Parution : 11 février 2015
Combat

J’ai vu sur la Cinq, pendant la soirée du 3 février dernier, l’excellente émission Engrenage : les jeunes face à l’islam radical. À cette occasion, un très sympathique imam strasbourgeois a dit des choses très justes, par exemple que proposer sur le Net de vouloir « épouser » des jeunes filles de 14 ans revenait en fait, purement et simplement, à vouloir les violer. Et surtout, il a donné une définition à mon avis très intéressante du jihad, ou combat dans la religion musulmane. Pour lui, ce combat doit être intérieur à l’âme de chaque croyant, qui doit lutter contre ses mauvais penchants, contre le mal en lui. En aucun cas ce ne devrait être un combat extérieur, une lutte faite par les armes contre les non-croyants.

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J’ai toujours pensé qu’il y a un grand avantage à intérioriser le fait religieux, la relation à Dieu par exemple dans le cas des religions abrahamiques. Si l’on voit la religion comme un pacte conclu avec un Dieu extérieur, auquel on est relié (religare) par une alliance (adligatio, de même racine), on comprend le pacte comme un échange réciproque, ou comme on dit en droit synallagmatique : c’est un do ut des, un je te donne pour que tu me donnes. J’échange mon obéissance contre une récompense espérée (comme le Paradis), et inversement si j’enfreins le contrat, ce Dieu transcendant est fondé à me punir (par exemple en m’envoyant en Enfer). C’est une religion de la carotte et du bâton, dont beaucoup encore chez nous-mêmes ne sont pas sortis. Dès lors, pour s’attirer les bonnes grâces de Dieu et obtenir la gratification corrélative, on peut aller défendre sa cause manu militari. « Que répondre, disait Voltaire, à celui qui s’imagine gagner le ciel en vous égorgeant ? »
Mais si on voit Dieu non comme un être extérieur et tout-puissant, mais comme une voix purement intérieure avec laquelle nous pouvons dialoguer, alors tout ce que je viens de dire disparaît. Il s’agit désormais, par un accueil scrupuleux de cette voix, et une relecture profonde de soi (relegere), de nous réunir à ce que nous avons de plus intime. Cela ne vaut-il pas mieux que le combat extérieur pour imposer ses convictions aux autres, y compris en les tuant ?

Voir aussi :
Des deux sens du mot « religion »
Religion et spiritualité : du lien collectif à la relecture de soi
Religion et spiritualité : enregistrement audio

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Combat 20 février 2015 14:55, par Françoise

Bonjour Michel

Il y a longtemps que l’on sait que le jihad est une ascèse intérieure sans aucune violence sur autrui. Mais les intégristes en font un combat guerrier qui discrédite la démarche.
A l’équivalent, la notion d’Israël pour les juifs religieux est plus un espace intérieur conquis par une ascèse personnelle et intime et n’implique pas la conquête physique et coloniale d’un espace géographique. Les groupes armés et nationalistes qui en ont fait une guerre coloniale et y ont rallié les intégristes (en tout cas certains) ont complètement détourné le message initial religieux.
Et dans notre christianisme, l’ascèse personnelle demandée par Jésus s’apparente plus dans les faits à un contrôle et à une domination des autres qu’à une véritable révolution intérieure. Ce qui est complètement contradictoire avec les recommandations initiales.

Mais on peut noter qu’il est plus facile d’être dans une volonté dominatrice des autres que dans une recherche d’excellence de soi.
C’est aussi un moyen de se justifier soi-même dans toutes les cultures patrilinéaires. Le combat contre autrui justifiant la prééminence du patriarcat, on comprend aussi que c’est une culture sociale très empreinte de violences tous styles confondus.

On peut remarquer que cette domination par une violence physique qui s’exerce sur les femmes, les enfants principalement et sur toute personne jugée en tant que devant être soumise se fait rarement dans les cultures matrilinéaires. Et il en va de même pour tous les types de violences.
Or dans ces cultures matrilinéaires, la notion religieuse existe mais n’a pas du tout la même connotation dominante violente que dans les religions que nous connaissons.

Alors finalement, on pourrait considérer que les messages religieux d’ascèse personnelle correspondent à un schéma matrilinéaire qui a muté en schéma patrilinéaire servant à justifier la domination masculine. Logiquement, si on va par là, il ne devrait y avoir aucun religieux de quelque religion se réclame-t-il qui puisse encourager et justifier des violences contre les femmes, des prescriptions spéciales de purification, d’humiliation, de soumission. Ca n’a pas de sens...
Pourtant, on peut remarquer et d’autant plus depuis quinze à vingt ans, qu’une recrudescence de la violence religieuse s’exerçant déjà sur les femmes vise à complètement anéantir toute forme de liberté personnelle et collective.
Pourquoi les religions dans leur ensemble ont adopté une culture du viol ? Pourquoi la combattent-elles si peu alors qu’il serait logique qu’elles s’opposent à ces horreurs ?
Ce serait intéressant d’y réfléchir je crois.

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Combat 18 février 2015 15:50, par FXM

Bonjour Michel,

J’apprécie votre passion du mot juste et votre recherche de l’idée première. Mettre ensemble "religion" et "spiritualité" peut aboutir à des confusions plus ou moins reconnues et assumées.

Par exemple l’affirmation "être catholique" (ou chrétien) me semble dans certains cas trop simplificatrice : parle-t-on de sympathie, de culture, de démarche, de spiritualité, de façon de vivre, de morale, de croyance, de foi, de religion (avec ses 2 sens !), de pratique, d’église, de dogme, de législation, de pouvoir, etc.? Remarquons qu’un courrier de sollicitation au denier de l’église ne prendra pas les mêmes critères que l’exhortation à manifester contre une loi en projet ! Même si l’un et l’autre proviennent du même Évêque.

Par ailleurs tout discours religieux privilégiant "la relecture intérieure de sa conscience" à une "explication de l’univers entier" facilite l’autonomie du travail scientifique : "science et foi ont chacun leur domaine d’application". Trop souvent les catholiques jugent prématurément les tâtonnements scientifiques à partir du critère "Toute science qui conforte mes croyances est juste, celle qui s’y oppose est fausse" à l’aide d’arguments bibliques à lire de façon littérale ou imagée selon l’opportunité.

Merci Michel de nous proposer ce beau voyage dans le monde des idées !

F.

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