Parution : 16 décembre 2014
Crèche
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À la suite d’une demande de la fédération locale de la Libre pensée, le tribunal administratif de Nantes a décidé que la crèche de Noël, installée dans le bâtiment abritant le Conseil général de Vendée, était un « emblème religieux » incompatible avec le « principe de neutralité du service public ». Obligation a donc été faite de la faire disparaître. Évidemment, on a assisté à une levée de boucliers de la part des traditionnalistes. Ainsi Philippe de Villiers s’est dit « outré, scandalisé » par cette décision qu’il a qualifiée de « totalitaire » : « La France est une terre chrétienne, cette décision relève d’un laïcisme mortifère qui viole nos traditions et nos coutumes » (Source : Le Figaro.fr, 03/12/2014).

Je suis personnellement tout à fait d’accord avec la décision du tribunal, et je pense à ce que pourraient dire, voyant une crèche dans un espace public, les juifs et les musulmans, pour qui elle ne signifie rien. « Deux poids, deux mesures », diraient-ils, et ils auraient raison. Ensuite je conteste absolument la remarque de M. de Villiers à propos de la France « terre chrétienne », car il confond « chrétien » et « catholique ». Pour les catholiques seuls la crèche a du sens. En monde protestant, essentiellement iconoclaste, la crèche relève d’une idolâtrie dangereuse. Si l’on va jusqu’à prier devant elle, elle devient objet de culte. Cessons donc de parler de « culture » à son propos. Car si le culturel est une chose, le cultuel en est une autre !
Enfin, je dirai que la crèche ne dit rien du tout de ce qu’il en fut du Jésus historique, et surtout, ce qui me semble essentiel, de son message, de son enseignement. Elle participe du storytelling habituel des évangiles (l’âne et le bœuf même viennent des apocryphes), qui très souvent a recouvert l’évangile ou la bonne nouvelle du Christ (Evangelium Christi), par la bonne nouvelle au sujet du Christ (Evangelium de Christo). Où est par exemple le Logos, la Parole, dans l’Enfant-Jésus, « enfant » signifiant précisément : « qui ne parle pas » ? Libre aux enfants de s’attendrir, loin de l’espace public bien sûr, devant ce Jesu bambino tout nu qui se tortille en tout sens. Mais ce n’est qu’un mythe, une fiction de plus.

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Crèche 24 décembre 2014 15:42, par Françoise

Bonjour Michel

Très joyeux Noël à vous.
A quoi vous attendiez-vous avec Philippe de Villiers ? En dehors du spectacle du Puy du Fou, les questions religieuses avec lui sont toujours abordées de façon fondamentaliste, donc il est très logique qu’il ait joué le scandalisé. C’est aussi et surtout un moyen d’attirer l’attention sur lui, de ne pas être totalement oublié médiatiquement et politiquement. Il a toujours agi ainsi par le passé, il continuera tant qu’il le pourra...d’autant qu’il a été président du CG de Vendée.
Donc en replaçant le propos dans le contexte, vous comprenez qu’en réalité, c’est juste pour faire parler de lui.

La crèche pour moi, évoque le souvenir de Saint François d’Assise qui avait popularisé cette tradition via d’ailleurs si mes souvenirs sont bons, des crèches vivantes. Puis se sont les jésuites qui ont imposé la crèche en terre cuite auprès des catholiques. Et aujourd’hui, la scène de la Nativité touche un peu toutes les cultures parce que c’est mignon et que ça plaît beaucoup aux enfants, qu’ils soient ou non cathos. Moi-même quand j’étais enfant, j’adorais faire la crèche et je recommencerai avec notre petite Maïa d’ici deux-trois ans, le temps qu’elle apprécie et soit suffisamment grande pour manipuler les personnages, faire le décor avec moi. C’est une activité créative très sympathique, qui permet aux enfants d’élaborer et construire leur propre histoire personnelle via différents personnages. Au plan psycho affectif, la crèche les ancre dans une dimension familiale mais aussi culturelle.
Maintenant, ce n’est pas pour autant que je suis partisane d’en installer une dans les différentes administrations publiques. Pour moi, ça relève du domaine privé de chacun. Pas besoin d’imposer une culture catho à tous dans le secteur public quel qu’il soit.

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Crèche @Michel Théron 20 décembre 2014 00:59, par eliane

Entièrement d’accord avec vous .
La fète du 25 Décembre était la fête du Solstice d’hiver et a été volée par le christianisme.A t’on des preuves que Jésus le Nazaréen est né ce jour là ? .Il y a même des incertitudes sur son année de naissance ! .
De même les églises et chapelles ont souvent été construites sur des lieux utilisés par d’anciens cultes pré-existants afin de récupérer la clientèle de ces cultes .

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Crèche 19 décembre 2014 17:56, par Louis 1

Bonne nouvelle : le tribunal administratif de Montpellier vient de donner raison à Robert Ménard.

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Coucou MT ! 18 décembre 2014 23:28, par Agnès Gouinguenet

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Tout à fait d’accord avec vous. La crèche, c’est un signe catholique. C’est comme si l’on mettait une chaire d’église dans une Préfecture.
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Chacun chez soi, et chacun respectueux de l’autre.
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Tout à côté de chez moi, il y a une exposition des crèches (nativités) du monde. Elle a lieu dans la salle paroissiale. Voilà qui est intelligent !
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Pour les enfants, on peut fêter aussi la Saint-Nicolas ...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Nicolas_%28f%C3%AAte%29
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Ou bien Olentzero en pays basque !
https://www.youtube.com/watch?v=rjRXb_cds0w
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Eguberri on (joyeux Noël) eta (et) urte berri on (bonne nouvelle année) en basque de Saint-Sébastien. :)
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Agnès G à Michel T.
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N.B. N’oubliez pas de mettre vos souliers devant la cheminée !

