Parution : 26 janvier 2015
Le pape François : l’affaire
du « coup de poing »

Décalage horaire ? Méconnaissance du problème ? Les propos tenus par François dans l’avion qui le menait du Sri Lanka aux Philippines (1), méritent de s’y arrêter un instant. Si nous les avons trouvés déconcertants, nous ne fûmes pas les seuls ! Même les conservateurs ont failli tomber en pâmoison (2) !

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Interrogé effectivement sur les massacres de Paris, le pape eut cette phrase étonnante : « Si un grand ami dit du mal de ma mère, il doit s’attendre à recevoir un coup de poing ! » Nous voilà prévenus…

La liberté d’expression, selon lui, serait « un droit, une obligation », à condition de ne «  pas offenser  ». Une liberté d’expression en demi-teinte ? Non ! « Tuer au nom de Dieu est une aberration. » Au reste, « nous avons l’obligation de parler ouvertement »… sans « offenser » car «  il y a des limites  » ! Ah bon ? Mais alors, encore une fois, est-ce toujours la liberté d’expression ? Un vrai danseur de tango, ce cher François ! Un pas en avant, deux en arrière, un sur le côté… Vous avez le tournis ? Nous aussi ! D’autant qu’il recourut à un exemple bien mal choisi : le massacre (des protestants par des ultra-catholiques) de la Saint-Barthélemy (1572). Mais davantage qu’une guerre de religion, ce triste épisode de notre histoire était surtout une lutte de pouvoir entre nobles (soutenu par un peuple fanatisé) dans un contexte socio-politique complexe (et un roi défaillant). En étions-nous là, ce fatal 7 janvier 2015 ?

La suite de son intervention questionne bien plus, finalement, que « le coup de poing  » et la Saint-Barthélemy. En effet, pour l’évêque de Rome – qui en appela dans les airs à Benoît XVI et son discours de Ratisbonne (même s’il allégua ne plus s’en souvenir…) –, le problème, la faute de tout cela, c’est « l’héritage des Lumières » : il a permis le développement d’une « mentalité post-positiviste, qui porte à croire que les religions sont une sorte de sous-culture, qu’elles sont tolérées mais sont peu de choses ». A ses yeux, « tourn[er] en dérision » les religions, c’est « provoqu[er] ». Le retour de la célèbre « dictature du relativisme  », chère au pape allemand ? A moins qu’il ne s’agisse d’une posture commune à tous les religieux ? De fait, un article du Monde (3) nous apprenait, le 17 janvier dernier, que les futurs imams à la Grande Mosquée de Paris partageaient les propos du pape : «  La meilleure phrase que j’ai entendue cette semaine, c’est celle qui est sortie de la bouche du pape. La presse ne peut pas dire tout ce qu’elle veut, il y a des choses qu’on ne peut pas toucher. » Ces propos pontificaux relanceront-ils le dialogue islamo-chrétien mis à mal par le pape Ratzinger (depuis Ratisbonne, justement), lequel – depuis 2006 – est dans l’impasse ?

Naturellement, en France, il est difficile d’accepter ce type d’argument. La loi sur la liberté de la presse (1881) encadre parfaitement ce qui est dicible de ce qui ne l’est pas (4). C’est d’ailleurs ce que rappela entre les lignes Christiane Taubira, garde des Sceaux et ministre de la Justice, lors des obsèques de Tignous : « On peut tout dessiner, y compris un prophète parce qu’en France, pays de Voltaire et de l’irrévérence, on a le droit de se moquer de toutes les religions.  » Évidemment, il se trouvera toujours des esprits chagrins pour se sentir offensés ou injuriés : il s’agit de leur interprétation qui ne peut, par bonheur, primer sur le droit. Du reste – dans l’autre sens –, combien de catholiques et de femmes ont pu se sentir injuriés et diffamés dernièrement par le cardinal-patron de l’Ordre de Malte, le tradi-friendly Mgr Burke (5), lequel affirmait sur un site nord-américain que « le féminisme radical » (après le Concile, évidemment) était la cause de la pédophilie dans l’Église ?

