Parution : 17 juin 2014
Œuvre

Dans le monde de l’art, on abuse souvent de ce mot. Ainsi au musée d’Orsay, le 29 mai dernier, une « artiste » luxembourgeoise s’est assise par terre, cuisses ouvertes, dévoilant son sexe sous la toile de Courbet L’Origine du monde. Elle a été emmenée par la police, mais finalement elle a été relâchée, et le délit d’exhibitionnisme n’a pas été retenu contre elle (Source : FranceTV Info, 03/06/2014).

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L’intéressant est ce qu’elle a déclaré à propos de son acte : « Il s’agit d’une œuvre d’art, réfléchie depuis au moins huit ans. Ce n’est pas un acte impulsif, c’est mon regard d’artiste qui compte. L’exhibitionnisme ne parle de rien, ce n’est pas un acte de création. » Et elle a défendu sa « performance » au moyen d’une vidéo de plusieurs minutes, visible sur Internet, où sur fond d’une musique religieuse d’Ave Maria, elle dit : « Je suis toutes les femmes ». Son acte est dans son esprit une protestation féministe contre la censure machiste, la même qui en son temps a décrété obscène le tableau même de Courbet.
Je suis d’accord pour dire qu’elle s’est livrée à une manifestation, comme celles des Femen qui s’exposent seins nus pour défendre leurs idées. Mais pas du tout avec le fait que cet acte est une « œuvre d’art ». En effet, l’art exige toujours la médiation d’une activité spécifique, très souvent longuement et durement apprise, et la mise en œuvre d’un matériau qui lui est propre : il n’est pas la vie, il la représente ou l’évoque. Le fossé est grand qui sépare, par exemple, l’image d’un corps avec la vision brute et brutale de ce corps. Le geste même d’un acteur n’appartient pas à sa vie réelle : voyez là-dessus le Paradoxe du comédien de Diderot. De là viennent les impostures de beaucoup de « performances », happenings, « installations » modernes : la nécessaire « digestion » de l’art, le fossé entre l’art et la vie n’y sont pas respectés. Voir : Sacrifice.
Quant à l’intention, elle est loin de suffire. Songez là aussi à l’imposture de ce qu’on appelle l’art « conceptuel ». Ce n’est pas parce qu’on a une idée que cela suffit à faire une œuvre. Par exemple on ne fait pas un poème avec des idées, mais avec des mots, comme le répondit plaisamment Mallarmé à Degas. L’art contemporain hélas s’arrête très souvent à l’idée, au « concept », qui seuls tiennent lieu de réalisation. Notre « artiste » aurait pu y réfléchir.

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Bonjour Michel T. 20 juin 2014 11:00, par Agnès Gouinguenet

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Plus simplement, nous pourrions peut-être considérer que l’anatomie humaine "in vivo" n’est pas une oeuvre d’Art, sauf pour la personne qui aime la dite anatomie, ou bien si l’on croit en un Dieu créateur inspiré.
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Même chose pour l’arc-en-ciel ou le chant des oiseaux ?
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Dans l’exemple que vous citez, il semble que nous soyons en présence d’une pathologie sévère de type narcissique. Pas de quoi fouetter un chat, c’est le cas de le dire.
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Bonne journée.
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Agnès G.

Voir en ligne : http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/

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Œuvre 19 juin 2014 21:23, par Françoise

Bonjour Michel

L’art conceptuel est encore plus pervers que ce que vous décrivez. L’art conceptuel met en avant l’idée qui prime sur la réalisation (la réalisation n’étant pas faite par l’artiste qui n’est que le penseur de l’oeuvre). Les oeuvres d’art contemporain sont pour pas mal d’entre elles, réalisées par des artisans mais néanmoins signées et vendues par les artistes. Ce qui est scandaleux dans la mesure où l’oeuvre devrait appartenir à celui, celle qui la fabrique, l’usine, l’accomplit physiquement, techniquement. Or, dans l’art contemporain, c’est de moins en moins le cas. Et le pire, c’est que les artistes seuls sont médiatisés et portés aux nues alors qu’il n’ont que conçu tout au plus un petit dessin, voire juste gardé l’idée dans un coin de leur tête sans jamais faire une maquette ou quoi que ce soit du genre. C’est pourquoi aujourd’hui aux Beaux-Arts, le dessin, la peinture académique, le modelage, la sérigraphie, la gravure, la photo ne sont plus enseignés.
L’expression surpasse la technique. L’idée intellectuelle est plus importante que le savoir-faire technique.
L’art est devenu donc virtuel.
C’est un peu les habits neufs de l’empereur dans toutes les FIAC, DRAC et expos branchées.

Vous imaginez si c’était comme ça pour la musique, la cuisine, la pâtisserie, la danse ? Tout le monde crierait au scandale, à l’imposture.

Le marché de l’art contemporain n’est même pas inquiété sur ce vide immense.
Tout juste l’an dernier, Daniel Mermet, Franck Lepage et Giv Anquetil sont allés le taquiner à la FIAC.
Ecoutez, c’est jubilatoire !

http://www.youtube.com/watch?v=l8qQ5piQYYg&feature=kp

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