Voir en ligne : http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/

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Joyeux Noël, Michel Théron (suite) 18 décembre 2014 16:16, par pierre mabire

Je m’étonne, Michel Théron, vous le littéraire de la maison Golias, du peu de cas que vous faites au mythe de Noël. Je dis bien du mythe, et non de la dévotion à quelque image d’Epinal sous forme de crèche de la naissance d’un enfant nommé Jésus.
Vous n’apprendrez rien si je vous dis que l’homme est une espèce de la nature parmi d’autres espèces animales ou végétales. Comme ces autres espèces, il se distingue des dieux par le fait qu’il est mortel. Mais, doué d’esprit, il espère atteindre cette immortalité que la nature lui a refusée.
Comme il ne peut pas expliquer à lui même pourquoi il ne peut atteindre une nouvelle dimension – divine cette fois, alors il a recours a un artifice, le mythe, qui va lui permettre d’élever sa condition, mais qui, finalement, est un aveu d’impuissance à élucider par ses seules forces et sa seule intelligence la question de la vie au-delà de la vie...
L’humanité tout entière a besoin de ces mythes pour survivre à elle même. Le mythe permet de s’engager sur un chemin d’espérance dont l’issue est certes incertaine, mais issue possible autrement que l’errance dans la nuit éternelle.
Le mythe de la naissance de Jésus n’est pas celui d’une maternité magique d’une vierge, elle-même née virginalement. C’est celui de la résurrection possible, comme les plantes se régénèrent de leurs propres moyens.
Le recours au mythe, finalement, redonne à l’homme une dignité qu’il n’est pas en mesure d’atteindre ou de saisir par ses propres moyens. A la différence des espèces animales ou végétales, il nait nu, sans défense et doit tout apprendre pour grandir et construire sa vie. Ce n’est pas un être de « l’inné », mais de « l’acquis ». Son imaginaire lui permet de compenser ses manques, et le mythe lui ouvre un champ de rationalité dont il peut croire en la pertinence. Noël et le mythe de la crèche, ce n’est rien d’autre. Transposés dans l’univers poétique, allégorique, cela donne toutes ces représentations faites pour servir le mythe. N’est-ce pas Descartes qui écrivait que les hommes porte en eux-mêmes des semences de science comme le silex porte des semence de feu. Les philosophes les extraient par raison, les poètes les arrachent par l’imagination. Elles brillent alors d’avantage ?
Laissez donc les crèches briller dans la nuit de l’hiver. Cela n’a rien de religieux.

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Joyeux Noël, Michel Théron ! 18 décembre 2014 11:52, par pierre mabire

Il n’y a pas plus sot débat que celui de l’histoire des crèches sur l’espace publique qu’il faudrait supprimer. Que la Justice ait été saisie pour trancher sur la question n’est pas étonnant, car nous sommes maintenant dans l’ère du « tout judiciaire », avec un empilage de lois et de procédures qui, souvent, se contredisent.
Dans le cas des crèches, il n’est écrit nulle part qu’il est interdit d’en installer sur l’espace public. Ce jugement de Nantes créée donc une jurisprudence dont les répercussions pourront être un désastre pour le patrimoine.
Au titre de la séparation de l’Etat et des religions, alors pourquoi ne pas contraindre les collectivités à ne plus jamais mettre un euro dans l’entretien des églises paroissiales dont elles sont propriétaires depuis la Révolution Française ? Des maires ont d’ailleurs déjà trouvé la solution en faisant abattre celles qui menacent ruine, effaçant du paysage et d’une portion de territoire, des siècles de culture et d’histoire de notre civilisation.
Partout où cela existe, la mise en place de ces crèches s’opère sans manifestation religieuse. Pas de curé, pas de procession, pas de bénédiction. C’est un simple rappel à une légende, à un mythe qui dépasse très largement la sphère chrétienne et n’a aucun but prosélytique.
Si le crèches doivent être retirées de l’espace public, alors il faut aussi interdire tous les décors de lumière qui sont une évocation directe au culte au dieu Mithra qui, le 25 décembre, célébrait le solstice d’hiver, avec l’allongement des jours et le rétrécissement de la nuit. Cette célébration, dont la mémoire collective a fini par perdre la source, doit-elle aussi être supprimée tant elle coûte très cher en dépenses d’énergie aux communes ?
Fini aussi le colis des vieux, les sapins de Noël des enfants dans les écoles de la République – culte à ce mythe païen du Père Noël ? Il suffira de trouver des juges pour faire de la jurisprudence pour que toutes les lumières s’éteignent, que les chants religieux de Noël soient censurés dans les hauts parleurs publics, que le 25 décembre ne soit plus chômé car la République n’a pas a sacrifier un jour de travail sur l’autel d’un mythe religieux. On frise le ridicule dans cette histoire judiciaire nantaise.
Sans l’évocation de la nativité de Jésus, qui est tout de même une très belle histoire sans qu’on soit obliger de croire à l’opération du Saint-Esprit, que restera-t-il de l’esprit de Noël, sinon des crises de foie à cause des excès de chocolat, un mal de crâne pour avoir bu trop de Champagne,du foie gras fondu dans le fond d’une assiette d’une table qui n’a pas été desservie, des jouets qui, finalement, n’intéressent plus les enfants trois jours après la fête et seront mis en vente sur Leboncoin.fr
Joyeux Noêl, Michel Théron !

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Le dernier livre de Michel Théron, Sur les chemins de la sagesse, est disponible sur commande en librairie, ou directement sur le site de son éditeur BoD https://www.bod.fr/livre/michel-theron/sur-les-chemins-de-la-sagesse/9782322080823.html (248 pages, 9,99 euros)

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