Parution : 28 septembre 2014
Prostitution (suite)

Je viens de lire dans l’hebdomadaire La Gazette de Montpellier, journal ordinairement sérieux, l’article suivant, sous le titre Facs – 4% des étudiants se prostitueraient : « 4% des étudiants ont déjà accepté des relations sexuelles contre de l’argent ou des cadeaux. C’est la conclusion d’une étude menée par l’Amicale du Nid, le Crous et l’université Paul-Valéry. Parmi les 1800 répondants, tous étudiants à la fac de lettres, 22 hommes et 37 femmes ont ainsi vécu cette situation. Plus étonnant : plus de la moitié des étudiants interrogés estiment que cela peut être un moyen de s’en sortir. » (n°1363-1365, du 31/07 au 20/08 2014, p.13)

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En pied de l'article.

Cet article conforte ce que j’ai déjà dit dans mon billet [« Prostitution » ’>http://www.michel-theron.fr/article-prostitution-120879980.html] (Golias Hebdo, n°312), lorsque je me suis élevé contre une proposition de loi qui prévoyait, pour éradiquer la prostitution, de pénaliser le client. Ce texte liberticide émanait à l’évidence d’un lobby féministe moralisateur, qui pouvait voir dans la prostitution, selon le titre de la chanson de Brassens, une « concurrence déloyale ». Mais évidemment il se drapait dans de hautes considérations éthiques, selon lesquelles il est déshonorant de vendre son corps – comme si quotidiennement le travailleur salarié exploité ne vendait pas lui aussi une partie de son être intime, gaspillée sans retour ! De toute façon, la réaction susdite de ce « plus de la moitié des étudiants interrogés », qui dans la prostitution ne voit ni objection ni abjection, fait justice de l’argument moral.
Notre société est victime de ce que Nietzsche appelait la « moraline », c’est-à-dire un souci de tout justifier moralement, pouvant mener à une censure systématique de toute conduite jugée condamnable, au mépris des libertés élémentaires de l’individu. D’où la judiciarisation systématique des conduites à laquelle on assiste aujourd’hui, qui pèche par son traitement simpliste de questions autrement plus compliquées. S’agissant de la prostitution, on peut évidemment la déplorer, mais non a priori la condamner si elle est volontaire, et met face à face des adultes consentants. Un axiome juridique est d’ailleurs : Volenti non fit injuria – « Envers qui consent, pas d’injustice ». Dans le cas contraire, et s’il y a contrainte, il suffirait de poursuivre les proxénètes, dont une grande partie d’ailleurs est faite de femmes, n’en déplaise à notre lobby socialo-féministe !

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Prostitution (suite) 29 septembre 2014 11:26, par Françoise

Ce que ne vous dira pas le journal ni au reste du grand public, c’est que ces 4% d’étudiants des deux sexes qui se livrent régulièrement ou occasionnellement à la prostitution ont tous subi dans l’enfance des attouchements, des viols et qu’ils n’ont pas eu accès au respect de leur intimité. Ce qui explique donc que vendre leur corps ne leur pose guère de problème. A ce problème se rajoute pour un certain nombre d’entre eux, un niveau de vie familial qui ne leur a pas permis d’avoir des parents pouvant leur payer des études. Et ces étudiants pour partie boursiers, voient bien que les petits boulots ne leur laissent plus le temps d’étudier. Le calcul est donc vite fait sur la conduite à tenir pour survivre et en même temps étudier.

