Parution : 23 décembre 2014
Noël autrement : Saint François et le sultan
ou la courtoisie de Dieu
Par Golias

L’histoire de la crèche de Greccio est fort connue. Saint François fait revivre aux habitants de la région du Latium, en 1223, la naissance de Jésus à Bethléem : première crèche vivante pour des pèlerins en incapacité de se rendre en terre sainte, occupée par les Sarrazins. Mais cet épisode n’est sans doute pas sans rapport avec un autre événement, souvent oublié, de la vie du pauvre d’Assise : sa rencontre avec le sultan Al-Kâmil, qui eut lieu quelques années auparavant, sans doute en septembre 1219.

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Les crèches sont au cœur de l’actualité. On pourrait s’en réjouir. Cette année au moins, on ne parle pas que de sapins, de cadeaux et de foie gras. On peut aussi s’en inquiéter. Certes, les intégristes de la laïcité, comme tous les fanatiques, ne sont pas très intelligents, et ils démontrent la pauvreté de leur analyse politique, car ce n’est pas la crèche du conseil général de Vendée qui constitue la principale remise en cause de l’unité républicaine. Mais ceux qui leur répondent sur le mode identitaire ne font pas montre d’une plus grande finesse. En invoquant la tradition, ils oublient la nouveauté radicale de la Nativité du Seigneur : Dieu se fait proche ; sa naissance fait de nous des frères et des sœurs. L’interdiction du Tribunal administratif aurait pu être une occasion pour les chrétiens de rappeler qu’il n’y avait pas de place pour Joseph, Marie et l’enfant à naître ! Comme il n’y a guère de place aujourd’hui pour tous ceux et celles qui osent dire que l’étranger est un frère.

Or à Noël, l’étranger par excellence, le Tout Autre, devient, en Jésus, notre frère ! Nous en souvenons-nous quand nous voulons installer une crèche, que ce soit dans un lieu public, une église ou notre maison ? C’est cela qu’il eût fallu rappeler, au lieu d’encourager la discorde. Nous avons justement choisi de vous partager une aventure méconnue de la tradition chrétienne : celle de la rencontre de saint François avec le sultan Al-Kâmil en pleine croisade à Damiette, au bord du Nil. Cette histoire a été oubliée comme, peut-être, le sens de la crèche. D’aucuns diront que le moment est mal venu pour évoquer un dialogue entre l’islam et le christianisme. Il n’est pas moins bon qu’à l’époque des croisades, et nous n’oublions pas nos frères et sœurs persécutés en Irak ou au Nigéria par des terroristes qui sont plus des délinquants que des religieux. Le pauvre d’Assise parlait justement des « frères brigands » : sans nier leurs délits, il invitait à voir en eux des frères… Pour le dire autrement, il n’y a sans doute pas de distance plus grande entre Dieu et nous qu’entre nous et ces délinquants.
La crèche nous invite donc à prendre de la distance vis-à-vis de nos analyses politiques, humaines trop humaines, importantes mais relatives, pour nous laisser bouleverser par un inattendu inespéré : Dieu vient ! Et alors ? C’est justement la question. Qu’est-ce que ça change ? Penserions-nous de la même manière si Dieu ne s’était pas fait l’un de nous ? Si oui, nos crèches sont des contre-témoignages. Saint François, dans sa passion qui peut nous paraître folle, nous indique le chemin de Jésus, Dieu fait homme. Le pauvre d’Assise vivait lui aussi dans une société en crise. Au moment où la société se débarrassait de la féodalité, de nouvelles dominations des uns sur les autres naissaient avec l’argent. En épousant dame pauvreté, François, se faisait frère universel comme Jésus, en ne considérant pas sa divinité comme une possession, laissait place à l’autre. A nous !

C’est peut-être cela Noël : faire de la place à l’autre. Aller à sa rencontre et se laisser rencontrer, avec courtoisie. Comme Dieu a visité Marie. Comme Marie a visité Elisabeth. Comme Jésus, sur la paille. Il ne s’agit pas de se culpabiliser de ce que nous ne ressemblons pas à Dieu, mais de nous laisser émerveiller par la nouveauté toujours à redécouvrir d’une naissance qui a tout changé. Beau Noël !

