Parution : 21 juillet 2014
Affaire Angelelli : quand le pape François réécrit l’histoire

Deux militaires, impliqués dans la mort de l’évêque de La Rioja en 1976, étaient condamnés le 5 juillet à la réclusion criminelle à perpétuité. Des archives du Vatican ont été versées au dossier par le pape François... Une volte-face qui n’est pas sans interroger trente-huit ans après les faits, et qui tend à éluder la longue complicité de l’Eglise argentine avec la dictature.

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Le 4 août 1976, un peu plus de quatre mois après le coup d’Etat du 24 mars qui éablissait la dictature en Argentine, Mgr Enrique Angelelli, un évêque qui défendait la dignité des pauvres, était assassiné dans son diocèse de La Rioja. Il avait avec lui un dossier qu’il avait constitué après la mort de deux prêtres, le Français Gabriel Longueville et l’Argentin Carlos Murias, enlevés le 18 juillet et froidement exécutés. Notes et dossier disparaissent, et trente-huit après les faits on annonce que des archives du Vatican ont été versées au tribunal fédéral de La Rioja. Le battage médiatique qui a accompagné ce geste du Vatican laisserait même sous-entendre que le pape François serait pour quelque chose dans la condamnation des deux militaires le 5 juillet 2014. Outre que ces archives n’apportent pas d’éléments nouveaux, elles interpellent sur le caractère tardif de leur mise à disposition à la justice argentine.

Il ne fait aucun doute que l’épiscopat argentin et le Vatican ont en leur possession des archives, dont on ignore encore aujourd’hui toute la portée. Si Jorge Bergoglio est tellement désireux de l’établissement de la vérité, comme semble l’attester la remise de ces archives, que ne l’a-t-il pas fait après l’élection de Nestor Kirchner en 2003 et l’abrogation des lois d’amnistie des crimes de la dictature ? Le cardinal de Buenos Aires ne répondra pas davantage en 2011, lorsque la justice française demande l’ouverture des archives de l’épiscopat argentin, à la demande de Maître Sophie Thonon, avocate de la famille de Gabriel Longueville. Trois militaires étaient condamnés en décembre 2013, et deux d’entre eux se trouvaient à nouveau sur le banc des accusés lors du procès sur l’assassinat des Mgr Angelelli. Ils cumulent des condamnations à perpétuité, il n’y a rien de changé pour eux et rien n’a transpiré sur les complicités à plus haut niveau. Le « geste historique du pape », abondamment repris dans les médias, retombe comme un soufflé et n’a en rien éclairé le tribunal de La Rioja. On assiste à une nouvelle opération de communication du Vatican, empressé de réécrire l’histoire, au mépris des prêtres et religieux animés par l’option préférentielle pour les pauvres et des quelque 30 000 disparus de la dictature. Une histoire d’autant plus entachée qu’elle se refuse encore à emprunter les chemins de la vérité et de la justice. Comme l’avait exprimé le cardinal Bergoglio en 2007, au moment du procès de l’ancien aumônier Christian Von Wernich, les délits sont de la responsabilité personnelle de l’auteur du délit. Rien de changé quelques années plus tard, lorsque le pape François reçoit, le 7 juillet, des victimes de prêtres pédophiles, en évoquant des abus « si longtemps dissimulés, camouflés avec une complicité inexplicable ».

Ce scandale est au contraire parfaitement explicable du fait de la complicité qui a longtemps prévalu. Mais le discours est toujours le même, seuls les individus sont pêcheurs, pas l’institution. Il s’agissait au demeurant d’une audience privée et d’une messe pivée qui ne franchissent pas l’étape nécessaire de la repentance publique. On attend du pape François, qui a pourtant couvert des prêtres pédophiles lorsqu’il était en poste en Argentine (www.bishop-accountability.org, les silences du cardinal Bergoglio sur les abus), un mea culpa officiel sur le scandale de la pédophilie. Comme sur le rôle de l’Eglise argentine durant la dictature et sur ses propres entraves dans la recherche de la vérité après l’élection de Nestor Kirchner. [lire l’intégralité de notre dossier dans Golias Hebdo n° 345]

