Parution : 4 septembre 2014
Le piège transatlantique : la Colombie dans la tourmente
Par Golias

Les accords signés en 2012 entre l’Union européenne, la Colombie et le Pérou, et ceux conclus avec les pays d’Amérique centrale annoncent les effets dévastateurs d’un modèle de libéralisation financière. Après avoir signé un traité de libre-échange avec les Etats-Unis en novembre 2006, entré en vigueur en 2013, la Colombie en paie déjà le prix fort... au moment où mandat est donné à la Commission européenne pour conclure le Traité transatlantique qui consacrera l’hégémonie de l’économie de marché aux dépens de la souveraineté des peuples.

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La mondialisation à marche forcée

Sous l’influence des lobbies de la grande industrie, l’Union européenne n’a pas hésité à conclure des accords avec des pays latino-américains où les droits de l’homme et les droits syndicaux sont foulés au pieds par les régimes en place. La Colombie, touchée à la fois par un accord d’association avec l’Union européenne et un traité de libre-échange avec les Etats-Unis, en paie déjà le prix fort. Le mouvement de contestation, qui a rassemblé très largement sa population en 2013, devrait en toute logique être suivi en France, en Europe et dans tous les pays touchés par des traités bilatéraux qui mettent à mal leur indépendance alimentaire et leur volonté de croissance.

Façonné pour le grand capital, davantage tourné vers l’investissement que vers le commerce, le Traité transatlantique entre l’Union européenne et les Etats-Unis aboutira aux mêmes effets dévastateurs en terme d’emplois, de protection sanitaire, phyto-sanitaire et environnementale. Les Etats-Unis ne sont en rien opposés aux OGM, au gaz de schiste et à la fracturation hydraulique, aux poulets rincés au chlore ou aux médicaments hors de prix. Comme les grands groupes européens, les Etats-Unis voient d’un mauvais œil les produits pharmaceutiques génériques, l’amélioration de la protection sociale, des salaires ou des retraites. Le libre-échange entend bien détruire toute forme de règle, norme ou protection au bénéfice des populations.

L’Union européenne n’a pas, semble-t-il, pris en compte l’expérience négative des accords existants, comme celui de l’Alena en 1994 qui a détruit des emplois à la fois au Mexique et aux Etats-Unis. La mondialisation s’avance à marche forcée, tandis que des nouveaux traités de libre-échange sont négociés entre les USA et les Etats du Pacifique. En adhérant à un processus de libre-échange avec la première puissance mondiale, le gouvernement français et le ministère du Redressement productif se lancent dans un combat perdu d’avance sur le terrain de la compétitivité. Et ce n’est pas seulement « l’exception culturelle française » qu’il faut protéger.
On peut considérer que ce rapprochement outre-atlantique constitue la plus grande entreprise de collaboration organisée à ce jour, aux dépens des libertés et des avantages acquis. Le grand raout autour de la commémoration du soixante-dizième anniversaire du Débarquement de Normandie du 6 juin dernier, avec invitation lancée par le président de la République française à Barack Obama et Angela Merkel, ne laisse aucun doute sur des négociations qui ne constitueront pas une réponse viable pour les pays de l’Union européenne. Une fois de plus, le front de l’Est restera au second plan, tout comme le Débarquement de Provence où ont participé de nombreux soldats « indigènes » venus d’Afrique. Mais il est vrai qu’une reconnaissance serait mal venue, au moment où s’affirment en Europe une restriction du droit d’asile et les expulsions illégales de réfugiés migrants. [découvrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo n°348]

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Le piège transatlantique : la Colombie dans la tourmente 16 septembre 2014 16:23, par Françoise

Merci pour cet article avec lequel je suis entièrement d’accord.
J’ai signé récemment une pétition sur le sujet. Je vous mets lien et descriptif si vous voulez en faire autant.

Bonjour,

Je viens d’interpeler les parlementaires sur la clôture de l’accord UE-Canada. Voici plus d’information sur cette initiative lancée par Attac et l’AITEC :

L’Accord économique et commercial global (“Comprehensive Economic Trade Agreement”, CETA), négocié depuis 2009 entre l’Union Européenne et le Canada, est sur le point d’être conclu. Par bien des aspects, CETA constitue un test, un cheval de Troie du traité transatlantique (TAFTA).

Cet accord sera finalisé, sauf opposition des États membres lors de la réunion du 12 septembre du Comité Politique Commerciale (CPC) du Conseil de l’Union Européenne ; il contient pourtant tous les aspects « à risque » dans l’accord transatlantique :

- la transparence des négociations n’a jamais été améliorée et l’accord va être entériné sans consultation des instances élues,

- l’accord libéralise des pans nombreux des échanges euro-canadiens, notamment des filières agricoles sensibles ou les marchés publics,

- des dispositions qui gèleront les privatisations de service public existantes, et empêcheront la définition de nouveaux services d’intérêt général gérés dans le domaine public,

- le mécanisme de règlement des différents investisseurs États, présent dans le chapitre Protection des investissements,

- un chapitre consacré à la « coopération réglementaire » qui risque de doter des instances échappant au contrôle démocratique de la capacité d’organiser l’harmonisation de normes cruciales pour la santé publique, l’environnement, la sécurité des consommateurs...

Les initiatives et prises de position se multiplient heureusement à travers l’Europe :
La France compte 77 collectifs locaux Stop TAFTA et 69 collectivés « hors TAFTA » ou en vigilance - dont les régions Nord, Picardie, Île-de-France, Franche-Comté, Limousin et Provence-Alpes-Côte d’Azur.
https://www.collectifstoptafta.org/collectivites/
https://www.collectifstoptafta.org/collectifs-locaux/

Harlem Désir exprimait en juin 2011 [ses inquiétudes relatives au CETA](http://www.deputes-socialistes.eu/?p=6219 ""), devant le Parlement européen.

Nicole Bricq, alors ministre du commerce extérieur, [déclarait en novembre 2013](http://stoptafta.wordpress.com/2013/11/22/traite-transatlantique-nicole-bricq-repond-a-attac/ "") « J’ai moi-même dénoncé à plusieurs reprises l’opacité des négociations en cours et continuerai de le faire autant que nécessaire. »

Bernd Lange, le porte parole du groupe S&D au parlement Européen sur les questions commerciales s’est dit contre l’inclusion du mécanisme de règlement des différents investisseurs-États dans TAFTA. Il a [déclaré](http://www.socialistsanddemocrats.eu/newsroom/sds-want-investor-state-dispute-mechanism-out-eu-us-trade-and-investment-agreement-ttip "") « Accepting the ISDS would mean opening the door for big corporations to enforce their interests against EU legislation. This would deprive states of crucial policy space in important fields such as health or environment. »

David Martin, membre Écossais de l’Alliance progressiste des socialistes & démocrates au Parlement européen (S&D) [déclarait](https://www.techdirt.com/articles/20140717/03325427904/top-eu-politicians-call-taftattips-corporate-sovereignty-provisions-to-be-removed.shtml "") en juillet 2014 « Les socialistes étaient fiers de leur implication dans la naissance de TAFTA, et nous ne voulons pas être son assassin, et je veux dire clairement à la Commission que si nous devons l’être, nous le serons. Et c’est pourquoi nous voulons que la Commission écoute avec attention nos craintes. »

Pour plus d’information, vous pouvez vous rendre à l’adresse suivante : https://www.collectifstoptafta.org/

Merci et bonne journée !

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