L’Obs publiait il y a peu un entretien6 édifiant de la présidente du musée Guimet, Sophie Makariou, spécialiste des arts de l’islam, dans lequel elle rappelle qu’«  il n’y a pas stricto sensu de condamnation de la figuration dans le Coran. Ce qui est illicite, c’est l’adoration des images et des idoles ». Mieux ! Le visage de Mahomet fut représenté, la première fois, en 1307… Mais caricaturer ou représenter un prophète ou un dieu, est-ce adorer une image ou une idole ? Est-ce « offenser » les croyants, pour paraphraser le pape Bergoglio  ? Il semble surtout que certains croyants (quels qu’ils soient) n’aient jamais réellement étudié leur religion ; les « sachants » religieux n’y ont d’ailleurs aucun intérêt s’ils veulent garder la mainmise sur les esprits. Dans le monde catholique, après tout, il fallut Vatican II pour que les croyants s’emparent des textes jusque-là réservés à la seule élite cléricale…

Le blasphème – ou l’idée qu’on s’en fait – ne date pas d’hier. Ainsi, en Marc (2, 5-7) : « Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : Mon enfant, tes péchés sont pardonnés.Or, il y avait quelques scribes, assis là, qui raisonnaient en eux-mêmes : Pourquoi celui-là parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? » Jésus avait-il blasphémé ? Que non point ! C’est juste l’interprétation de la Loi définie par les scribes qu’il rejetait (en 2, 8) : « Pourquoi tenez-vous de tels raisonnements ? Qu’est-ce qui est le plus facile ? Dire à ce paralysé : Tes péchés sont pardonnés, ou bien lui dire : Lève-toi, prends ton brancard et marche ? » En vérité, ce sont les cœurs endurcis qui voient le blasphème partout… Un article de Mediapart (7) nous rappelle à juste titre que «  l’État doit aux uns comme aux autres le libre exercice de leur culte mais doit veiller à ce que cet exercice ne déborde pas sur des pratiques et des organisations qui ne conforteraient pas l’ordre républicain et pourraient même aller jusqu’à le contrecarrer  ». Frapper quelqu’un qui aurait offensé la foi ou la religion, c’est bien menacer l’« ordre républicain ». Ce que François n’a visiblement pas compris. Car pour l’esprit raisonnable et grandi par la connaissance profonde des textes, la foi se moque bien du blasphème, Dieu étant au-dessus de tout cela ; et après tout, croire ou non reste un pari, comme nous l’apprend Pascal. Ce que reprit plus tard Hans Küng, pour qui chacun doit rester libre de croire ou non : « En ce qui me concerne personnellement, j’ai accepté le ‘pari’ de Pascal et je parie – non pas en raison d’un calcul de probabilité ou d’une logique mathématique, mais bien sur la base d’une confiance raisonnable – sur Dieu et l’Infini contre le zéro et le rien. Je ne crois pas aux arrangements légendaires tardifs concernant le message de la résurrection dans le nouveau testament, mais je crois volontiers à leur noyau primitif… Le risque demeure dans ce pari pour une confiance absolue, j’en suis bien conscient. » C’est bien de tolérance et non de violence dont a besoin ce monde, d’ouverture à l’autre et non de « bourre-pif ». François ne peut ici prôner l’attaque et là la liberté de culte. Il faudra bien un jour qu’il s’explique sur ce paradoxe (ce n’est, hélas, pas le seul)…

1. http://www.news.va/fr/news/le-pape-on-ne-peut-provoquer-ou-insulter-la-foi-de
2. http://vaticaninsider.lastampa.it/vaticano/dettaglio-articolo/articolo/francesco-filippine-38584/ (article non traduit en français)
3. http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/01/17/a-la-grande-mosquee-de-paris-les-futurs-imams-vident-leur-sac_4558443_3224.html
4. http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000877119
5. http://www.liberation.fr/societe/2015/01/14/le-feminisme-radical-a-cree-les-pretres-pedophiles_1179886
6. http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20150116.OBS0129/representation-de-mahomet-l-islam-a-perdu-de-vue-sa-propre-histoire.html
7. http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-malet/170115/faut-il-rester-charlie