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Ne réécrivons pas l’histoire 27 juillet 2014 20:03, par Bruno ANEL

Je ne connais pas les détails de l’affaire Angelelli. Mais je sais qu’il est grotesque de simplifier l’histoire de l’Argentine dans les années 70. Au XXeme siècle, ce pays a connu jusqu’en 1983 un coup d’état militaire tous les dix ans en moyenne. Que la répression militaire ait été plus féroce sous le régime du général Videla est une évidence. Que de nombreux Argentins, fatalistes face à des séquences de pouvoir militaire plus ou moins répréssives, en aient sous estimé l’ampleur est une autre évidence. Jorje Bergoglio semble avoir été plus lucide et plus actif que ses concitoyens, sans doute parce qu’il était mieux informé. La gauche française qui faisait pendant ce temps la révolution au café et manifestait quelque indulgence pour Georges Marchais qui passait ses vacances chez le tyran Ceucescu, est mal placée pour juger de cette période.

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Le pape François ne réécrit pas l’histoire. À l’époque où il était encore cardinal Jorge Bergoglio, futur pape François, il célébra une messe en la cathédrale de La Rioja en 2006 à la mémoire d’Angelelli. Bergoglio donna officiellement pour la première fois à Angelelli le vocable de martyr. Le pape a même contribué au procès des militaires accusés d’être les auteurs de l’assassinat du prélat en remettant aux enquêteurs deux éléments-clés : une lettre de l’ancien évêque et un rapport sur l’étendue de la répression du clergé pendant la dictature. Il prend ainsi le contre-pied de la version officielle longtemps donné par le Vatican et la hiérarchie catholique. Mgr Angelelli avait même demandé à Bergoglio de protéger 3 séminaristes, ce qu’il fit.
Accuser le pape François est facile, mais quand on envoyait des documents à Rome qui les avait sous les mains, le nonce en Argentine, le cardinal Pio Laghi, qui fut mis en cause par la Commission nationale sur la disparition de personnes, mise en place en 1983. Il jouait au tennis régulièrement avec l’un des dirigeants de la junte, l’amiral Emilio Eduardo Massera, donc impossible qu’il ne sache pas les crimes que commettait cet homme. Mgr Angelelli avait fait parvenir une copie de ces deux documents au Saint-Siège, en raison de la méfiance qu’il nourrissait à l’encontre du nonce, mais malheureusement pour lui au Vatican, on préférait collaborer avec les dictatures qu’avec les démocrates.
Enfin le pape François avait choisit la neutralité, ce qu’on peut lui imputer comme Pie XII. Il faudrait aussi regarder un autre personnage sulfureux et complice de cette époque le cardinal Aramburu qui avait donné la communion aux personnes qu’il savait responsables de crimes publics horribles, et qu’il avait négligé la violations des droits de l’homme par l’École de Mécanique marine, relevant de sa compétence. Sans oublier Raúl Primatesta, et Vicente Zazpe au sommet de la hiérarchie qui étaient les seuls qui avaient la position nécessaire pour livrer des noms.
Merci !

Voir en ligne : http://paroissiens-progressiste.ove...

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Bonsoir Monsieur Terras. 21 juillet 2014 21:21, par Agnès Gouinguenet

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Seriez-vous papophobe ? Car ce pauvre Bergoglio, vous semblez lui en vouloir beaucoup, même quand il fait un geste dense.
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Pensez-vous que la réconciliation franco-allemande fut facile ? Certainement pas.
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Il faut beaucoup de grandeur pour faire fi d’un passé qui, s’il est ressassé, ne provoque que haine hautement destructrice.
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Nous en avons un exemple crucial avec le conflit israélo-palestinien, sans fin.
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J’aime beaucoup la bonne entente entre Alain Juppé et Laurent Fabius. Des excellents, ces deux-là.
http://www.ouest-france.fr/gaza-alain-juppe-emet-des-doutes-sur-les-decisions-disrael-2712073
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Décidément je soutiens les deux François, le Français de l’Elysée et l’Argentin du Vatican.
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Bonne soirée.
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Agnès G.

Voir en ligne : http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/

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