Parution : 12 octobre 2014
Synode pour la famille : La transparence opaque du Synode

Nous vous le disions : François veut que chacun s’exprime librement, « sans crainte ». Belle transparence, qu’il faut saluer ! Mais il a trouvé une astuce pour favoriser cette liberté de parole, cette « parrhèsia » : l’anonymat. C’est ainsi que personne ne sait qui a dit quoi, ce qui donne des comptes-rendus très opaques, truffés de formules impersonnelles : « il a été rappelé … », « il a été souligné… », « il apparaît nécessaire… ». Les journalistes trouvent cela très cavalier et n’ont pas manqué d’en rendre compte dans leurs articles – et au P. Lombardi. Ils ne sont pas les seuls à vouloir la levée de l’anonymat des pères synodaux : le cardinal Müller aussi…

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Mais lui, c’est pour une autre raison : « Les fidèles ont le droit d’être au courant des interventions de leurs évêques ». Ben voyons ! C’est une des attaques lancées par les ultras de l’Eglise cette semaine. En effet, si le but est de favoriser la prise de parole d’évêques résidents dans des pays où la liberté religieuse reste à construire, il s’agit aussi – pour le pape argentin – de protéger, par cet anonymat, les Pères synodaux de la vindicte des réseaux sociaux que susciteraient leurs interventions, que celles-ci soient ouvertes ou fermées. Et cela marche. Car, curieusement, il n’est pas certain que la majorité des Pères souhaite la levée de l’anonymat ; ils ont très vite compris que c’était la condition nécessaire pour que les débats justement se déroulent librement et franchement. Prenons deux exemples inventés de toutes pièces en partant du principe que les interventions sont publiques, comme le souhaite le cardinal Müller.

Imaginons que l’archevêque de Malines-Bruxelles, Mgr Léonard, prenne la parole pour défendre l’indissolubilité et la ligne intransigeante. L’intervention connue, on voit d’ici l’indignation ici ou là chez les chrétiens progressistes et les fractures rouvertes, par exemple, dans l’Eglise en Belgique. Il ne manquerait pas d’articles, de tweets et de posts pour affirmer que, décidément, Mgr Léonard est un indécrottable réactionnaire et que, « vivement mai 2015, qu’il démissionne ! »

Imaginons à présent que l’archevêque de Marseille, Mgr Pontier, lui, plaide pour la miséricorde et défende la ligne Kasper. L’intervention connue, les intégristes et les tradis ne manqueraient pas d’appeler à la démission de l’actuel président de la CEF, l’accusant au passage de franc-maçonnerie et de promouvoir la culture de la mort. Et que « vivement 2018 que ce fossoyeur de l’Eglise s’en aille, avec toute cette génération conciliaire ! »

Evidemment, nous caricaturons sciemment mais chacun peut voir ici, qu’avec les interventions publiques, ce serait un véritable champ de foire et que l’Eglise – loin d’avancer sur la famille – ne bougerait, en réalité, pas d’un pouce. Or, il faut garder à l’esprit que le pape Bergoglio n’a pas réuni ce beau monde pendant quinze jours pour parler de météo mais pour « défricher » l’épineux sujet pour l’Eglise qu’est devenue la famille. Il connaît aussi la culture de l’Eglise, celle du secret où l’on a peur de parler depuis quarante ans, surtout si l’on ne partage pas le point de vue du Magistère.

Cela montre en tout cas l’état d’esprit qu’il peut y avoir à Rome ces temps-ci ; elle qui fut si souvent montrée du doigt pour son manque de transparence, elle en serait presque remerciée en l’espèce, car sans cet anonymat, encore une fois, les Pères synodaux s’en seraient tenus à des propos convenus et raccords à la ligne Müller. Mais cette transparence n’est pas allée assez loin. En effet, dans ce Synode, où est le peuple chrétien, en particulier les femmes, les divorcés, les homosexuels, les jeunes ? Où sont ceux qui souffrent et qui auraient sans doute pu, par leurs témoignages de vie, éclairer davantage encore les problématiques abordées ? Des laïcs sont bien auditionnés mais leurs parcours ne semblent pas toujours très représentatifs, c’est le moins qu’on puisse dire…

