Parution : 17 juillet 2014
Un lieu du sacré : le cinéma contemporain

Le cinéma : l’un des lieux où s’expriment à longueur d’année, les préoccupations, les rêves et les peurs des hommes, d’un bout à l’autre de la planète. Non sans la mise en règle de l’argent qui massifie et standardise.

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Comment se désintéresser du langage caché des salles obscures ? Le cinéma demeure un lieu de « transcendance à hauteur d’homme » selon le mot infini de Joseph Marty. Sans doute pas à la manière des titres imposés par les majors hollywoodiens, ces dernières semaines : Transcendance de Wally Pfister, Maléfices de Robert Stromberg. Les titres ronflent. Les bandes-annonces tentent de séduire mais les contenus peuvent être affligeants et convenus.
La religion dans le cinéma : une image en mal de reconnaissance
La religion est assez facilement présente ces temps-ci à l’écran. L’univers du cinéma use facilement des signes qui identifient. Il semble que, depuis quelque temps, il y ait davantage de motifs chrétiens, un peu moins de juifs, quelques bons films à arrière-plan musulman (cinéma turc, iranien). La religion se visibilise pour le meilleur et pour le pire. Depuis Mission au succès planétaire mérité, Habemus papam à la réception inattendue, Des hommes et des dieux, L’île, la « transcendance à hauteur d’homme » est parfois évidente mais n’est pourtant pas toujours au rendez-vous.
Une religion en mal de reconnaissance s’impose parfois avec son cortège de signes identifiants. Visibilité de Cristeros qui, indéniablement, touche les milieux identitaires qui cherchent une cause, voire une croisade. On se mobilise contre, pour la défense de. On s’appelle. Les réseaux fonctionnent. Le film tient l’affiche plus longtemps que prévu. Religion également, toute en démonstration, La Mante religieuse. Comme son titre racoleur, à partir d’une expérience crédible de conversion, un parcours attendu, trop simple, publicitaire du genre : voyez, nous ne sommes plus ringard. Alliance du plus provoquant et du plus sacré. Un peu comme le jeune curé voisin qui allie à la panoplie liturgique des plus voyantes une présence inattendue, en col romain, sur les auto-tamponneuses de la foire.. Nul doute que se déploie sur les écrans d’aujourd’hui avec l’appui de fond privés, une religion qui cherche à être identifiée comme telle, voyante à souhait, colorée.
La religion qui se montre, appelle en retour les dénonciations qui ne manquent pas. Sur le mode religieux, en contre-coup, on a vu se multiplier des signes inversés. On s’attache à mettre en exergue les excès. Philoména surfe habilement sur la veine de Magdalen Sisters et impose le propos accablant. Au nom du Fils joue son va-tout en parodiant un délire d’indignation contre les prêtres pédophiles. Le nouveau film de Ken Loach, dans la foulée de son film épique Le vent se lève, brosse le portrait d’un homme aux idées nouvelles, soucieux de liberté, que l’Église voue aux gémonies appuyant le pouvoir en place pour exiler un gêneur. Avec Jimmy’s Hall, Ken Loach signe l’un des derniers films d’une carrière toute consacrée à lever l’homme en l’homme. Il faut revoir Kess pour comprendre combien une œuvre peut trouver son origine dans une blessure d’enfant. On a trop dit : Silence aux pauvres. On a trop utilisé la religion au service de la répression. Le Ruban blanc de Haneke est magistral. Le cinéma nordique, Festen par exemple, est dénonciateur des impositions patriarcales appuyées par la tradition religieuse. Le cinéma européen (espagnol, polonais) s’en prend volontiers aux abus cléricaux en tous genre. Les écrans français ont connu, ces derniers mois, le succès inattendu du film Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? (10 millions d’entrées). On peut unir une parole joyeuse, via le moteur du rire, pour se moquer des étroitesses et se réjouir d’une belle parole minimale. Noël, ce n’est pas rien. Le cœur en est la fête de l’hospitalité, comme le « primat » de l’autre. Nostalgie d’une rencontre possible. Le mouvement est au métissage. Un nouvel exemple en est donné dans le film franco-chinois : Le Promeneur d’oiseau. Métissage conscient d’un réalisateur français utilisant la symbolique chinoise. Le film se veut être une exaltation de l’âme profonde chinoise. La trace chrétienne, inattendue, réside dans le bijou en forme de croix émeraude que la jeune femme porte en pendentif, évident espace symbolique. Le plus universel est le besoin de signes de rencontre. [Découvrez l’ensemble de notre article dans Golias Hebdo n° 344]

2 commentaires
Un lieu du sacré : le cinéma contemporain 21 juillet 2014 15:00, par Myriam

OUI, Joseph !
Les icônes ne sont pas que dans les églises !
Prophétique le cinéma au sens de "dire ce qui est" (Neher).

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