Parution : 10 juin 2014
Croissance

Tous nos politiques en espèrent ardemment le retour, pour qu’elle permette une diminution du chômage. C’est un fait que si l’activité de production redémarre, elle occupera ses agents et elle leur permettra de consommer, et ainsi à nouveau tournera la « machine économique ». Le raisonnement semble imparable.

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Mais on se demande rarement à quel prix tout cela se fait. La production et l’acquisition effrénées de biens matériels se paie très cher : le pillage des ressources non renouvelables de la planète et la pollution envahissante. Par exemple il existe maintenant un « septième continent » dans le nord-est du Pacifique, où une « soupe de plastique » constituée de déchets s’étend sur une surface d’environ 3,5 millions de kilomètres carrés – près de six fois la superficie de la France : la photo en est très impressionnante (Télérama, 21/05/14, p.11). Je pense au film prémonitoire de Bresson, Le Diable probablement (1977), qui montre l’accumulation de ces gaspillages planétaires et son effet catastrophique dans l’âme du jeune héros du film, poussé ainsi à se suicider. On entend dans le film ce dialogue : « Qui donc nous manœuvre en douce ? – Le Diable probablement. »
Mais à l’origine peut-être de cet acharnement de l’homme à tout exploiter sans frein y a-t-il eu, non pas le Diable, mais ce Dieu même qui intime aux hommes l’ordre de « dominer » la terre et de la « soumettre » (Genèse, 1/28). Ensuite évidemment est venu Descartes, selon lequel nous devons nous rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature ». Ces deux pôles fondateurs, qui tournent le dos à l’éloge évangélique de la pauvreté et de l’insouciance, exprimé dans les paraboles connues des oiseaux du ciel et des lys des champs, forment l’âme de l’Occident, et son Hybris, que viendra nécessairement châtier la Némésis d’une apocalypse écologique.
Le problème est évidemment que les autres pays du monde veulent goûter à ce modèle, et goûter à cette « croissance » si mortifère, que ne peut permettre un monde fini dans ses ressources, comme déjà l’avait vu Malthus. Bien sûr il faudrait que tout cela s’arrête dès maintenant, et que s’opère entre pays riches et pays pauvres un partage équitable des richesses. Là serait la sagesse, dans un abandon de notre modèle. Mais qui dira aujourd’hui à nos dirigeants que la croissance n’est pas la solution, mais le problème ?

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Croissance 12 juin 2014 19:56, par FXM

Bonjour,

Merci pour ce billet ! il éclaire des contradictions bien rarement mises en perspectives :

Je trouve impossible (ou presque) de concilier le début de la Genèse et les paraboles évangéliques des lys ou des oiseaux.

Le monde est-il fini ou infini ? En tout cas sa taille (relative) diminue au fur et à mesure des progrès des transports et des moyens de communication.

L’injonction de la Genèse a abouti ! La terre n’a plus de lieux inconnus.
Ses ressources sont recensées au point de connaitre à peu près l’ensemble des gisements de pétrole et de matières premières exploitables. Les plus petits qui restent à découvrir n’auront pas autant de ressources que les grandes mines actuellement en exploitation pour une durée prévue entre 30 ou 40ans. L’économie ne se pose pas la question des ressources restant disponibles pour la (les) génération(s) suivante(s).

Une exploitation à long terme des ressources géologiques demande de restreindre (en gros) notre consommation de 75% : diviser par 4 cette consommation est nécessaire pour rendre possible une répartition plus équitable et plus durable car notre monde est fini. Cette réduction provient des contraintes géologiques sur lesquelles l’homme n’a pas prise. Mieux vaudrait que les décisions politiques l’anticipent quelque peu pour faciliter les adaptations de la société. Par exemple les modes de logement et de déplacement évoluent lentement, sur une ou quelques dizaines d’années (en même temps que les activités humaines).

Cette (probable) division par 4 (peut-être sur une 50aine d’années) modifiera à terme la société en profondeur ; cela correspond à une baisse de consommation des matières premières et de l’énergie de 3% par an sur 50ans. L’Histoire écrira de quelle façon cela se sera fait.

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