Parution : 22 janvier 2015
Blasphème, blessure et démocratie

Nous venons de vivre des événements d’une rare intensité.
Le lâche assassinat de la rédaction de Charlie Hebdo, de policiers et de citoyens, mais aussi la mobilisation de millions de personnes dans les rues et sur les réseaux sociaux... Reste à savoir ce que révèle ce consensus. Tout le monde n’a pas manifesté ou proclamé « Je suis Charlie » pour les mêmes raisons. De même, tous ceux qui ont refusé de jouer le jeu de l’unité nationale avaient des motivations plurielles.

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Nous venons de vivre des événements d’une rare intensité.
Le lâche assassinat de la rédaction de Charlie Hebdo, de policiers et de citoyens, mais aussi la mobilisation de millions de personnes dans les rues et sur les réseaux sociaux... Reste à savoir ce que révèle ce consensus. Tout le monde n’a pas manifesté ou proclamé « Je suis Charlie » pour les mêmes raisons. De même, tous ceux qui ont refusé de jouer le jeu de l’unité nationale avaient des motivations plurielles. Parmi celles-ci, une est évidente : « Charlie » ne faisait pas l’unanimité et le moins que l’on puisse dire est que c’est un journal qui ne vise pas le consensus !

Et c’est sans doute ce qui rend ses caricatures pertinentes. Elles sont à la marge, fonctionnant comme une loupe qui grossit tel caractère. Certes, il est impossible de marcher avec une loupe mais ceux qui sont visés par les dessins et écrits de « Charlie » devraient se réjouir de voir certains de leurs défauts dévoilés, comme on dit à un ami que sa braguette est ouverte. Pour rester dans le ton de « Charlie »...
Jésus n’était pas dans le même registre, un peu libidineux (c’était avant Freud) mais que penser de ses invectives adressées aux scribes et aux pharisiens, les bons-croyants et bien-pensants, qu’Il traitait de sépulcres blanchis ?
S’étaient-ils sentis blessés par de telles paroles ? Sans doute, puisqu’ils l’ont condamné à mort pour blasphème !
Pourrions-nous donc dire que le blasphème est à l’origine de la foi des chrétiens ? Non, il est seulement le symptôme de notre refus d’un Dieu tellement différent qu’Il vient sans cesse nous déranger, provoquant notre refus et nos accusations. Et c’est sur ce point que « Charlie » était et demeure salutaire, comme le Canard enchaîné qui, mercredi dernier, citait à la « une » un verset de la lettre aux Ephésiens (3, 13) : « Ne vous laissez pas abattre. » L’auteur de la Lettre aux Ephésiens ajoute : « à cause de vos tribulations, elles sont votre gloire. » Paradoxe d’un Dieu mort sur la croix auquel la revue jésuite Etudes a sans doute voulu rendre témoignage en mettant en ligne quelques caricatures de « Charlie » sur le pape et l’Eglise pour « manifester notre soutien à nos confrères assassinés » et « affirmer que la foi chrétienne est plus forte que les caricatures que l’on peut en faire, même si des chrétiens en ont été offensés ». Ce questionnement de la blessure des croyants reprise par le pape qui ne veut pas qu’on insulte les croyants est plus que problématique. D’abord pour des raisons théologiques que nous avons esquissées : Jésus et les premiers chrétiens ont été condamnés à mort pour blasphème... c’est dire l’ambigüité de cette notion. Mais nous devons aller plus loin, puisqu’il s’agit du vivre ensemble dans une société plurielle. Quand nous disons que Jésus est Dieu, nous offensons les juifs et les musulmans et c’est pour cela que les premiers chrétiens furent et continuent à être mis à mort.
Devons-nous pour autant renoncer à notre foi ? Avançons encore : la blessure relève de l’émotion. Or une société ne se fonde pas sur l’émotion des uns et des autres mais sur la raison qui invite au dialogue. Nos pères grecs avaient en horreur l’hybris, la passion, la démesure à laquelle conduisent inévitablement les émotions. Et nous en avons été témoins le 7 janvier. Socrate fut condamné lui aussi pour impiété parce qu’il invitait à dépasser les émotions pour raisonner. Pour le dire autrement : être blessé n’est pas un argument ! Nous continuerons donc ce travail de raison. Critiquant même ce qui semble évident. Espérant quand tout semble aller mal. Pour ne pas nous endormir dans la tranquillité d’un consensus factice ni sombrer dans le cynisme des donneurs de leçons. C’est notre manière d’être « Charlie ». p Golias

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Du parti clérical... par Victor Hugo 27 janvier 2015 09:31, par pierre mabire

