Parution : 4 septembre 2014
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Le maire de Béziers, soutenu notamment par le Front national, a décidé que la feria de sa ville s’ouvrirait cette année, le mercredi 13 août, par une messe publique célébrée dans les arènes. Pour lui, la feria doit cesser d’être « une grande beuverie », pour devenir « une fête traditionnelle et familiale. Elle doit être un rassemblement de personnes qui aiment la tradition taurine et religieuse. » (Source : Le Figaro.fr, 13/08/2014)

Bien sûr, les partis laïques, dont le Parti de Gauche, se sont insurgés contre cette mesure, et à mon avis avec raison. On aurait pu ajouter à cette contestation celle des opposants à la corrida, dont le lobby est de plus en plus influent, et qui eût pu se scandaliser de voir unir la religion à la tauroctonie. Cependant je pense que derrière cette décision du premier magistrat de la ville il y a eu un désir de donner à une fête un sens qu’elle n’avait plus. Le problème alors me semble moins ce désir de donner un sens, que le contenu de ce sens. On a voulu redonner du lien social à une manifestation qui en était venue à ne regrouper, pour un simple fun, que des individus atomisés. Mais pourquoi le lien social ne se trouverait-il que dans la religion ?
Il existe bien, certes, dans la religion traditionnelle, qui relie (en latin : religare) d’une part les hommes à Dieu, et d’autre part les hommes entre eux. Mais on peut rattacher le latin religio, dont vient « religion », non pas à religare, relier, mais à relegere, accueillir respectueusement un héritage, et aussi le relire au fond de soi-même. Si la première étymologie vient des auteurs chrétiens, comme Lactance ou Tertullien, la seconde peut s’autoriser, et cela n’est pas rien, du grand Cicéron. Alors, dans le cadre non plus de la religion-lien, mais dans celui de la religion-relecture de soi, on peut bien se passer de la médiation cléricale, qui instrumentalise très souvent le lien ou l’alliance à son propre profit, par exemple via messe et sacrements, pour assujettir les croyants. On peut donc se contenter de méditer au fond de soi, individuellement et en solitude, cet héritage ou cette « tradition », pour reprendre le mot du maire. Il eût fallu alors s’enquérir de trouver une autre façon pour faire du lien social, et pour y mettre un autre contenu. Mais sans doute notre premier édile ne connaissait-il pas le latin, ou l’avait-il oublié !

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