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Le pape François : l’affaire du « coup de poing » 14 mars 2015 18:22, par Manuel Carrillo

Les nombreux commentaires ou explications concernant l’affaire du coup de poing, montrent une méconnaissance du fait que le Pape François est argentin et partant connaisseur du langage populaire latino-américain. Chez le peuple latino-américain, que ce soit des argentins et plus particulièrement des mexicains mais aussi des membres nationalités des Amériques, l’homme qui insulte un autre en lui disant "chinga a tu madre" (va coucher avec ta mère) va très certainement lancer un coup de poing dans la figure de l’ignoble individu, ou bien pire (coup de couteau pour commencer). Et tout cela avec l’approbation générale. Toute autre explication au sujet de ce que le Pape a dit aux journalistes dans l’avion n’est que produit de l’ignorance du langage populaire latino-américain.. Mais, bien entendu, le Pape ne pouvait pas citer telle qu’elle la phrase qui met le feux aux poudres.

Dans un de ses livres, Octavio Paz, écrivain mexicain bien connu, a longuement expliqué le domaine des insultes parmi les latino-américains.
Manuel Carrillo

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Impies, hérétiques et Bernard de Clairvaux 25 février 2015 10:40, par pierre mabire

Pour qui cela intéresse : un article sur la construction sanglante des religions monothéistes. Il y a un chapitre à lire sur Bernard de Clairvaux, fondateur de l’ordre des Cisterciens, qui exhortait les "chevaliers du Christ" à trucider en masse les impies et les hérétiques. Il n’était pas le seul car, dans sa "Somme théologique", Thomas d’Aquin ne disait rien d’autre. C’est ici :
http://frapinath.com/la%C3%AFcite/theologie%20du%20crime.html
L’illustration, c’est l’ineffable Bernard.

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Bernard de Clairvaux, le Djihadiste des temps médiévaux 17 février 2015 11:35, par pierre mabire

Tiens, voici une lecture intéressante prise auprès de Bernard de Clairvaux, ce moine qui conseilla des papes et se montra d’un fondamentalisme absolu dans la défense de sa religion. Il avait un culte de "la mort pour son dieu" comparable à celui des djihadistes du 21è siècle. Selon lui, tuer des païens n’était pas un crime.
Histoire lointaine pourra-t-on opposer... mais non, c’est une histoire bien contemporaines car l’Eglise romaine, chaque 1er novembre honore tous ses saints qu’elle a canonisés à tour de bras et qui nous vaut un jour férié dans le calendrier laïque. Bernard de Clairvaux en fait partie.
Voici un extrait de ce qu’il écrivait dans son « Eloge de la Nouvelle Chevalerie », s’adressant à Hugues, soldat du Christ, et maître de la milice :

(...) Les soldats du Christ combattent en pleine sécurité les combats de leur Seigneur, car ils n’ont point à craindre d’offenser Dieu en tuant un ennemi et ils ne courent aucun danger, s’ils sont tués eux-mêmes, puisque c’est pour Jésus-Christ qu’ils donnent ou reçoivent le coup de la mort, et que, non seulement ils n’offensent point Dieu, mais encore, ils s’acquièrent une grande gloire : en effet, s’ils tuent, c’est pour le Seigneur, et s’ils sont tués, le Seigneur est pour eux ; mais si la mort de l’ennemi le venge et lui est agréable, il lui est bien plus agréable encore de se donner à son soldat pour le consoler.
Ainsi le chevalier du Christ donne la mort en pleine sécurité et la reçoit dans une sécurité plus grande encore. Ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée ; il est le ministre de Dieu, et il l’a reçue pour exécuter ses vengeances, en punissant ceux qui font de mauvaises actions et en récompensant ceux qui en font de bonnes. Lors donc qu’il tue un malfaiteur, il n’est point homicide mais malicide, si je puis m’exprimer ainsi ; il exécute à la lettre les vengeances du Christ sur ceux qui font le mal, et s’acquiert le titre de défenseur des chrétiens.
Vient-il à succomber lui-même, on ne peut dire qu’il a péri, au contraire, il s’est sauvé. La mort qu’il donne est le profit de Jésus-Christ, et celle qu’il reçoit, le sien propre. Le chrétien se fait gloire de la mort d’un païen, parce que le Christ lui-même en est glorifié, mais dans la mort d’un chrétien la libéralité du Roi du ciel se montre à découvert, puisqu’il ne tire son soldat de la mêlée que pour le récompenser.
Quand le premier succombe, le juste se réjouit de voir la vengeance qui en a été tirée ; mais lorsque c’est le second qui périt " tout le monde s’écrie : Le juste sera-t-il récompensé ? Il le sera, sans doute, puisqu’il y a un Dieu qui juge les hommes sur la terre " (Ps LVII, 11). Il ne faudrait pourtant pas tuer les païens mêmes, si on pouvait les empêcher, par quelque autre moyen que la mort, d’insulter les fidèles ou de les opprimer. Mais pour le moment, il vaut mieux les mettre à mort que de les laisser vivre pour qu’ils portent les mains sur les justes, de peur que les justes, à leur tour, ne se livrent à l’iniquité.

