vivant de mon élève, mais franchement, dans la série choc, c’était vraiment du haute gamme. Et le fait qu’il attende de voir les corbeilles pleines pour se répandre en propos agressifs contre la défunte, j’ai trouvé ça encore plus écoeurant.

Alors je ne sais pas, peut-être que ça vient que maintenant les obsèques se gèrent différemment d’autrefois, avec un protocole, un choix de textes réduits, des curés et diacres aigris ou mal lunés, mais ça devient vraiment pénible de devoir endurer des représentants religieux qui profitent de la cérémonie religieuse pour répandre leur fiel.

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