Parution : 20 février 2015
Béatification de Mgr Romero : quand le Vatican réécrit l’histoire…
Par Golias

Enfin ! Voilà Mgr Romero sur le point d’être béatifié. Dès le lendemain de sa mort en 1980, des voix dans toute l’Eglise l’avaient réclamé. En vain. Décryptage.

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Mgr Roméro va être béatifié et nous ne pouvons que nous en réjouir. Reste à savoir quel sens donner à cette célébration. Il n’est pas inutile, et c’est le moins que l’on puisse dire, de rappeler que Jean Paul II, tellement préoccupé par son anticommunisme, quitte à favoriser la mafia pour obtenir des fonds pour la Pologne, ne l’a pas soutenu de son vivant et était opposé à sa béatification. L’option préférentielle pour les pauvres n’avait pas le même sens pour le pape défunt canonisé et l’archevêque de San Salvador. Mgr Roméro, en devenant évêque, s’est converti. Lui qui était de l’Opus Dei a changé en accompagnant ceux et celles dont il avait la charge. Comme Don Helder Camara, il était de ceux qui pensent que la présence réelle du Christ est aussi dans les pauvres.
Rappelez-vous cet épisode : on vient demander à l’archevêque une célébration de réparation et il répond : « Seigneur, au nom de mon frère le voleur, je te demande pardon. Il ne savait pas ce qu’il faisait. Il ne savait pas que tu es vraiment présent et vivant dans l’Eucharistie. Ce qu’il a fait nous touche profondément. Mais mes amis, mes frères, comme nous sommes tous aveugles ! Nous sommes choqués parce que notre frère, ce pauvre voleur, a jeté les hosties, le Christ eucharistique dans la boue, mais dans la boue vit le Christ tous les jours, chez nous. »
Il convient aussi de se demander ce que signifie le martyre aujourd‘hui. L’appel de François à aller aux périphéries de l’existence est une invitation à considérer que ceux et celles que vivent avec les pauvres sont les témoins (sens du mot martyr) de la foi. On peut supposer que c’est le sens de cette béatification pour le pape, mais nous devons demeurer vigilants quant à une éventuelle récupération. Oscar Romero est mort parce qu’il défendait, non l’orthodoxie mais la vie des plus pauvres et s’il doit être déclaré bienheureux, c’est pour cette raison. Or, la communication du Vatican oublie tranquillement cet aspect, insistant sur son assassinat pendant la messe…
Mais il fut martyre certes, mais aussi parce qu’il avait appelé les militaires à désobéir à la répression. Voilà qui donne à penser sur le rôle des chrétiens aujourd’hui. Les témoins de la foi ne sont pas seulement ceux et celles qui souffrent parce qu’on les empêche de vivre leur foi (et ils sont nombreux et nous pensons à eux) mais tous
ceux et celles qui luttent pour plus de justice. « Tout ce que vous aurez fait au plus petit… » Vous vous souvenez ! [découvrez l’intégralité de notre dossier dans Golias Hebdo n° 372]

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Etymologiquement, le martyr est un témoin. Dans le jargon de l’Eglise primitive, c’était, plus spécifiquement, un chrétien qui avait mieux aimé mourir que renier publiquement sa foi en Jésus-Christ. C’est que, dans le christianisme primitif, la foi était, à elle seule, tout le mérite nécessaire pour plaire à Dieu et obtenir la vie éternelle. En acceptant de souffrir comme le Christ pour s’être affiché convaincu de la seigneurie du Christ (ou de sa divinité, c’est la même chose), un chrétien faisait la preuve de la sincérité de sa foi. C’est en ce sens qu’il était "témoin". Il ne rendait pas témoignage de la résurrection du Christ, comme les Apôtres, mais de sa propre foi. Puisqu’il n’avait pas pu ne pas croire à la fidélité du Christ ressuscité en sacrifiant pour lui sa propre vie, il n’était pas douteux qu’il était désormais choisi pour régner avec le Christ à son retour. De là le culte des martyrs : on savait qu’ils étaient ou seraient au Ciel infailliblement, puisqu’on savait que leur foi avait été vraie.