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Noël autrement : Grisélidis Real 3 janvier 2015 11:57, par Françoise

Je crois qu’interpréter l’arrêt du tribunal administratif de Nantes contre la crèche du CG Vendée ne peut pas être interprété comme un refus essuyé par Joseph et Marie d’hébergement en hôtelleries.
Comparons ce qui est comparable. Joseph et Marie n’étaient pas dans le besoin financier ni matériel, juste comme lorsqu’il y a affluence sur un même site, sans hébergement.
L’accueil du tout autre, y compris par les religieux et religieuses fut souvent catastrophique. S’il y eut des entreprises charitables et généreuses isolées comme celle de François d’Assise et d’autres saints, très vite, elles servirent de prétexte à humiliation justement des plus rejetés. Doit-on reparler des bagnes religieux, des soit disant foyers religieux pour personnes en détresse où l’on faisait bien sentir aux déshérités qu’ils ne méritaient pas le pain qu’on leur donnait, qu’ils étaient et seraient toujours la lie de la société ?
Ce n’est pas la religion en tant que corps social qui a le mieux accueilli le tout autre.
Jésus l’a su très rapidement et en a fait les frais de sa vie.
A chaque fois, l’accueil du tout autre, donc aussi de Dieu est le fait de personnalités généreuses (pas forcément religieuses), finalement assez isolées et atypiques, des sortes d’ovnis dans un océan humain plus préoccupé de soi que l’autre.

Et parfois, cet accueil du tout autre est le fait de ceux qu’on traite volontiers de marginaux, de dépravés.

Je consultais il y a peu les extraits d’un petit documentaire sur une femme remarquable, écrivain, peintre et prostituée, décédée en 2005 d’un cancer généralisé : Grisélidis Real. Plus connue en Suisse qu’en France mais une femme réellement formidable, engagée dans la protection de ses frères et soeurs prostitués. Et qui est enterrée au cimetière des Rois à Genève, l’équivalent de notre Panthéon, à côté des plus grands hommes et femmes suisses.
Elle y expliquait dans ce reportage ce qu’avait déjà compris François d’Assise sur la misère et la détresse humaine. Elle était pourtant considérée comme la lie de la bonne société. Comme un déchet. Et pourtant, que de bonté, que d’ouverture du coeur, que de compréhension humaniste avait cette femme qui accueillait chaque jour le tout autre, dans sa misère, dans sa détresse. Sans pour autant se réclamer d’une quelconque religion. Mais avec un amour infini.

https://www.youtube.com/watch?v=EclDtIZexmY

https://www.youtube.com/watch?v=_7Zx613GKHQ

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Le conseil général de Vendée 3 janvier 2015 11:20, par Françoise

Concernant ce dernier, il est logique qu’il s’illustre dans une tentative de mise en scène religieuse puisque son président est un proche de Philippe de Villiers qui fut aussi à la tête du CG départemental. A une époque d’ailleurs où de Villiers avait financé avec l’argent public du département un centre anti-IVG " le foyer d’Ariane" et placé à sa tête un directeur criminel qui n’hésita pas à violer et abuser des pensionnaires et même de leurs jeunes enfants.
L’enfer de ces jeunes femmes et leurs jeunes enfants prit fin en 2005 à la fermeture de l’établissement puis à la condamnation pénale du directeur en 2007. Le foyer aura quand même vécu près de 10 ans en abîmant définitivement par leurs pratiques la vie de femmes et d’enfants déjà fragiles.

Le département vendéen aux mains de ces fondamentalistes est depuis de très nombreuses années une sorte de centre expérimental de détricotage de la laïcité et de laboratoire des démarches Pro-Vie et identitaires. S’il y a bien un département qui est toujours dans la contre-révolution catho maurrassienne, c’est bien ce département de Vendée. Et il participe aussi à une forme de légitimisation des idéologies fondamentalistes mais aussi d’extrême droite.
Sous couvert d’histoire et de tradition, que de couleuvres sont avalées...
Et ce que ne comprennent souvent pas les gens, y compris les Conseils Généraux et Conseils Régionaux qui n’hésitent à payer tous les ans des séjours au Puy du Fou à leurs fonctionnaires, c’est que cette entreprise tenue par les mêmes zozos intégristes que ceux du CG Vendée, participe aussi à légitimer les postures intégristes et fachos. J’ai pu le remarquer chez des élèves adultes, séduits par la machinerie du Puy du Fou et oubliant totalement qui est derrière (à ce stade, ça relève du déni profond). Et se disant que finalement l’extrême droite surtout catho n’était pas si mauvaise...Personnellement, ce genre de glissement, ça me fait froid dans le dos.

