Parution : 19 mai 2014
Génocide arménien : Le devoir de mémoire

La veille du 24 avril, considéré comme la date anniversaire d’une tragédie qui hante la mémoire de tous les hommes épris de justice, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan présentait les condoléances de la Turquie aux « petits-enfants des Arméniens tués en 1915 ». En évoquant des « événements » et sans citer le mot qui fâche... Mais l’histoire récente et la réalité du génocide, parfois confondue à dessein avec des massacres, est-elle toujours bien appréhendée dans les médias ?

« Il n’est plus permis de feindre l’ignorance »

Les « excuses » du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan aux descendants des Arméniens tués en 1915 ont soulevé à juste titre l’indignation. Le génocide n’est toujours pas reconnu et ces condoléances laissent le goût amer de l’inachevé. « Le gouvernement a décidé de détruire tous les Arméniens résidant en Turquie. Il faut mettre fin à leur existence, aussi criminelles que soient les mesures à prendre. Il ne faut tenir compte ni de l’âge, ni du sexe. Les scrupules de conscience n’ont pas leur place ici. » Ce télégramme, envoyé à la préfecture d’Alep par le ministre de l’Intérieur Talaat Pacha, est à lui seul un réquisitoire. Alep, la grande ville du nord de la Syrie, plaque tournante des longs convois de déportés vers les déserts de Syrie et de Mésopotamie, massacrés, terrassés par la faim et la soif, poussés jusqu’aux grottes de Deir ez-Zor où les survivants seront brûlés vif.

Pourquoi ne pas reconnaître un génocide commis par les Jeunes Turcs, avant la proclamation de la République en 1923, si ce n’est pour satisfaire un nationalisme encore vivace ? On a beaucoup parlé des « excuses » de Recep Tayyip Erdogan, mais beaucoup moins de Barack Obama qui n’a pas employé le terme génocide préférant parler d’« atrocités ». Mais il est vrai que la Turquie est membre de l’OTAN et que les Etats-Unis y possèdent des bases militaires. Le pape François lui-même a préféré parler de la « souffrance du peuple arménien », en s’appuyant sur des motivations à la fois diplomatiques, religieuses et personnelles, comme on l’a vu dans sa volonté de minimiser le rôle de l’Eglise argentine sous la dictature et celui des Pères Blancs dans le génocide des Tutsis du Rwanda.

La reconnaissance du génocide n’est pas une affaire purement arménienne. C’est un crime contre l’humanité qui place la 24 avril au-delà d’une simple commémoration et une journée de mobilisation contre le négationnisme, le respect des droits de l’homme et des peuples. Rien n’encourage autant un criminel et ne le pousse mieux à recommencer que l’impunité dont il a bénéficié. Au moment où le nationalisme gagne du terrain, il n’est pas anodin de parler de négationnisme. Il a encore la part belle en Turquie et ailleurs... On se souvient de l’orientaliste Bernard Lewis, qui avait parlé de la « version arménienne de cette histoire » dans un article du Monde en date du 16 novembre 1993...

Après les massacres de 1894-1896, prélude au génocide de 1915, Jean Jaurès, Georges Clémenceau, Anatole France et Francis de Pressensé créaient le journal Pro Armenia en 1900 pour contrecarrer les milieux d’affaires français qui organisaient la conspiration du silence. Clémenceau écrivait : «  Il n’est plus permis de feindre l’ignorance. La vérité est connue et la tartufferie de nos diplomates d’Europe ne peut plus abuser que les complices de l’universelle âcheté. »

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