Ce texte signé de la main de ce moine aux mains rouges de sang, sera-t-il défendu par les nouveaux chevaliers du Christ prêts à reprendre l’épée ? J’attends de lire ici la prose des soldats d’une nouvelle armée prête à tuer et se faire tuer...

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Le pape François : l’affaire
du « coup de poing »
8 février 2015 11:55, par St Hilaire

Un vrai Jésuite !

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Le pape François : l’affaire
du « coup de poing »
6 février 2015 21:58, par Cassianus

Quand Jésus a dit à un homme : "Tes péchés sont pardonnés", le blasphème, c’était de s’attribuer un pouvoir qui n’appartient qu’à Dieu. Les péchés, ce sont des dettes envers Dieu. Une dette ne peut pas être remise par un autre que son créancier. En pardonnant les péchés, Jésus s’identifiait avec Dieu. Or un homme ne peut pas être Dieu. Se dire Dieu quand on est une créature, c’est inciter à adorer la créature à la place du Créateur. C’est cela le blasphème. Il est parfaitement typifié. C’est d’ailleurs ce qui rend tout ce passage absolument incroyable. Le vrai Jésus, qui était un Juif, ne pouvait pas demander à des Juifs de se "convertir" en adorant un homme comme s’il était Dieu. L’idée d’un fils unique de Dieu, d’une deuxième "personne divine", cohabitant dans le ciel avec Yahvé est tellement anti-hébraïque qu’elle n’aurait pu en aucun cas être considérée comme un "perfectionnement" de la Torah. Si Jésus avait prétendu avoir le pouvoir de pardonner les péchés, sa condamnation à mort aurait été complètement justifiée par la Torah, qui prévoyait la peine de mort pour les blasphémateurs.

Par ailleurs, le doux Jésus des évangiles n’est pas du tout indulgent avec le blasphème. Il y a au moins une sorte de blasphème qu’il va se charger de punir avec les peines de l’Enfer : le blasphème contre l’Esprit. L’Enfer, c’est plus sérieux qu’une rafale de Kalachnikov.

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Le pape François : l’affaire
du « coup de poing »
3 février 2015 12:51, par Jacques D.

Est-ce que quelqu’un pourrait m’indiquer un site, un forum, ... qui soit positif et constructif ?

Je visite, par curiosité, un site intégriste catho "Belgicatho" : un ramassis de gens mal intentionnés, mais qui se croient "purs" !
Ce jour, à un de mes commentaires, une réponse où je trouve : "ceux qui saluent le pape quand il apparaît à sa loge sont des TORCHONS" !

Et ici, j’espérais trouver des gens plus ouverts ! Oui, il y en a : mais que doit penser un "laïc" non croyant en lisant tout ce qui s’exprime ici ?