Il s’agit bien d’un « acte manqué » (si l’on ose dire) de la part de ce pape qui ne donne pas là le bon exemple en « oubliant » les principaux intéressés. Si tous ces absents ne prennent pas la parole pendant l’intersession, auditionnés par les diocèses et les conférences épiscopales, nous ne voyons pas comment l’Eglise peut avancer sérieusement sur ces questions. Telle qu’appliquée pendant cette première session, la transparence – opaque ou non – est certes un outil pour déverrouiller les débats mais certainement pas la clé de la réussite de ce Synode, surtout s’il n’écoute pas les « victimes » de ces « drames humains » évoqués dernièrement.

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Coucou GOLIAS ! 26 novembre 2014 19:00, par Agnès Gouinguenet
Un pape en carton pâte ? @ Gino Hoel 26 octobre 2014 18:56, par pierre mabire

Gino Hoel,

Prenons pour hypothèse que François le pape veuille faire progresser l’Eglise.
A l’âge qu’il a, avec la connaissance qu’il possède des arcanes de l’Eglise catholique romaine, notamment des arcanes vaticanes, n’ignorant pas également que le règne de JP2 fut assez long pour installer à la tête des diocèses un maximum d’évêques conservateurs, il ne pouvait pas ignorer que convoquer un synode pour changer le regard de ceux-ci sur la doctrine du mariage était comme ouvrir un congélateur au pôle nord pour faire fondre les glaçons.
Ou bien il est piètre stratège. Ou bien il est naïf. Ou bien il a fait de la communication pour se parer de l’image du modernisme sans avoir l’intention de faire bouger les choses – eu égard à ce que j’ai écrit précédemment. Peut-être avez-vous d’autres hypothèses ?
Nous sommes aujourd’hui face à un double constat. D’une part celui d’une assemblée synodale majoritairement conservatrice. D’autre part, une intention affichée du pape d’accueillir les divorcés remariés à la table eucharistique sans toucher au dogme, laissant alors la responsabilité de l’évolution aux synodes diocésains.
Cela pourrait être l’objet de la seconde partie de ce synode convoquée en 2015.
Si François le pape s’en remet au vote de cette même assemblée qui a tout verrouillé, il ne sera pas la peine de dépenser tant d’argent et d’énergie. Il en sera toujours au même stade.
IL n’aura pas mille solutions, mais une seule : user de son autorité et de son pouvoir régalien pour changer le corps électoral du synode en nommant autant d’évêques progressistes que nécessaire pour aller là où il l’entend.
Voudrait-il également faire évoluer le dogme sur l’indissolubilité du mariage ? De même, pour les mêmes raisons entraînant les mêmes effets, il ne le pourrait pas. C’est donc bien le corps épiscopal qu’il doit transformer.
Cela fera peut-être beaucoup d’évêques en disponibilité. Mais après tout, ceux-ci lui doivent obéissance. Pourquoi ne pas les renvoyer sur le terrain, dans les paroisses, pour qu’ils sortent enfin de leurs palais épiscopaux et du cercle clérical pour savoir ce qu’est la vraie vie des gens, autrement qu’à la lumière éteinte des théologiens du Moyen-âge ? Cela permettrait de pallier la pénurie des vocations car pour dix curés de perdus, pas un seul de retrouvé.
Mais c’est encore un chemin plus difficile et plus long encore qu’il devra ouvrir , dans tous les domaines, principalement : dogmes, doctrine, magistère, catéchèse, etc. Et bien sûr, travailler à une autre approche du rapport de l’Eglise catholique aux femmes, et du rapport du sacerdoce consacré aux baptisés pour en finir avec cette cassure entre les clercs et les non clercs. C’est un chantier sur plusieurs décennies dont il faut poser maintenant la première pierre pour relever un édifice chancelant en grand péril.
S’il n’entreprend pas ce chantier mais se contente de « bricoler », c’est qu’en réalité, il est effectivement dans un schéma de communication, et seulement cela. Il apparaîtra alors comme un pape en carton pâte, un élément de décor dans un paysage religieux.