Les martyrs sont les premiers "saints canonisés". Disons-le autrement : le martyre a été la première et, pendant assez longtemps, la seule raison de tenir un chrétien mort pour un futur sauvé. Cette opinion n’était pas celle d’une autorité ecclésiastique, mais l’opinion commune des fidèles. Ce n’est que postérieurement que la hiérarchie s’est appropriée l’interprétation de ce sensus fidelium et a décrété qui était "saint", c’est-à-dire en possession virtuelle de la béatitude éternelle.

On reconnaît communément aujourd’hui que les canonisations sont décidées sur des critères confus et contestables. Mais l’étude du christianisme primitif fait voir que dès le début, quand elles étaient spontanées et populaires, comme c’était le cas pour les martyrs, elles reposaient entièrement sur une croyance parfaitement arbitraire et absurde, à savoir que le mérite de Jésus avait été, substantiellement, de s’être cru le sauveur d’Israël, et que Dieu l’avait ressuscité pour s’être fait tuer à cause de cette fantaisie. Et que, tout en sachant qu’Israël n’avait pas été sauvé, le mérite des chrétiens était de proclamer que Jésus avait eu raison de se croire le sauveur d’Israël, et qu’eux non plus ne manqueraient pas d’être ressuscités s’ils voulaient bien s’obstiner à répéter que Jésus était sauveur en exposant leur vie pour cette propagande.

Jusqu’à nos jours, des gens instruits et qui se targuent d’esprit critique continuent de ressasser la même rengaine. Et il y a même des gens qui se font tuer pour croire qu’ils y sont obligés.

Est-ce que, par hasard, Israël a été sauvé ? Sauvé de quoi ? Ne faut-il pas une forte dose d’inconscience pour oser dire, comme à la messe, que l’on est tout content, que l’on saute de joie, parce que nous étions morts et que maintenant, Jésus nous a sauvé de la mort ?

Jésus à vécu il y a deux mille ans. Il a guéri quelques malades, on l’a pris pour le messie, il s’est laissé aller à y croire lui aussi. Comme sa popularité ressemblait à une sédition, il a été arrêté et condamné à mort. Et il est mort. Et il est toujours mort. Et Israël a continué d’être une nation en guerre avec d’autres nations, les hommes ont continué de s’entre-déchirer, de tomber malades, de vieillir et de mourir. Tout comme avant.

Quand donc allez-vous ouvrir les yeux, Nazaréens ?

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Que n’aurait-on pas dit si Rome avait écarté le P.Romero de la canonisation ? Canoniser une personne, ce n’est nullement en faire un saint : c’est Dieu qui fait d’innombrables saints, et ils n’ont nul besoin d’une approbation humaine pour être auprés de lui. L’Eglise ne fait que constater qu’une personne qu’on lui a signalée a été "juste" aux yeux de Dieu et la donne en exemple.

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Romero : la bonne occase... 2 mars 2015 16:43, par pierre mabire

La hiérarchie catholique aura donc toujours besoin de martyrs pour s’auto-sanctifier. Il est certain que Romero a payé de sa vie son engagement au service des plus petits, et contre la dictature salvadorienne. Mais combien d’autres que lui sont morts dans l’indifférence des autorités religieuses catholiques sous la torture en servant leur idéal de justice et, peut-être aussi, de foi ?

La béatification de Roméro est une bonne aubaine pour François le pape... A savoir :mettre une grosse sourdine sur les années de la Junte en Argentine. Combien de personnes passées par les geôles du général Videla et de ses subalternes ont été enlevées à leurs familles tandis que l’Eglise catholique se distinguait dans le rôle de la grande muette ? N’est pas Romero qui veut !
Voici les chiffres : 30 000 « disparus » (desaparecidos), 15 000 fusillés, 9 000 prisonniers politiques, et 1,5 million exilés pour 30 millions d’habitant1, ainsi qu’au moins 500 bébés enlevés aux parents desaparecidos et élevés par des familles proches du pouvoir.