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Contrôle anti-blasphème 30 janvier 2015 20:47, par pierre mabire

Mais oui, c’est (presque) sérieux. Charlie Hebdo vient d’être mis sous la surveillance d’un centre de contrôle anti-blasphème.
A voir ici : http://frapinath.com/Choses%20en%20stock/Le%20symposium%20du%20Golgotha.html

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Le tableau (magnifique) mis en illustration est au musée de Clermont-Ferrand http://www.clermont-ferrand.fr/XIXe-siecle.html, et s’appelle "un matin devant la porte du Louvre (Massacre de la Saint-Barthélémy)".

Il est du peintre Edouard Debat-Ponsan 1847-1913, et vous devez vous précipiter voir l’exposition qui lui est consacrée au Musée des Beaux-Arts de Tours http://www.mba.tours.fr/index.php?idtf=5190

Ce peintre a été obligé de se tourner vers les portraits mondains, parce qu’il était dreyfusard et donc mis au ban des salons officiels.

On pourra méditer aussi avec intérêt sur "le Christ sur la montagne : vision" du musée des Augustins à Toulouse, qui est dans la même veine de celui de la Saint-Barthélémy.

Il est intéressant de noter que Edouard Debat-Ponsan est le grand-père de Michel et Olivier Debré.

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Coucou GOLIAS. 27 janvier 2015 07:38, par Agnès Gouinguenet

- 
Un "mec" ce François. Il n’hésite pas à aller à la bagarre (contre UN "ami"). Surtout si le dit "ami" le traite de "fils de pute" ! Il a raison, non ?
- 
J’ai aimé son histoire de lapins. Il n’en rate pas une, même s’il ménage les tradis quelques heures plus tard. Au moins, on sait ce qu’il pense vraiment.
- 
Joli mardi.
- 
AGG à GOLIAS.

Voir en ligne : http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/

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Le coup de poing du pape à ceux qui ont la foi en les hommes 26 janvier 2015 23:16, par pierre mabire

Voilà, c’est dit et bien dit ! Beau texte, Gino Hoël. N’ont pas compris ceux qui ont les yeux, les oreilles et l’esprit bouchés. Ces paroles papales sont une véritable justification de la violence. Et pis encore, d’escalade dans la violence. Aux mots qui déplaisent, Il répond par le coup de poing. Et ce pape parle de paix. Ou bien il se fiche du monde, ou bien c’est un mystificateur. Je penche pour les deux.
A suivre son raisonnement, il ne faut pas s’étonner que les dessinateurs de Charlie Hebdo aient pris des rafales de fusils de guerre. Très hypocritement, il déplore une violence que, finalement, il justifie de cette façon frappante.
Par les temps qui courent, François le pape mériterait d’être poursuivi pour incitation à la violence et au terrorisme.
Tous ceux qui applaudissent bêtement sa métaphore du coup de poing devraient relire l’évangile selon Matthieu : « Alors Jésus lui dit : Remets ton épée en son lieu ; car tous ceux qui auront pris l’épée, périront par l’épée ». Et relire encore cet autre commandement : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».
Je le dis sans ambages et sans détours : de telles paroles, celle de François le pape, sont une agression portée à la foi de toutes celles et tous ceux qui croient au sacré de la vie humaine. Mais je m’interdis bien de le lapider physiquement.
Les dessinateurs de Charlie parlent avec un crayon à la main pour seul moyen d’expression. Le coup de poing que leur expédie – post mortem – François le pape, c’est le coup d’épée que reprochait Jésus à cet homme armé. Ce n’est ni courageux, ni évangélique. La Bonne nouvelle n’est pas du côté du pontife romain.
Je souligne encore : ces paroles ont été accueillies avec joie, en revanche, dans de nombreuses mosquées. Les imams n’ont pas eu besoin de faire de prêche à la prière du vendredi. Le pape a parlé pour eux...

