Parution : 17 juillet 2014
Réforme territoriale :
Mgr Claude Dagens, évêque
et géographe

L’évêque d’Angoulême, Mgr Dagens (par ailleurs membre de l’Académie française), n’est pas seulement connu pour son ouverture d’esprit mais aussi pour la finesse de ses analyses. Sa grande envergure intellectuelle en fait un des évêques les plus respectés de France (hormis par les tradis et les intégristes mais cela ne le dérange pas plus que cela, au contraire, et c’est plutôt bon signe) qui apparaît souvent là où on ne l’attendait pas. C’est ainsi que Mgr Dagens vient de livrer une fine analyse de la future réforme territoriale, instituant les « grandes régions », dans le bulletin diocésain « Eglise d’Angoulême » et sur son blog le 26 juin dernier. Titre de cet « édito » : « Les régions en France : données de l’histoire et expérience de l’Eglise »

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L’évêque d’Angoulême remonte au XIIe siècle et à Aliénor d’Aquitaine (qui fut reine de France puis reine d’Angleterre), née et morte à Poitiers, pour rappeler les contours historiques de l’Aquitaine, que longtemps les Français ont appelé la Guyenne. Cette région regroupait l’Aquitaine, Midi-Pyrénées et Poitou-Charentes ! Mgr Dagens, par son parcours, est un homme du Sud-Ouest et connaît bien cette grande région historique : Bordelais d’origine (Aquitaine), il fut doyen de la Faculté de théologie de Toulouse (Midi-Pyrénées), évêque auxiliaire de Poitiers et évêque d’Angoulême (Poitou-Charentes). Il n’a pas manqué de noter que la Charente était tournée vers Bordeaux, tout comme la Charente-Maritime d’ailleurs… Il ne manque pas non plus de préciser que le dynamisme d’une métropole est souvent lié à une personnalité politique, pas nécessairement autochtone mais liée à sa ville, partant de Jacques Chaban-Delmas (maire de Bordeaux) à Ségolène Royal (ex-présidente de Poitou-Charentes) en passant par Georges Chavanes ou René Monory (respectivement anciens maire d’Angoulême et président du Sénat)… Avec une pointe d’humour, Mgr Dagens apporte une contribution intéressante au débat ouvert par les pouvoirs publics sur la réforme de la carte des régions : « En matière de découpage régional, l’Église catholique peut donner quelques conseils, liés à sa longue expérience. » Et de jeter sur la réforme des provinces ecclésiastiques de 2002 un regard critique et lucide, dépassant largement la problématique géographique, que l’évêque de la Charente appelle l’Etat à prendre en compte. [lire l’intégralité de notre dossier dans Golias Hebdo n°344 : http://golias-editions.fr/article5247.html ]

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Baronnies et barre aux nids ?

La réforme territoriale en France se heurte également à de nombreux impensés, pourtant omniprésents, liés au mythe des frontières naturelles et à une grande geste historique qui aurait déterminé des identités indépassables et uniques.
Or, ni régions ni départements, espaces pourtant précis, ne sont immuables. A ce jour ces deux entités ont surtout été le fruit de politiques volontaristes, qu’il s’agisse de la Révolution ou de la planification d’après guerre.

Assez étonnamment, alors que les frontières inter-civilisationnelles et inter-ethniques sont jugées dépassables, qu’internet sans frontières est une forme de réflexe, des frontières administratives relativement artificielles, non pas construites par l’histoire mais imposées et dotées d’une histoire, ne le seraient pas ?

