Parution : 2 octobre 2014
Document exclusif : la libre contribution de Mgr Jean-Charles Descubes au synode sur la Famille

Au nom de tous ses lecteurs, « Golias Hebdo » remercie Mgr Jean-Charles Descubes, de nous avoir envoyé en exclusivité sa contribution juste avant l’ouverture du Synode sur la famille qui aura lieu du 5 au 19 octobre.

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Un grand merci à Mgr Jean-Charles Descubes, archevêque de Rouen, de nous avoir envoyé son commentaire et ses analyses en écho à ses deux confrères, Mgr Housset (La Rochelle) et Mgr Bonny (Anvers), auxquelles nous avons fait largement écho dans nos dernières éditions. Sa « contribution », juste avant l’ouverture du Synode sur la famille dimanche, nous semble fondamentale. Il rappelle que la structure de l’Eglise est synodale parce que « c’est en s’écoutant les uns les autres qu’on se rend docile à l’Esprit Saint ». Or, cette synodalité doit s’exercer aussi dans l’élaboration d’une parole concrète pour que l’annonce du Christ soit encore une Bonne Nouvelle qui libère. Pour ce qui concerne la famille, ou les familles, Mgr Descubes note le tournant constitué par Humanae Vitae, rédigé sans aucune synodalité, l’évêque de Rome s’étant réservé le sujet. Cette encyclique marque « la création du fossé entre les prises de position magistérielles dans le domaine de la morale sexuelle et familiale et leur réception par une grande partie du peuple chrétien ainsi qu’une grande incompréhension en dehors de l’Eglise ». Il est rare qu’un évêque le reconnaisse aussi explicitement et publiquement. Mgr Descubes invite certes à relire le texte de Paul VI au-delà des a priori, mais il est exemplaire d’une doctrine élaborée sans collégialité épiscopale, sans attention à l’expérience du peuple de Dieu et sans écoute des théologiens. Non que Paul VI n’ait pas consulté mais ses conclusions ne le laissent pas apparaître.

Comme Mgr Housset, l’archevêque de Rouen se souvient de l’apport majeur des théologiens avant et pendant le Concile Vatican II. Chaque évêque avait son expert. Les débats ne pouvaient qu’en être enrichis. « Il me semble, écrit-il avec justesse, avec des exceptions heureuses, que la collaboration entre les évêques et les théologiens dans la pluralité de leurs options était plus habituelle au cours des années 1970-1980 que dans les deux décennies qui suivent. » Il est vrai que sous les règnes de Jean-Paul II et de Benoît XVI, plus de mille théologiens ont fait les frais de leur liberté de recherche. Et Mgr Descubes note que les débats sur la reformulation de la loi sur le mariage n’ont pas été à la hauteur des enjeux… Nous ne pouvons pas nous en étonner, puisque les moralistes risquaient leur chaire en professant des points de vue différents de la doctrine officielle présentée comme la seule possible pour un catholique. Il est donc temps que les théologiens retrouvent leur place dans l’Eglise, au sein du peuple de Dieu. « Les évêques n’ont pas été leurs otages, et, pour avoir connu certains de ces théologiens ,je peux attester que leur souci était de mettre leurs recherches et leurs réflexions au service de l’Eglise. », souligne Mgr Descubes. Les questions familiales sont désormais intégrées dans la doctrine sociale de l’Eglise, ce qui peut augurer de changements. La Commission Théologique Internationale a en effet récemment montré comment les positions de l’Eglise avaient évolué dans ces domaines, grâce au sens de la foi des fidèles et les études des théologiens… Le prochain Synode marquera-t-il une étape historique ? Les débats qu’il a déjà suscités, y compris entre cardinaux, « font légitiment espérer une nouvelle manière de vivre et de penser en Eglise », avec peut-être plus d’autonomie donnée aux Conférences épiscopales… Le site de Golias vous tiendra informé régulièrement des travaux de l’Assemblée. Mais pour l’heure, osons une hypothèse théologique sur le positionnement magistériel quant à l’accès aux sacrements. Elle nous est suggérée par l’archevêque de Rouen qui évoque la fidélité inconditionnelle de Dieu et les échecs de la vie. Le cœur de la foi est bien le mystère pascal par lequel Dieu nous permet de traverser les épreuves. Deux composantes constitutives de ce mystère semblent oubliées par le Magistère : la première est que Jésus est vrai Dieu et vrai homme ; la seconde, que sa résurrection est aussi une sortie de l’histoire inséparablement marquée par la finitude et le péché. Or si l’on prétend qu’une réalité, le mariage sacramentel, exprime parfaitement l’amour de Dieu, on fait comme s’il était possible d’échapper au péché dès aujourd’hui. Cette doctrine s’apparente au monophysisme, condamné par le concile de Chalcédoine qui prétendait que la nature divine avait absorbé la nature humaine du Christ. Les relations entre le divin et l’humain sont autrement plus complexes et Mgr Descubes nous rappelle que la fidélité au lien indissoluble du mariage est pauvre de sens s’il manque l’amour, alors qu’une nouvelle union peut en avoir… Il se peut que la doctrine sans concession de l’indissolubilité du mariage relève plus du monophysisme que de la fidélité à la Tradition. En forçant le trait, ce serait donc une hérésie. [Découvrez l’ensemble de l’article dans Golias Hebdo n° 353 : http://golias-editions.fr/article5259.html]

172 commentaires
GOLIAS modérateur 5 octobre 2014 08:42, par noel beda, paroissien du diocèse de Rouen

Bonjour

J’ai le sentiment que certaines de mes contribution dont une sur l’évêque-archevêque de Rouen , et une réponse à Agnès sont passées à la trappe.
Merci de m’expliquer sur mon mail où sur le forum le pourquoi de cette censure.

