Parution : 22 juillet 2014
Précaution

On invoque souvent pour interdire tel ou tel produit ou telle ou telle option le « principe de précaution », car on ne sait pas où peut conduire à terme tout choix technique ou économique que l’on peut faire. Ce principe a même été introduit dans notre Constitution en 2005. En théorie, cette prudence devant l’inconnu semble justifiée.

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Mais en théorie seulement. Car on commence à s’apercevoir que ce « principe de précaution » peut conduire à un « principe d’inaction ». On peut en effet se paralyser quant à faire quoi que ce soit, par peur de faire mal. Déjà les Latins disaient que la pire corruption est celle du meilleur : Corruptio optimi pessima.
Deux exemples seulement, parmi bien d’autres, qui montrent que l’application du PP peut aussi se révéler la source de nouveaux risques : 1/ On envisage aujourd’hui de réduire la puissance des antennes-relais. Or cela obligera les opérateurs à multiplier leur nombre pour compenser la réduction des zones de couverture, et donc une telle mesure augmentera l’exposition de 90% des Français. 2/ Au nom du PP et de la lutte contre le réchauffement climatique, on promeut les biocarburants. Ils causent pourtant des distorsions économiques (gaspillages dans l’utilisation des sols, de l’énergie, de l’eau, en termes de pesticides et fertilisants, etc.), contribuent de surcroît à la flambée des prix agricoles et augmentent les risques de crises alimentaires. Même leur impact carbone – pourtant leur principale justification officielle – serait négatif. Ils pourraient causer, selon les estimations, jusqu’à un doublement des émissions de CO2 sur une période de 30 ans. (Source : Le Figaro, 10/02/2014).
On connaît la notion d’« effet pervers » ou d’« effet boomerang » généré par toute action, base de mainte tragédie, que le philosophe Karl Jaspers a ainsi défini : toute action peut engendrer pour son auteur des conséquences dont au départ il ne s’était pas douté. Telle est la règle dont doit s’inspirer toute Anthropologie de l’action. C’est le cas de notre principe, et s’il s’est établi lui-même sur cette notion d’effet pervers potentiel de nos moindres actions, il finit par y exposer lui aussi en bout de course. La leçon est que lorsqu’on agit le choix n’est pas entre un bien et un mal absolus, mais entre des options également problématiques. Il faut mesurer le rapport entre bénéfice et risque, et finalement, sauf à ne rien faire du tout, opter pour un moindre mal.

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Précaution 28 juillet 2014 17:55, par FXM

Bonjour,

J’apprécie vos billets où la philosophie répond sans préjugés aux décisions politiques contemporaines. Je me permets d’ajouter ces commentaires fondés sur les habitudes scientifiques de quantification (par des nombres).

L’analogie (de la partie émetteur) des antennes-relais des téléphones portables avec des projecteurs ou des feux est pertinente : chaleur, onde-radioélectrique et lumière sont de même nature (seule change la longueur d’onde). Réduire les couts de la couverture radio consiste pour les réseaux de radiophonie mobile à placer (uniquement) quelques émetteurs sur les points hauts pour couvrir (c’est-à-dire éclairer) la plus grande zone possible. Dans ce cas la puissance de chaque émetteur doit être la plus forte possible, pour porter le plus loin possible. Être à quelques centimètres de ces antennes est dangereux comme être à quelques centimètres d’un grand feu. Le danger vient de l’énergie rayonnée, les lois physiques affirment que cette densité d’énergie se dilue en fonction de la distance, divisée par 4 lorsque l’on double la distance, divisée par 100 lorsque l’on multiplie par 10 la distance à l’antenne. L’effet est dangereux à 10cm de l’antenne, mais il est divisé par 10000 (dix mille) à 10 mètres de l’antenne (qui est justement placée en hauteur).

La multiplication du nombre d’antennes pour diminuer les zones d’ombre consiste à couvrir aussi bien une zone avec des antennes de moindre puissance, un peu comme on remplace un spot de 100W ou 500W par plusieurs appliques ou un lustre constitué d’ampoules de moindre puissance. Sur le même principe diviser par 2 la portée de l’antenne divise par 4 la puissance nécessaire. De multiples antennes ont donc des puissances maximales plus faibles, et sont moins dangereuses à même distance, car moins puissante. Le cas extrême (de multitude de petites sources) est les antennes wifi ou les téléphones résidentiels sans fils dect qui rayonnent une puissance entre 10mW et 100mW (pour une portée de 5m à 20m) et sont utilisées sans consignes particulières. Remarquons que l’énergie rayonnée par les téléphones portables est en gros 30 fois plus importante (de quelques watt) et que, collés à l’oreille pendant trop longtemps, le risque sanitaire est plausible. Il est plus du côté du téléphone collé contre l’oreille que du relais placé généralement au moins à une dizaine de mètres de toute habitation, en hauteur. Comme pour les poisons, le danger vient de la dose (de densité d’énergie rayonnée).

Le rapport risque sur bénéfice (c’est à dire une division) me semble un bon indicateur tant que ces bénéfices et ces risques sont bien quantifiés. Cela fait parfois des comptes macabres ; dans les transports nombre de morts par millions de km parcourus (ou de trajets), ou nombre de morts par Tera-Watt-heure (c’est-à-dire 10**12Wh = 10**9kWh = 10**6MWh = 10**3GWh, la consommation d’électricité d’un foyer français est de l’ordre de 3000kWh par an) de production, de l’ordre de 30 pour le charbon et le pétrole.

Je suis plus réservé sur l’usage de cet indicateur lorsque ces moyennes sont impossibles à faire, par exemple la probabilité d’un accident nucléaire est faible mais le cout de chaque accident est excessivement élevé. En caricaturant je préfère le risque de quelques éoliennes qui tombent tous les ans qu’une usine nucléaire où tous les risques sont contrés mais où l’imprévisible se produit exceptionnellement.

Une fois ces quantifications posées de la façon la plus honnête possible, la décision est politique, et je l’espère, éclairée par une réflexion posée. Merci Michel !

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Précaution 23 juillet 2014 00:13, par Prudence

Bonsoir Michel,
On peut aussi refuser de choisir. Parfois, c’est la meilleure chose à faire. L’action n’étant pas toujours l’acte parfait...

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