Parution : 18 septembre 2014
Gangster

J’ai revu, au Ciné-club de FR3, le film de Jean-Pierre Melville, Le Deuxième souffle, que recommandait chaudement Télérama, et qui est « peut-être le chef-d’œuvre » de son auteur, selon le Petit Larousse des films. Cette fois cependant la vision m’en a profondément indigné.

Car le spectateur peut s’identifier avec le « héros », un gangster sans scrupule aucun, qui n’hésite pas à programmer le meurtre d’un motard escortant un fourgon contenant du platine, pour en réaliser le hold-up, et va même jusqu’à nouer fièrement une « amitié virile » avec un autre gangster, meurtrier d’un autre motard, sur la base de cet assassinat partagé. On sent bien que le regard du cinéaste n’est pas hostile vis-à-vis de son personnage, mais au contraire fasciné, de même que celui du commissaire dans le film chargé de l’arrêter. Le monde se divise donc en deux catégories : les médiocres et les lâches, et les êtres d’exception, fussent-ils transgresseurs de la loi. Ces derniers ont un « code d’honneur », qui passe avant tout, et qui les dispense absurdement d’être honorables (voyez là-dessus mon billet Honneur, initialement paru dans le n°87 de Golias Hebdo-).
La réalisation du film est plastiquement exemplaire, ce qui n’excuse en aucune façon le côté inadmissible de son contenu, qu’un encart préliminaire (la morale du héros n’est pas la Morale) ne parvient pas à supprimer. Tous les films de Melville, exception faite de l’admirable Armée des ombres, sur la Résistance française aux nazis, jouent sur cette fascination aveuglée : ce n’est pas la même chose de supporter muettement la torture pour ne pas « donner » un résistant, et pour ne pas « donner » un autre gangster, selon cette loi du silence, cette omerta, qui est aussi le « code d’honneur » de la mafia… !
Le fond de la question est la présence, ou non, sous la forme de toute œuvre, d’une signification éthique : le formalisme et son abstraction (hiératisme, dépouillement) ne doivent pas masquer l’absence d’un contenu moral, d’une préoccupation concernant les vraies valeurs, d’une aspiration axiologique : n’est pas Bresson qui veut. En somme, si le hors-la-loi se contente de dépouiller les riches sans toucher aux pauvres, comme Robin des bois ou Arsène Lupin, passe ! Mais si c’est une crapule, il n’y a aucune raison d’en admirer la « grandeur », le respect de l’« amitié virile », et le « code d’honneur » !

- Dans la rubrique: Le blog du Sacristain

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