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la lettre tue, l’esprit vivifie 20 octobre 2014 14:58, par Baudouin Petit

C’est le problème de toutes les religions. On dit qu’elles commencent en mystique et finissent en politique, généralement réactionnaire. C’est un peu plus compliqué, mais en gros c’est cela. Les religions qui dominent le monde ont surgi dans des sociétés anciennes, pour répondre à leurs besoins "spirituels", de nouvelles normes de comportement, pour contester, encadrer ou atténuer des pratiques barbares, améliorer les relations personnelles, le respect de l’autre, encourager l’altruisme et l’attention aux pauvres, garantir la paix civile, combattre l’avidité, l’égoïsme, la violence et le crime, mais aussi promouvoir l’hygiène, notamment par des interdits alimentaires. Aujourd’hui la société a changé, elle a besoin d’autres références, d’autres règles, mais la plupart des religieux, et pas seulement les intégristes, ont perdu le sens du message auquel ils se réfèrent, prisonniers qu’ils sont de vieilles habitudes de pensée, de textes fondateurs, voire "sacrés", mais néanmoins obsolètes ou anachroniques, et qui de ce fait contredisent et trahissent l’esprit qui les avait inspirés. L’intuition de Paul de Tarse n’a rien perdu de sa pertinence : « … car la lettre tue, mais l’Esprit vivifie. » (Corinthiens 3 :6)

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Evêques schismatiques 20 octobre 2014 12:22, par pierre mabire

L’Eglise catholique romaine n’est pas en situation de schisme entre évêques réformistes et évêques intégristes ou conservateurs. Schisme il y a pourtant, oui, mais entre le peuple des baptisés et la hiérarchie ecclésiale, et principalement épiscopale.
Le synode qui vient de s’achever montre à quel point, en l’état actuel, la cassure est grande, dévastatrice. Cela, on le doit principalement à Jean-Paul 2 qui, tout au long de son pontificat, s’est employé à truffer la structure épiscopale d’intégristes radicaux. Ce sont ces hommes-là qui aujourd’hui se liguent pour faire échouer toute tentative d’évolution et d’adaptation souhaitée par l’évêque de Rome.
François le pape connaît trop bien cette hiérarchie pour avoir agi naïvement en pensant que l’Esprit saint soufflerait sur le synode au point d’inspirer soudainement des chefs de diocèses d’une doctrine nouvelle sur la famille et le mariage.
S’il veut maintenant rester crédible aux yeux du monde entier, il va devoir user de moyens radicaux.
Par exemple :
procéder à des remplacements d’évêques intégristes et nommer à leur place des hommes proches du peuple des baptisés, ouverts à une nouvelle interprétation du dogme du mariage.
Différer la tenue du synode n°2 sur la famille tant que la recomposition des épiscopats « à problème » n’aura pas été achevée.
Renvoyer la consultation des baptisés vivant en couple sans mariage, des divorcés-remariés et des couples homosexuels, au niveau des paroisses ou des communautés de vie afin que la parole du peuple chrétien catholique soit enfin libérée.
La véritable manière pour mettre les évêques conservateurs « hors jeu » serait de remettre radicalement en cause le dogme du mariage indissoluble. Peut-être François le pape y pense-t-il sans le dire, mais c’est probablement trop lui demander.
Le peuple catholique qui est l’Eglise universelle, ne s’embarrasse ni de la position rigide des évêques, ni de la doctrine, ni du dogme. Les couples se forment, font bénir leur union devant le prêtre, puis se trouvent ensuite sur un chemin sinueux faisant que la route de l’un se séparent parfois de la route de l’autre. Les causes sont connues : il peut y avoir de la violence, de la jalousie pathologique, de l’alcoolisme, du harcèlement moral, de l’adultère à répétition, etc. qui rendent la vie commune impossible. La séparation peut même être vitale pour éviter le drame.
Le sacrement de mariage n’est pas le fait du prêtre. Il est contenu dans les échanges de consentement des fiancés qui se sont choisis mutuellement et librement pour faire vie commune. Si l’on considère que cette union est scellée par la volonté de dieu, il faut croire alors que ce dieu est du genre Machiavel en favorisant des unions qui se transformeront en une vie infernale.
Il faut bien considérer, en réalité, que le dogme d’indissolubilité n’est pas de volonté divine. Il est non conforme à l’esprit de liberté qui animait le fils du charpentier Joseph. Il est temps d’admettre que la séparation et le remariage ne sont ni une faute, ni un péché contre le divin, mais une expression de liberté indiscutable qui n’est pas un obstacle à une vie de foi.
Cet esprit de liberté, les évêques de la génération Jean-Paul 2 la refusent. Ils ne veulent pas l’accepter et préfèrent s’isoler du peuple, se séparant de la sorte de ceux qui sont le corps de cette Eglise. Le schisme est de leur côté.