En 1955, lorsque De Gaulle décide de la création des régions, le but est de faciliter l’application du Plan et de créer des territoires dont la cohérence serait assurée par desmétropoles d’équilibre, le tout afin de rétablir un équilibre entre Paris et le désert français dénoncé par Jean François Gravier. Moins de trente ans plus tard, la décentralisation repose le problème de la distribution des compétences et depuis les années 1990, chaque gouvernement songe à un redécoupage. En 2000 déjà, la DATAR avait envisagé une France à six régions. Jacques Lévy propose une France à dis régions et dix métropoles.
http://geobunnik.over-blog.fr/jacques-levy-r%C3%A9inventer-la-france-trente-cartes-pour-une-nouvelle-g%C3%A9ographie-fayard-2013

En jeu également, le mille feuilles territorial, régulièrement dénoncé par les élus sous la jolie appellation de mille feuilles administratif, le but étant qu’ils s’exonèrent ainsi de la responsabilité de l’existence de ces strates administratives. Or pas de pouvoir, pas ou moins d’administration. Et pas de représentation politique hyper localisée ne veut pas dire pas de guichet ouvert à la population. Les confusions sont extrêmement rapides sur le sujet et les représentations fausses. Prenons l’exemple du Finistère. Le siège du conseil général se trouve à Quimper. Cela empêche-t-il des délégations des administrations départementales qu’elles soient politiques ou administratives dans les sous-préfectures ? Pas que je sache.

Les réels enjeux du redécoupage régional devraient se poser en termes de compétences à déléguer et de spécialisation à attribuer à tel niveau. Ce qui n’apparaît pas toujours à l’évidence.
On entend de temps à autres également évoquer un retour au Moyen-Age et à la féodalité, en cas de décentralisation effective, avec rupture inévitable des égalités. Or, d’ores et déjà chaque niveau électif est un enjeu et les régions, de fait, sont déjà la proie d’acteurs politiques, de conflits, de compromis, de positions à défendre. Car le territoire politique – et il s’agit bien de cela en l’espèce – a pour fonction de donner mandat et pouvoir. Le blocage politicien est donc quasi inévitable. Il suffit pour s’en rendre compte de regarder de très près les joutes entre maires et… les mêmes siégeant aux interco… et les mêmes siégeant dans les conseils généraux ou régionaux. Ce n’est que très récemment qu’il a été consenti à l’abandon de structures de type SIVOM ou SIVU, au profit de l’action intercommunale.
Les baronnies existent donc d’ores et déjà et nous avons vu se mettre en place de véritables dynasties politiques, distribuant inéquitablement leurs bienfaits en fonction des degrés de clientélisme. Et effectivement, on peut discuter du cas de la Vendée qui ne doit son existence et son identité qu’à la Révolution sans laquelle jamais sans doute elle n’aurait existé, qui brandit ses vendéens, uniques arguments de ses revendications, pour rejeter en bloc la République. La Bretagne a plus de mal à brandir ses chouans étant donné que toute la Bretagne n’était pas chouanne. Ce qui ne l’a pas empêché d’agiter des pseudos bonnets rouges et le nouveau duc serait… Le Drian, qui ne veut surtout pas risquer de glisser la Loire-Atlantique, et moins encore les Pays de Loire, dans la nouvelle région pour des raisons qu’il serait sans doute très intéressant de découvrir ?
Quant à considérer que le découpage en département était équilibré, soit. Mais en ce cas, le chef-lieu du Finistère ne devrait pas être Quimper, mais Landerneau. Et d’ores et déjà ce département connaît un réel déséquilibre puisque si le siège du conseil général est bel et bien Quimper, c’est Brest Métropole Océane qui aujourd’hui domine très largement le département, tandis que Quimper se dépeuple un peu plus à chaque recensement. Dans un autre domaine, on peut aussi mesurer le pouvoir d’attractivité du festival de Cornouaille au regard de celui du festival interceltique de Lorient, pourtant tout récent. Où réside donc la pertinence du découpage actuel ? N’est-il pas temps de réfléchir à un autre modèle

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Pertinence des découpages :

Le problème est donc moins celui de la décentralisation que celui de l’absence de moyens de coercition des structures de contrôle, dont les rangs, au demeurant, sont régulièrement dégarnis. Contrôle, de toute façon, réfuté et rejeté comme « insupportable intrusion du pouvoir jacobin » par les barons locaux. La transparence n’est pas de mise en France. Sujet ultra tabou.