C’est l’extrait d’un très beau discours prononcé à la tribune de l’Assemblée Nationale. Il dénonçait le sectarisme d’un clergé catholique qui avait pour programme politique de réduire le peuple de France aux limites de son catéchisme. Cet extrait est le suivant : "Ah ! nous vous connaissons ! nous connaissons le parti clérical. C’est un vieux parti qui a des états de service. C’est lui qui monte la garde à la porte de l’orthodoxie. C’est lui qui a trouvé pour la vérité ces deux étais merveilleux, l’ignorance et l’erreur. C’est lui qui a fait défense à la science et au génie d’aller au-delà du missel et qui veut cloîtrer la pensée dans le dogme. Tous les pas qu’a faits l’intelligence de l’Europe, elle les a faits malgré lui. Son histoire est écrite dans l’histoire du progrès humain, mais elle est écrite au verso. Il s’est opposé à tout.
C’est lui qui a fait battre de verges Prinelli pour avoir dit que les étoiles ne tomberaient pas ; appliqué à Campanella vingt-sept fois la question pour avoir affirmé que le nombre des mondes était infini et entrevu le secret de la création ; persécuté Harvey pour avoir prouvé que le sang circulait. De par Josué, il a enfermé Galilée ; de par saint Paul, il a emprisonné Christophe Colomb. Découvrir la loi du ciel, c’était une impiété ; trouver un monde, c’était une hérésie. C’est lui qui a anathématisé Pascal au nom de la religion, Montaigne au nom de la morale, Molière au nom de la morale et de la religion.
Oh ! oui, certes, qui que vous soyez, qui vous appelez le Parti catholique, et qui êtes le parti clérical, nous vous connaissons ! Voilà longtemps déjà que la conscience humaine se révolte contre vous et vous demande : qu’est -ce que vous me voulez ? Voilà longtemps déjà que vous essayez de mettre un bâillon à l’esprit humain.

Ces paroles, d’une véritable actualité au regard du raidissement de tous les conservatismes et toutes les orthodoxies religieuses, en particulier catholiques, furent dites en janvier 1850 par ce géant de la littérature et de la pensée française, Victor Hugo - qui reste censuré et interdit par les régimes dictatoriaux d’aujourd’hui, après avoir aussi connu l’Index de l’Eglise romaine.
Le discours intégral est ici :
http://frapinath.com/la%C3%AFcit%C3%A9%2C%20j%27%C3%A9cris%20ton%20nom/hugo%20contre%20la%20loi%20falloux.html

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Pie IX : le pape qui commanditait des rapts d’enfants juifs 24 janvier 2015 14:04, par PIERRE MABIRE

Dans la période que nous traversons, le radicalisme religieux n’a certainement pas bonne presse.
Ce n’est pas nouveau.
Dans le genre abominable, horrible, abjecte, l’Eglise catholique n’est pas en reste. En 2000, par l’entremise de son pontife souverain, elle béatifia Pie IX, tant vénéré par les traditionalistes et intégristes, mais qui fit scandale sous son règne pour avoir commandité des rapts d’enfants juifs afin de les baptiser de force, les soustraire à leur parents, et les endoctriner à la suite d’un lavage de cerveau complet.
L’un des kidnappings, qui se déroula dans les Etats du Vatican - avant la constitution de l’Italie moderne - secoua le monde entier. Il s’agit de celui d’Edgardo Mortara, âgé de 6 ans, enlevé par la police pontificale en janvier 1858 sous les yeux de sa mère. Malgré les protestations des parents, les messages hostiles des chefs d’Etats - y compris catholiques, les nombreux articles de presse parus au quatre coins du monde, ce pape ne rendit jamais l’enfant, définitivement acquis à la cause vaticane, persuadé par ses "protecteurs" que son retour chez lui constituerait un grave péché mortel.
Malgré des faits avérés, et la demande des héritiers auprès du Vatican pour qu’un pardon soit demandé à la famille, les pontifes n’ont jamais émis le moindre regret, le moindre remord.
Le tableau joint à ce post montre le rapt de l’enfant au domicile des parents, à Bologne. Il fut peint en 1862 par M.D. Oppenheim.
L’histoire est également contée ici :
http://frapinath.com/atheisme/TEMOIGNAGES%20CRETINS/l%27immonde%20des%20religions.html

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Blasphème, blessure et démocratie 23 janvier 2015 13:19, par michèle Mialane

Tout d’abord merci à Mariejeh Lebondidier et Alexandre Ballario qui ont dit (Golias Hebdo N° 367) l’essentiel de ce que je pensais du battage autour du massacre du 7 janvier, même si je ne partage pas l’opinion flatteuse qu’ils ont du malheureux Bernard Maris, puisque j’estime le keynésianisme définitivement périmé.