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Synode pour la famille : @Gino Hoel 19 octobre 2014 21:06, par Nathalie

Maintenant que le synode est clos, les évêques sont au boulot sur zone.
Et ça bosse d’arrache pied ! En tout cas en Bretagne.
La preuve en images

http://kaamelott.co/livre-1/compagnon-de-chambree/

Bonne fin de dimanche

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Embryon de démocratie. 19 octobre 2014 08:30, par Agnès Gouinguenet

- 
Bonjour GH and Co.
- 
Reconnaissons qu’il y eut un vote et que le magister n’a pas imposé ses convictions. D’ailleurs, il veut que tous ces messieurs (la vraie démocratie, c’est pour plus tard, comme en Grèce antique) se remettent au travail dans un an, ce qui signifie qu’il n’est pas satisfait, personnellement, des résultats du vote ; mais voilà, la majorité, c’est la majorité.
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Vous écrivez : "Où sont ceux qui souffrent".
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Vous les voyez aussi à l’Assemblée nationale ou bien au Sénat ? Hum ... La seule différence visible, c’est la mixité.
- 
Heureux dimanche ensoleillé.
- 
AG.

Voir en ligne : http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/

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Synode pour la famille : La transparence opaque du Synode 15 octobre 2014 08:44, par Françoise

Le principe de déclaration libre (même si anonyme) est déjà pour une majorité d’évêques une sorte de petite révolution. C’est un milieu tellement fermé, tellement dans la théorie que ce simple exercice pratique a déjà dû les mettre au supplice.
Et puis il ne faut quand même pas oublier que le clergé se pense supérieur en tout, y compris sur le sujet famille sans avoir aucune expérience maritale et familiale. Alors ce même clergé ne peut décemment pas prendre en compte ni en considération les témoignages ni la présence de laïcs mariés, non mariés, de jeunes, de divorcés, d’homosexuels, transsexuels, de prêtres, religieux, religieuses défroqués qui ont donc quitté la vie religieuse pour une vie familiale et conjugale et qui sont à même d’ouvrir et étayer la réflexion sur ce sujet. Ce serait beaucoup trop leur demander à nos évêques. Le synode se terminerait par des crises d’apoplexie généralisées, avec pompiers et sauveteurs qui viennent faire des réanimations en cours de séance. Et il y en aurait toujours pour dire que ce synode était une mauvaise idée.
Donc n’attendons rien de ce rassemblement. C’est un peu comme les chapitres des communautés de la Nouvelle Evangélisation. On prétend par devant révolutionner les choses qui ont conduit fondateurs et cadres à commettre des crimes quand en réalité rien ne change. Le changement dans la continuité.

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Synode pour la famille : La transparence opaque du Synode 13 octobre 2014 19:55, par Jacques D.

Et si tous les sites, forums ... catholiques pouvaient d’abord être constructifs ?

Sur "belgicatho", c’est déjà la panique et c’est peu dire !

Et ici ?

Je suis considéré par tous ceux qui me connaissent comme un "progressiste" !
Mais je n’apprécie pas les "va-t’en-guerre" ! Des deux côtés du catholicisme !

Restons "ouverts" à l’ " ouverture" !

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Bonjour Gino Hoel. 13 octobre 2014 09:01, par Agnès Gouinguenet

- 
Pas trop vite, le déshabillage ... Il ne faut rien brusquer. Une épiphanie, cela ne se bâcle pas.
- 
Milesker (c’est du "parler" d’Espelette !) ... :)
- 
Agnès G.

Voir en ligne : http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/

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