Il est aussi un problème de citoyenneté et de conscience de la part des citoyens d’appartenir certes, à un territoire, mais au-delà à une communauté plus vaste de laquelle ils ne peuvent plus aujourd’hui faire l’économie. C’est donc un nouveau contrat à passer entre Etat et population, mais aussi un travail de la population sur elle-même, qui doit se poser le problème de ses devoirs et de ses tendances individualistes et centrifuges absolument rédhibitoires si l’on veut vivre ensemble et tendre à l’égalité si fortement réclamée. Ce qui veut dire recréer des solidarités chez soi, peut-être, mais encore, les nouer bien au-delà et dans le respect.

En fait, le redécoupage territorial actuel est assez symptomatique d’une absence à la fois de vision à long terme et d’intérêt commun, mais aussi d’une méconnaissance des réalités territoriales.
A aucun moment le problème n’a été posé de la pertinence de l’échelle de l’action publique au regard des réalités économiques et sociales. Ce qui oppose très rapidement les territoires urbanisés aux territoires ruraux, des territoires industrialisés aux étendues de pâturage en montagne. Faut-il, par exemple, supprimer les départements systématiquement, alors qu’en Haute-Marne ou en Haute-Saône, aucune métropole ne se dégage ?
Est-il pertinent de fusionner, dans leurs limites actuelles qui plus est, deux régions dont le nouvel exécutif devra gérer un vaste espace vide, ce qui diminuera d’autant ses capacités d’actions, quand l’échelon départemental éviterait cette vacuité ?
Le problème n’a tout simplement pas été posé correctement, parce qu’aucune réflexion, dès l’origine, n’a été menée réellement sur le sujet. Le problème n’était pas de savoir combien de régions, mais où la région est-elle un espace pertinent et où le département le reste-t-il ? Ce qui évidemment nécessite de la subtilité, de la souplesse, du travail et du temps. Ce dont plus aucun pouvoir politique ne veut s’encombrer dans sa fuite en avant. Fuite en avant au demeurant alimenté par une population qui ne supporte plus qu’une réponse ne soit pas immédiate. Ce qui est également un problème.

Pour les géographes, revoir la structure régionale française à peu près absconse aujourd’hui, quand elle n’est pas marginalisée par la montée en puissance des métropoles, peut être une bonne chose. Mais nombre d’entre eux proposent des solutions alternatives qui, le moins qu’on puisse dire, n’ont pas obtenu grand écho. L’une de ces propositions consistait à substituer les départements aux régions dans les territoires peu denses et, inversement, de supprimer les départements au profit des métropoles dans des zones aussi denses que le Grand Lyon (Philippe Estèbe)
Pour Jacques Lévy, le découpage actuel est incohérent au regard des missions régionales. En effet, la région devrait « coïncider à un espace biographique, c’est-à-dire offrir des opportunités à l’échelle de la vie de l’individu »

Tous les géographes sont d’accord sur trois points cependant : il n’y a pas de découpage territorial parfait possible, l’organisation territoriale à la carte devient incontournable (métropoles, Pays, départements, régions, suivant les spécificités géographiques et économiques) et les aspirations des habitants doivent pouvoir s’exprimer et être prises en considération sans être préalablement balayées d’un revers de la main.

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Vous dérapez, chers frères et soeurs !

Sur le problème de la réforme territoriale, Mgr Dagens est non seulement compétent, il est pertinent, et parfaitement dans son rôle.

Car la carte des départements, définie à la Révolution pour qu’on puisse aller à cheval dans la journée au chef-lieu, et qui a "aligné" les diocèses sur cette carte (ce qu’on ne sait pas, adieu Lavaur, Tréguier, Dol et bien d’autres), n’est évidemment pas adaptée à notre monde moderne. Les régions construites technocratiquement par De Gaulle sur la base des flux du trafic téléphonique n’ont guère de sens : voyez la Picardie pour un exemple parfait de cette absurdité.