J’aimerais toutefois ajouter deux choses : révoltée et prête à manifester le 7, j’avais déjà changé d’avis le 11 au vu de la tournure prise.

D’abord, comme je l’ai dit à quelques ami-e-s, " je ne suis pas Charlie " car j’ai déjà bien assez à être moi-même.

En effet, je considère toutes les "unions sacrées" comme une abolition du sens critique personnel (et donc de cette liberté dont on nous dit- justement- qu’elle a été assassinée avec les victimes de l’attentat à Charlie Hebdo). Il y a un siècle, Heinrich Mann (frère de Thomas) écrivait : "Comme on se sentait bien dans le sentiment de la faute partagée ! " Il parlait de l’antisémitisme, qui a fortement préexisté au nazisme. Ici c’est le contraire : comme on se sent bien dans le sentiment de la bonne conscience partagée ! qui engendre un rejet (acritique) de la pensée autre...

Les unions sacrées sont à mes yeux rédhibitoirement réactionnaires, quand elles ne sont pas franchement fascisantes. Là comme d’autres fois, l’unanimité autour de Charlie sert à occulter de profondes et durables fractures et va justifier une intensification du caractère policier de l’État. Sans oublier - et la vieille laïcarde que je suis est plus que critique envers l’Islam - que les premières victimes de l’attentat sont à coup sûr les (nombreux) musulmans français et plus largement les musulmans en général.

Ensuite et au moins autant, je suis révoltée par le mépris où sont laissées tant de victimes anonymes qu’on juge tout au plus dignes d’un entrefilet , quand on ne les occulte pas purement et simplement. Toutes ces victimes du néocolonialisme ou des jeux de la géopolitique et de la géoéconomique. Les morts d’Ukraine en général et d’Odessa en particulier, les victimes quotidiennes du terrorisme intermusulman que nos politiques ont créé, des scandaleuses exactions d’Israël contre le peuple palestinien, de toutes les violences en Amérique latine ; les 800 000 "génocidés" rwandais, dont la France porte en partie la responsabilité, les 5 millions de morts congolais, dans cette "guerre civile" qui n’en finit pas, nourrie par notre soif de "terres rares" indispensables à nos gadgets électroniques chéris, j’ai nommé tous les portables, et à la recherche spatiale (pour trouver quoi au juste ?) Sans compter les ouvriers et ouvrières sacrifiés sur l’autel des prix cassés et des marges faramineuses ...Tous ceux-là n’ont pas eu droit à une seconde de silence.

Chomsky aurait-il eu raison de dire qu’il y a de bonnes et de mauvaises victimes ?

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Bonjour GOLIAS. 23 janvier 2015 07:56, par Agnès Gouinguenet

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Comment voulez-vous discuter avec des gens qui font cela ...
http://www.rfi.fr/moyen-orient/20150116-raif-badawi-arabie-saoudite-coups-fouet-chatiment-corporel-droits-homme-blogueur/
- 
Il faut pratiquer la prudence et se défendre. Comme devant un crocodile énervé. Car là, la discussion est impossible. Question de bon sens. Il a fallu Hiroshima pour arrêter les kamikazes survoltés. Ne l’oublions pas.
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Joli vendredi.
- 
AGG à GOLIAS.

Voir en ligne : .

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Blasphème, blessure et démocratie 22 janvier 2015 21:29, par eliane

Actuellement le " Sépulcre Blanchi " ne serait il pas le Vatican et sa Curie ainsi que leur incurie ? .

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Blasphème, blessure et démocratie 22 janvier 2015 19:24, par Hal

Et pourtant, voici des paroles à méditer par les partisans de la publication de caricatures, paroles qui font appel à leur responsabilité .

« Là où est la haine, que je mette l’amour »

St François d’Assise

La haine de certains musulmans envers l’occident est avérée, la publication des caricatures n’est pas de nature à l’apaiser, plutot à l’exacerber.

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Charlie, modérément. 22 janvier 2015 19:15, par Bruno ANEL

Suis-je "Charlie" ? Je me suis souvent posé cette question ces derniers jours. Le dessinateur Willem, rescapé de l’équipe Charlie puisqu’il détestait les réunions, a déclaré qu’il "vomissait" tous les nouveaux amis de l’hebdo décapité. N’étant pas lecteur de la presse satirique en général, je m’en voudrais donc de le contrarier.
"Je pense que Dieu ne tue pas pour un dessin" a fait dire le dessinateur Kraf à son "chat du rabbin". Je pense la même chose. Mais je me pose une question : la liberté d’expression ne doit-elle pas trouver ses limites elle-même à partir du moment où elle met en cause une autre valeur républicaine : la fraternité ?

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