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"Le blasphème – ou l’idée qu’on s’en fait – ne date pas d’hier. Ainsi, en Marc (2, 5-7) : « Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : Mon enfant, tes péchés sont pardonnés.Or, il y avait quelques scribes, assis là, qui raisonnaient en eux-mêmes : Pourquoi celui-là parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? » Jésus avait-il blasphémé ? Que non point ! C’est juste l’interprétation de la Loi définie par les scribes qu’il rejetait (en 2, 8) : « Pourquoi tenez-vous de tels raisonnements ? Qu’est-ce qui est le plus facile ? Dire à ce paralysé : Tes péchés sont pardonnés, ou bien lui dire : Lève-toi, prends ton brancard et marche ? » En vérité, ce sont les cœurs endurcis qui voient le blasphème partout… "

Si Golias le permet, j’aimerais relier ce passage de Marc à un passage de Luc (7,36-50) : "Un Pharisien l’invita à manger avec lui ; il
entra dans la maison du Pharisien et se mit à table. Survint une femme de la ville qui était pécheresse ; elle avait appris qu’il était à table dans la maison du Pharisien. Apportant un flacon de parfum en albâtre et se plaçant par-derrière, tout en pleurs, aux pieds de Jésus, elle se mit à baigner ses pieds de larmes ; elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et répandait sur eux du parfum. Voyant cela, le Pharisien qui l’avait invité se dit en lui-même : "Si cet homme était un prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse." Ainsi, Jésus se serait laissé souiller ? Que non point : " Jésus prit la parole et lui dit : "Simon, j’ai quelque chose à te dire." -"Parle, Maître,"dit-il. - "Un créancier avait deux débiteurs ; l’un lui
devait cinq cents pièces d’argent, l’autre cinquante.Comme ils n’avaient pas de quoi rembourser, il fit grâce de leur dette à tous
les deux. Lequel des deux l’aimera le plus ?" Simon répondit : "Je pense que c’est celui auquel il a fait grâce de la plus grande dette." Jésus lui dit : "Tu as bien jugé." Et se tournant vers la femme, il dit à Simon : "Tu vois cette femme ? Je suis entré dans ta maison : tu ne m’as pas versé d’eau sur les pieds, mais elle, elle a baigné mes pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux.Tu ne m’as pas donné de baiser, mais elle,depuis qu’elle est entrée, elle n’a pas cessé de me couvrir les pieds de baisers. Tu n’as pas répandu d’huile odorante sur ma tête, mais elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds. Si je te déclare que ses péchés si nombreux ont été pardonnés, c’est parce qu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour." Celle à qui on pardonne beaucoup, aime beaucoup...Or, dans le texte de Marc, pourquoi Jésus est-il accusé d’avoir blasphémé ? Pour avoir dit au paralysé qui venait vers lui dans l’espoir d’être guéri : "Mon enfant, tes péchés sont pardonnés.", alors que du point de vue des scribes : "Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ?"...Mais Jésus leur répond : "Pourquoi tenez-vous de tels raisonnements ? Qu’est-ce qui est le plus facile ? Dire à ce paralysé : Tes péchés sont pardonnés, ou bien lui dire : Lève-toi, prends ton brancard et marche ? » Et pour appuyer ses dires, il se tourne vers le paralysé et lui dit : "Je te l’ordonne, lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi", et aussitôt l’homme est guéri.
Dans ce texte de Marc, Jésus dit cela pour montrer que "le Fils de l’homme a le pouvoir de pardonner les péchés sur la terre"...Or, dans le texte de Luc que je cite en parallèle, au Pharisien qui lui reproche de se laisser toucher par une pécheresse en se demandant s’il sait ce qu’il laisse faire, Jésus répond : "Si je te déclare que ses péchés si nombreux ont été pardonnés, c’est parce qu’elle a montré beaucoup d’amour." Là où les pharisiens