Je peux vous en parler à l’aise du déterminisme des abus sexuels ayant été moi-même abusée et violée dès l’âge de 5 ans par une grand-tante qui en avait 75, grand-tante remplacée quelques 8 ans plus tard par mon paternel dans les abus et violences physiques et sexuelles jusqu’à mes 17 ans révolus.
Dans un tel contexte, mon approche de la sexualité était détachée durant pas mal de temps de tout respect de moi-même. J’ai pratiqué le libertinage intensif (qui aurait pu un temps me mener à la prostitution) entre 21 et 26 ans sans même mesurer qu’il était une aggravation des violences subies dans mon enfance et mon adolescence dans ma famille. Alors que j’y voyais dans ce libertinage seulement une libération (qui n’était pas fausse dans une certaine mesure tant le milieu familial d’où je venais était hypocrite : ultra religieux et puritain, bourgeois par devant, violent, irrespectueux et incestueux dans les faits réels). Il m’a fallu du temps, un compagnon libertin plus respectueux, conscient de mes souffrances passées et voulant m’aider à sortir des violences subies à l’époque, une stabilité financière, professionnelle relative, un compagnonnage unique avec un homme qui avait lui aussi connu des violences sexuelles pour vivre en couple sans avoir peur et pas mal de thérapies psy aussi pour retrouver l’estime de moi-même et de mon propre corps. Retrouver des limites, les replacer. Pouvoir dire non sans me sentir mal. Et il m’a fallu aussi du temps pour croire en l’amour vrai et durable qui s’incarne vraiment au quotidien, pas juste dans le discours.

Quand dès l’âge le plus tendre, votre sexe et votre corps servent de défouloir à des adultes ou à des jeunes plus âgés, comment voulez-vous parvenir à conscientiser que la prostitution est une atteinte grave au respect de soi-même ?
Car non seulement il y a ce déterminisme de l’abus et des violences sexuelles intrafamiliales chez ces étudiants-là dont l’article parle mais aussi la rupture financière avec cette famille dysfonctionnelle. Mais pour s’en sortir financièrement, sachant que toute l’enfance et l’adolescence, ces jeunes ont connu des personnes qui leur échangeait des jouets, des loisirs, de l’argent de poche contre des faveurs sexuelles, il leur est plus facile d’envisager la prostitution comme solution à leurs problèmes financiers qu’un job dans la restauration rapide, le babysitting ou l’intérim. C’est une activité au moins au départ qui semble plus compatible avec des études universitaires.
Mais que se passe-t-il après quelques années sous ce régime prostitutionnel ? Les jeunes quittent l’université sans diplômes pour la prostitution quotidienne en pensant pouvoir s’arrêter quand ils auront suffisamment d’argent de côté. Ce qui généralement n’arrive jamais, puisque ces jeunes sont rattrapés par le milieu du proxénétisme qui va bien vite les enchaîner à la drogue, à l’alcool et à un rythme de passes sexuelles qui va laisser des traces et pas seulement physiques, mais également psychiques et émotionnelles. Mais silence radio à ce sujet. Ni des prostitués ni des médias. Les seuls à dire sont les anciens prostitués et quelques associations courageuses.

Aujourd’hui la mode dans les universités se sont les chefs d’entreprises moyennes et grandes qui parrainent les étudiants contre des faveurs sexuelles : on les appelle les sugar daddys. Et les prostitués étudiants : les sugar babies. Dans nos grands médias, c’est un sujet de société à la mode, avec des articles-témoignages de jeunes étudiants et étudiantes qui depuis quelques mois, font la promotion de ce mode de vie estudiantin (en échange bien sûr d’un bon pactole de leurs parrains). On est donc sur un marché proxénète qui dépasse le cadre des réseaux proxénètes traditionnels. On est sur un proxénétisme à la papa qui renoue avec le droit de cuissage mais aussi le harem.
Alors la pénalisation du client est essentielle dans ce contexte pour éviter une aggravation et une augmentation de la prostitution, qui est passée ces dernières années devant la drogue et les trafics financiers en terme de profits financiers.

Que vous ayez les courants féministes qui s’inquiètent avec les associations de prostitués de cette situation et qui souhaitent l’abolition de la prostitution, ce n’est que logique et humaniste.

Mais bien dérangeant pour le STRASS et les milieux mondains bourgeois qui ont recours à ces formes nouvelles de proxénétisme.
Et qui voudraient persuader les gens du bien-fondé (quasi moral) de leur démarche.
La moraline dont vous parlez, je crois plutôt qu’elle imprègne ces milieux et votre discours, Michel. Parce qu’elle fait abstraction de la réalité concrète dans laquelle baigne les étudiants dont il est question. Elle zappe la question du non-choix, des déterminismes sociaux et des souffrances traumatiques à l’origine de la prostitution. Le silence est d’ailleurs la condition sine qua none de l’abus perpétuel. Alors des milieux féministes qui osent dire la violence...forcément ça fait tache...

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