Parution : 19 février 2015
Évolution
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Ce mot a chez nous des connotations positives : « Il faut évoluer », etc. Il est significatif d’une croyance généralisée au progrès, que nous devons au scientisme du 19e siècle. Mais aujourd’hui cette notion a été abandonnée par les généticiens et biologistes, qui parlent simplement d’« innovation » (neutre), dont le résultat peut être soit un succès, soit un échec quant à l’adaptation à de nouvelles conditions de vie de l’individu qui « innove ».Mais comme nous ne voyons que les réussites, en ne pensant pas aux échecs, nous faisons de ces réussites une loi, et avons de l’évolution une vision fondamentalement positive. Les laissés-pour-compte, les ratés qu’elle produit, nous les oublions. Car l’innovation ne garantit en aucune façon la réussite – et même, proportionnellement, les possibilités de réussite sont très faibles dans l’ensemble du processus adaptatif.
Les innovations sont brusques, et n’obéissent pas à un mouvement linéaire et régulier. Il n’y a derrière tout cela aucune finalité prédéterminée, tout vient du hasard, de l’aléatoire. C’est une loterie, où il est impossible de prévoir, au départ, quels seront les gagnants. On sait que l’ancien créationnisme, qui interprétait littéralement le début de la Genèse, a été « relooké » aux États-Unis par le mouvement dit de l’Intelligent Design (ID), selon lequel il faut voir dans l’évolution un but, un dessein, les résultats finaux garantissant le projet initial. Mais, comme susdit, on oublie l’immense foule des ratages antérieurs, et évidemment toujours possibles dans l’avenir. Que ne relit-on Darwin, qui au rebours de l’idée de progrès dominant son siècle, a le premier perçu le hasard fondamental qui préside à l’évolution !
Notre narcissisme et notre nombrilisme sont si grands que nous oublions que nous ne sommes que le résultat de la rencontre d’un spermatozoïde plus sprinteur que les autres avec un ovule. Nous aurions pu ne pas être là : mais nous n’imaginons jamais le contraire. Le sens que nous affectons à notre vie n’est que le désir que nous avons de sa présence. Mais si cette absence de sens est le vrai, essayons au moins d’en donner un aux relations que nous avons avec les autres.

Voir aussi : Finalité.

21 commentaires
Gau on (bonsoir), cher MT. 21 février 2015 21:24, par Agnès Gouinguenet

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Passer du néant à la matière puis de la matière à la vie, ce ne sont pas de (deux) minces affaires.
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Et passer de la vie (d’une bactérie) à la pensée créatrice (d’un Jules Verne), cela pose question, non ?
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Ce qui est assez étonnant, c’est que 1 spermatozoïde et 1 ovule font 1 enfant (en général) soit 1 + 1 = 1.
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Les humains viennent de découvrir comment. C’est tout récent ; le code génétique, ce sont les années 1960 ...
http://www.universalis.fr/encyclopedie/decryptage-du-code-genetique/
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Quant au pourquoi ? Vaste programme ...
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Cependant, entre rien et un César Franck qui compose un cadeau-joyau à son pote Camille Saint-Saëns ...
https://www.youtube.com/watch?v=Xp01vvucPAw

Adiskidetasun (amitié en basque de Donibane Lohizune).
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AGG à MT.

Voir en ligne : http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/

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Évolution 20 février 2015 23:27, par Françoise

Bonsoir Michel

Le problème de l’évolution ou de l’innovation, c’est qu’elle dépend d’une humanité qui est sans cesse en recherche de soi.
Donc par là même, aux prises avec une difficulté d’abandon, d’accueil, d’écoute et de transmission. Or, il me semble que pour créer, faire de l’innovation, il faut pouvoir sortir de soi, accueillir l’inconnu, écouter la respiration du monde et transmettre ce que l’on reçoit sur le moment sans jugement ni préjugé et c’est ce qui va mettre en mouvement positivement l’humanité, lui permettre de devenir plus elle-même dans le meilleur sens du terme. Mais cela nécessite une forme d’éveil, de conscientisation personnelle et collective qui sort complètement du cadre actuel de rentabilité, de manipulation et d’abus plus ou moins direct.
C’est pourquoi la notion d’évolution et d’innovation est si relative. Parce que les conditions ne sont que très rarement réunies pour mettre les projets véritablement au service réel de l’humanité. Même ce que nous pouvons appeler positivement évolution et innovation sont en quelque sorte corrompues dès le départ, parasitées par toutes sortes d’intérêts et d’enjeux qui bloquent le progrès qui pourrait émerger. Mais nous commençons à nous en rendre compte je crois, et c’est peut-être ce qui est rassurant et porteur d’espoir pour l’avenir.

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Évolution 19 février 2015 22:22, par FXM

Bonjour,

L’évolution biologique a essentiellement lieu en deux temps : dans un premier temps tirage au hasard d’une évolution possible, et ensuite les évolutions les mieux adaptées s’étendent héréditairement plus facilement que les autres. Les observations initiales proviennent du patient travail du naturaliste Darwin et de l’intuition génétique du moine Mendel (tous les deux au milieu du XIXème siècle). La génétique moléculaire a été vulgarisée en 1970 dans le livre "Le hasard et la nécessité" du biologiste Jacques Monod. Ce livre remet en cause un bon nombre de principes religieux sur la providence et la volonté divine, il a déclenché de fortes polémiques bien éloignées du débat scientifique ; elles continuent aujourd’hui avec l’hypothèse du dessein intelligent qui se prétend scientifique sans en posséder les caractéristiques de réfutation possible, d’explication du mécanisme, de prédiction et d’expérimentation.

Ce mécanisme "du hasard et de la nécessité" s’applique dans un nombre impressionnant de situations biologiques, mais il n’est pas l’unique moteur de l’évolution. L’épigénétique, branche de la biologie, complète depuis 20ans la génétique en étudiant comment un même gène peut réagir de différentes manières en fonction de l’environnement ; sans remettre en cause les solides lois de la génétiques, elle observe et tente d’expliquer la transmission de certains caractères acquis sur quelques générations qui ne passe pas par une modification des gènes.

Malgré ma réticence scientifique à raisonner par analogie, nous ne pouvons que constater l’évolution de la société humaine sur le même principe d’essais et d’adaptations successives ; il me semble que cela rejoint une intuition du père Teilhard de Chardin et sa théorie de la noosphère.

J’espère par ce commentaire ne pas avoir ennuyé de lecteur et ni détourné ce lieu d’échange de l’orientation voulue par son auteur.

F, très bavard pour parler de l’histoire des sciences

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