voient dans un cas un blasphème, dans l’autre une souillure, Jésus voit des choses positives : un malade qui guérit, la reconnaissance d’une femme aimante...et il y voit des signes du pardon des péchés. Que dit Jésus au paralysé ? " Mon enfant, tes péchés sont pardonnés." C’est pour ça que les scribes l’accusent de blasphème : ils s’imaginent qu’il s’arroge un privilège réservé à Dieu, ce qui constitue un blasphème. Jésus leur oppose une double réponse. Tout d’abord, il les défie : "Qu’est-ce qui est le plus facile ? Dire à ce paralysé : Tes péchés sont pardonnés, ou bien lui dire : Lève-toi, prends ton brancard et marche ? »...Autrement dit, Jésus met en jeu la guérison de ce paralysé par rapport à cette accusation de blasphème. Ensuite, il annonce : " Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de pardonner les péchés sur la terre", et il guérit cet homme en lui ordonnant de se lever. Dans le texte de Luc que je mentionne en parallèle, le Pharisien chez qui Jésus est invité s’offusque non pas d’un blasphème, mais d’un contact contracté par une femme pécheresse envers Jésus : " Si cet homme était un prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse.", se dit-il. Alors Jésus lui raconte une parabole dans laquelle un type fait grâce de leur dette à deux débiteurs dont l’un lui doit peu et l’autre beaucoup. Et il demande : "Lequel des deux l’aimera le plus ?" Le Pharisien répond : "Simon répondit : "Je pense que c’est celui auquel il a fait grâce de la plus grande dette." Jésus lui dit : "Tu as bien jugé." Et il signale alors à son hôte qu’il a omis de lui verser de l’eau sur les pieds et de l’huile sur la tête et de lui donner un baiser , alors que cette femme qu’il condamne a répandu ses larmes et un parfum sur ses pieds, en les essuyant avec ses cheveux,et n’a cessé de les embrasser. Il semble donc évident que c’est elle qui lui a montré le plus d’amour. Peut-être est-ce une amie de ce fameux paralysé qui a entendu Jésus lui dire : "Mon enfant, tes péchés sont pardonnés’" ? Peut-être a-t-il parlé à cette femme de ce Rabbi qui lui a fait une telle annonce alors qu’il venait à lui juste pour se faire guérir ?
Peut-être lui a-t-il raconté : "Alors ça, ça m’a surpris. Parce que moi, je voulais juste être guéri : je voulais qu’il me dise ; "Lève-toi et marche..." ou un truc dans le genre... Et puis les scribes enseignaient que c’était à Dieu de pardonner les péchés. Donc, un type qui guérissait les malades puis se mettait subitement
à leur dire : "Tes péchés sont pardonnés", ca devenait suspect. Mais il leur a dit : "Pourquoi tenez-vous de tels raisonnements ? Qu’est-ce qui est le plus facile ? Dire à ce paralysé : Tes péchés sont pardonnés, ou bien lui dire : Lève-toi, prends ton brancard et marche ? » Là, les scribes se sont dévisagés. Alors Jésus a lancé : "Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de pardonner les péchés sur la terre", et là, il m’a guéri. Il m’a guéri !"...Le texte évangélique ne mentionne pas de lien explicite entre la guérison de ce paralysé et la rencontre de Jésus et de cette femme. Mais imaginons qu’étant amie avec ce type, elle ait entendu un pareil récit. A ce compte-là, on comprend qu’elle se soit rendue jusque chez Simon le Pharisien pour voir Jésus et lui ait manifesté sa reconnaissance. Et Jésus a confirmé : "Cette femme me montre beaucoup d’amour parce que ses péchés lui sont pardonnés. " Face à la femme adultère que les scribes et les Pharisiens envisageaient de lapider, Jésus dit : "Que celui qui est sans péché (ou "n’a jamais péché" )lui jette la première pierre (ou : "lui jette le premier une pierre"). Puis il lui dit : "Personne ne t’a condamnée ? (...) Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus : je n’ai besoin de rien d’autre." Sans doute avait-il en mémoire la scène de chez Simon le Pharisien , durant laquelle une femme avait manifesté tant de
reconnaissance pour le pardon des péchés qu’il proclamait.

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Je comprends très bien ce qu’a voulu dire le Pape et cela ne me choque pas du tout. Sa mère, pour lui, comme toute nos mères pour chacun d’entre nous c’est un personnage "sacré". Si quelqu’un insultait ouvertement sa mère devant lui, comme tout homme, il en serait blessé et il pourrait réagir sans maîtrise de manière brutale. Evidemment, en disant cela il n’excuse pas les odieux assassins de CH. Il essaye avec une image simple d’expliquer l’enchainement absurde de circonstances qui font que des esprits fragiles et manipulables peuvent devenir d’horribles meurtriers quand est insulté (de leur point de vue) ce qui pour eux est sacré.

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