Et il est à noter aussi que les mêmes Conseils Généraux et Régionaux entretiennent financièrement Disney Marne la Vallée en offrant aux enfants des fonctionnaires et parfois aux fonctionnaires eux-mêmes des séjours alors que l’entreprise est une machine coloniale à broyer le droit du travail, le droit des salariés et participe à l’endettement et aux batailles immobilières et politiques du territoire.
La cohérence politique serait de ne pas cautionner ni financer indirectement avec l’argent public, c’est à dire notre argent à tous, ces machines de guerre idéologique politique, économique, sociale et en partie religieuse qui ne disent pas leur nom sous couvert de divertissement.
Mais en matière de cohérence, notre beau pays a des progrès à faire...c’est rien de le dire.

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Bonjour
La foi que vous exprimez ici pour respectable qu’elle soit n’est quand même pas partagée par plus des 2/3 de l’humanité dont en France où les pseudos racines chrétiennes font sourire plus d’un.
Que je sache si les parents de Jésus n’ont pas trouvé place ailleurs que dans une crèche (grotte) c’est parce que les hôtels (de l’époque) étaient pleins en raison du déplacement de populations consécutif au recensement de Quirinius. Rien à voir donc avec une quelconque volonté d’exclusion.
Ce qui quand même pose la question de l’authenticité de la date de la naissance de Jésus et de ses circonstances (dont nécessité pour le couple d’aller se faire recenser en Judée ?).
Je ne sache pas non plus que le couple ait cherché à s’installer dans la mosquée ni dans la synagogue du coin ni dans un lieu de l’administration publique.
Bref en admettant la véracité du récit on peut dire que faisant contre mauvaise fortune bon cœur le couple a pris le premier emplacement disponible.
On peut donc en conclure qu’installer une crèche dans un lieu public relève d’une volonté d’imposer au plus grand nombre une certaine forme d’idéologie que vous développez très bien... ce qui vous attire les félicitations d’un certain Boulo qui par ailleurs vous étrille à l’envi.
Sans doute en aurait-il été autrement si cette crèche avait été installée dans un lieu (genre porche d’entrée d’un HLM ou d’une résidence de luxe...) en rapport avec la réalité du conte... puisqu’à ce jour nous n’avons aucune certitude absolue de l’existence réelle de Jésus (et bien sûr dans une église ou sa proximité où la crèche a naturellement toute sa place).
Cet enfant est né comme beaucoup d’enfants dans le dénuement. Enfants qui n’ont même pas ni bœuf ni âne pour les réchauffer, ni berger attentionnés pour les nourrir, ni personne pour les couvrir de cadeaux... là est la seule question susceptible de rassembler les hommes de bonne volonté. Les uns et les autres sommes nous prêts à abandonner ne serait-ce qu’un instant nos certitudes, à faire cesser nos hauts cris... pour simplement un peu de chaleur humaine ?

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Coucou GOLIAS. 29 décembre 2014 08:53, par Agnès Gouinguenet

- 
"la nouveauté toujours à redécouvrir d’une naissance qui a tout changé."
- 
Hum, je ne demande qu’à vous croire, mais bon, sur terre, ce n’est pas évident ...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Types_d%27armes_nucl%C3%A9aires
- 
A très bientôt. Reposez-vous bien.
- 
AGG.

Voir en ligne : http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/

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Merci infiniment . Enfin du positif de votre part , tout arrive . Il reste à faire entendre ce discours aux musulmans qui ne peuvent pas accepter que Dieu se fasse le plus faible des faibles , tout en restant éternellement le Saint et le Fort ..

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Noël autrement 24 décembre 2014 10:36, par françois (ni papiste, ni romain...)

BON jour ami(e)s de Golias et toutes et tous...

Merci à l’auteur de cet article de nous permettre, en cette veille de Noël, un "retour à la source" !
François (d’Assise...) avait tout compris, lui...
Quel autre message que celui de la fraternité, peut-on en effet porter et apporter en ce temps de Noël ?
Et si "Dieu" n’a pas pris corps dans celui (et celle) qu’il m’est donné de rencontrer dans une démarche
parfois difficile, où est-il alors...?
Si seulement tous les "sermons" qui seront assénés au cours de cette nuit pouvaient être porteurs de ce message !
Beau Noël à vous toutes et tous !

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Merçi pour votre commentaire.

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