La carte de niveau local, à partir des "feux", n’a pas non plus de réalité. On a des milliers de communes de moins de 100 habitants. On voit bien qu’il faudrait définir un "territoire" de taille nettement supérieure.

Aussi, sans vouloir en faire une vérité éternelle, il est intéressant de comprendre comment les territoires se sont construits. Et cette histoire est plus que millénaire, et l’Eglise en a été acteur.

L’inconvénient de la réforme actuelle est qu’elle s’oppose à trop d’intérêts locaux et de baronnies politiques, qui feront tout pour qu’elle échoue, et s’en réjouiront parce que c’est Hollande qui la fait.

Un autre inconvénient est qu’elle prétend ne pas toucher aux départements, lesquels ont été fait n’importe comment. Encore un exemple picard : le nord de la Somme est tourné vers Lille, le sud et l’Oise vers Paris, et l’Aisne en partie vers Reims. Il faudrait donc les charcuter pour retrouver des ensembles cohérents.

Encore un inconvénient : de "petits"barons" prétendent conquérir des fiefs. La Vendée se prétend "indépendante" et du Poitou-Charentes et des Pays de Loire. La grande mode est aux stickers "Coeurs de Vendée" qu’on met sur sa plaque minéralogique à la place du numéro du département. Ce n’est pas légal, mais la Police se verbalise pas. Culturellement, il s’agit de définir un territoire blanc, sans immigrés, sans homos, sans fille mère, voué à la chouannerie, à la Royauté et à l’intégrisme, et le pape sera Philippe de Villiers.

Autre exemple : l’Alsace se plaint d’être fondue avec la Lorraine et Champagne-Ardennes. Je peux la comprendre, car son identité régionale est forte. Mais, il y a un an, ils ont refusé par referendum la fusion en un seul ensemble de la région et des 2 départements. Comprenez : la région dans son ensemble a voté oui, le Bas-Rhin a voté oui, mais le Haut-Rhin a voté non, parce que "Strasbourg fa nous pouffer". Et bien, ils seront bouffés par Metz, et je ne les plaindrai pas.

C’est donc très compliqué, et je préfère que l’Épiscopat se préoccupe plus de ces affaires là que de ce qui se passe dans nos chambres. A quand une refonte des limites de diocèse ?

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Coucou Golias. 17 juillet 2014 23:50, par Agnès Gouinguenet

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Ah Mgr Dagens ! Homme frêle et raffiné.
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Il me souvient avoir été reçue gentiment par cet ecclésiastique, pour une histoire de débaptisation avec effacement du nom. Il paraissait sincèrement navré de l’échec de son Eglise vis à vis de certains êtres humains.
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J’espère qu’il fut sensible au problème tout nouveau du "droit à l’oubli". Ce qui rendra bien surprenant le travail des futurs archivistes, voire des futurs paléontologues, à la recherche de fossiles humains post-incinération ...
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A propos de géographie, je viens d’entendre un bien joli concert d’un choeur d’hommes basques. En rentrant dans ma voiture, je fus séduite par une splendide ambiance arabe avec darbouka sur France-Musique. Quel saut, grâce à des bottes de sept lieues !
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Moins de régions en France ? Quelle bonne idée ! Moins de frais.
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Bonne nuit.
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Agnès G.

Voir en ligne : http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/

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Mgr Dagens, l’évêque qui trouve qu’un diocèse sans séminaristes, ce n’est pas mauvais signe ! L’homme de paix qui réclamait une intervention armée en Syrie et qui a honteusement diffamé le Patriarche Grégoire III Laham ! Au fait, c’est bien l’année prochaine que Mgr Dagens sera atteint par la limite d’âge ?

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