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Ce sera un synode difficile, et risque de refroidir les espoirs. Le président du Centre d’action laïque (ADN) en Belgique, Henri Bartholomeeusen dans lesoir.be se dit inquiet depuis qu’il a pris connaissance du document qui fonde les travaux du synode consacré à la famille qui se tient à partir de dimanche au Vatican. D’après lui : "C’est un document doctrinal puissant, très conservateur. La conception de la famille qui est défendue ici n’est pas très éloignée de celle de Vichy"."

Comme le dit lavie.fr, le texte se garde bien de définir ce qu’est une famille, oscillant sans cesse entre indissolubilité du mariage et défis liés à l’éducation des enfants et à la croissance spirituelle de l’ensemble formé par les parents et les enfants. Le sujet de l’infertilité est à peine effleuré. Il évoque seulement la contestation de la doctrine de l’Église sur les procédés artificiels de procréation. Le paragraphe « autres situations critiques » ne mentionne pas de réponses posant la question de la place faite aux couples mariés sans enfants dans la pastorale familiale ou même aux couples de même sexe. L’Instrumentum Laboris est un témoin manifeste de la difficulté de l’Église catholique à penser aujourd’hui la place du couple sans enfants dans l’Église.

La curie a bien fait le travail pour que les débats restent stériles et que ce synode soit un échec comme celui de 1980.

Pour finir, une pétition a été lancée par All Out en réponse à la manifestation du 5 octobre et organisée par la Manif pour tous, son objectif est de mobiliser les partisans de l’égalité des droits. Si vous voulez la signer je vous en donne le lien : https://www.allout.org/fr/actions/egalite-simplement
Cela pourrait être drôle de voir, les hommes et femmes politique recevoir cette pétition en pleine Manif pour tous, car l’équipe d’All Out en France ira la remettre aux politiques, sur les plateaux télé et même pendant la manifestation anti.

Merci !

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Synode sur la Famille, une révolution en vue ? 3 octobre 2014 12:08, par eliane

Les divorcés remariés sont exclus du sacrement de communion et de l’absolution . Pourquoi ne les excommunie t’on pas ? .
Mais les criminels ( pédophiles, assassins ,ect.. ) n’en sont pas exclus . Pourquoi la " bonté " du dieu des catholiques vis à vis de ces derniers ?.Sans doute que le fait de tuer un être humain né par le "péché" , avec le "péché " ,est moins grave que de contrevenir à un sacrement édicté par dieu pour lier à vie un homme et une femme ! ! ! . Au début même un veuf,une veuve ne pouvaient pas se remarier ! ! !, mais cela a changé ...
J’ai hâte de voir ce que va donner ce synode .Avec 253 évêques qui voient de haut (de très haut même )ce qu’est le mariage , il est possible que la "théologie" (ou la théorie) en ce domaine soit bouleversée .La cinquantaine de non clercs qui y participeront seront ils écoutés ?.
Mais au final si quelque chose change il y aura certainement une encyclique qui sera édictée par le pape . Ce dernier ne sera pas obligé de tenir compte des avis des participants au Synode . Paul VI avait ainsi édicté Humanae Vitae condamnant la contraception contre l’avis de la grande majorité des personnes qu’il avait fait participer aux discussions . Bof , on attendra ,cela fait presque un millénaire que le "sacrement " de Mariage a été inventé, qu’est ce quelques mois de plus ou de moins par rapport à l’éternité ...

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Alors là, BRAVO GOLIAS ! 3 octobre 2014 00:12, par Agnès Gouinguenet

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Parce qu’enterrer l’indissolubilité du mariage quand l’Amour n’est plus là avec des arguments théologiques, c’est aussi fort que ce qu’a fait Benoît XVI en démissionnant, faisant ainsi exploser l’obsolète infaillibilité pontificale (le coup de la suppression des Limbes, ce n’était pas mal non plus).
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Comme quoi, il faut un pasteur théologien ou, si c’est trop difficile, un pasteur ET un théologien.
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Cela bouge au Vatican ! C’est sympa. AVANTI !
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A bientôt.
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AG à GOLIAS.

Voir en ligne : http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/

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Le problème de Mgr Descubes (et de quelques autres) est qu’il oublie que le Christ ne parle pas l’amour entre les conjoints dans le cadre d’un mariage indissoluble, et encore moins dans le cadre d’un "remariage". Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais dans la liturgie du mariage on ne demande pas aux futurs époux s’ils s’aiment. Et l’absence d’amour dans un mariage ne constitue pas un motif d’invalidation. On peut parfaitement contracter un mariage sans amour, mais valide. Placer le débat du prochain synode sur le plan de l’amour est donc inopérant.
Autre difficulté résultant de la position de Mgr Descubes, qui semble estimer qu’un second mariage "avec amour" est préférable au maintien d’un premier mariage sans amour : le même raisonnement peut être tenu pour un deuxième, ou un troisième remariage. Et plus si affinités ...

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