Mais bien inspirés, finalement, furent les dictateurs salvadoriens en donnant un « grand » martyr - lequel n’aura pas besoin d’être à la source d’un miracle pour obtenir son auréole et le droit d’être représenté dans les lieux de culte avec une palme en main – cet attribut réservé aux seul(e)s martyr(e)s.
Tiens, puisqu’on en parle, rappelons que l’Eglise catholique reconnaît toujours pour saints des hommes qui, il y a fort longtemps, appelaient à trucider en masse les impies et les hérétiques. Des fanatisés, « Vidélistes » bien avant l’heure.

Il serait grand temps que ce pape François fasse le tri et le ménage dans sa propre maison pour donner du sens à son Eglise dont la girouette tourne n’importe comment, au gré de circonstances qui relèvent bien plus du calcul politique que de la foi.

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histoire du veau d’or c’est le vatican 24 février 2015 23:59, par anne marie

dame pauvreté n’habite pas le vatican
Bon, ok, l’église est toujours aussi peu généreuse avec ses salariés, les rémunérations moyennes en Europe sont de :

- 3000 euros pour un cardinal

- 1300 euros pour un évêque

- 800 à 1000 euros pour un prêtre

- et quand même 2500 euros pour la retraite de Benoit XVI

Bon, ça fait pas lourd. Pas de quoi susciter des vocations. Encore qu’ils ont fait vœu de pauvreté, alors…

Alors les choses se gâtent quand on regarde d’un peu plus près le patrimoine du Vatican.

En patrimoine immobilier, rien qu’en Italie, le Vatican c’est :

- 115 000 immeubles

- 23 000 terrains

- 9 000 écoles

- 4 000 hôpitaux et centres de soins

Le musée du Vatican qui détient 70 000 œuvres pour une valeur estimée de 90 milliards d’euros et des recettes annuelles sur les ventes de billets de 91,3 millions d’euros. Doit bien rester quelques subsides pour les pauvres !

La banque du Saint-Siège, le gros morceau, c’est :

- 3,3 milliards d’euros d’obligations

- 1,2 milliard d’euros de dépôts

- 194 millions d’euros de fonds d’investissement

- 100 millions d’actions

Tout ça pour un bénéfice de 86n6 millions d’euros, selon les chiffres 2012.

A ceci, il faut rajouter 2 tonnes d’or !

Mais reconnaissons qu’avec ces menues rentrées le Vatican est un état bien géré avec 862 millions d’euros de recettes pour 834 millions d’euros de dépenses.

Ce qui est amusant c’est de regarder les répartitions.

Pour les recettes :

- 368 millions de dons des fidèles

- 150 millions de recettes commerciales (souvenirs, timbres)

- 128 millions de loyers et produits financiers

- 91,3 millions des musées

- 54 millions apportés par la banque du Vatican

- 24 millions venant des diocèses

- 46,7 millions intitulés autres sans que l’on ne sache vraiment de quoi il s’agit. Ca doit être la volonté divine.

Et pour les dépenses :

- 324 millions de frais de personnel. Doit y avoir du monde parce que les salaires sont pas gras.

- 252 millions de dons

- 112 millions d’achats divers. Faut bien se nourrir…

- 30 millions de budget communication

- 28 millions d’impôts et taxes foncières

- 12 millions reversés aux diocèses (pour 24 piqués !)

- 76 millions autres (ça reste nébuleux)

Bref, voilà un tout petit aperçu des ressources de l’église catholique et de ses dépenses. Mais il faut reconnaître à François qu’il est une formidable machine à cash. Son déplacement au Brésil a rapporté 552 millions d’euros en retombées économiques pour un coût de voyage de 45 millions et 3 millions de participants.

On devrait peut être l’embaucher comme commercial !

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Bonsoir Golias..en quoi le Vatican réécrit il l’histoire ? Roméro a donné sa vie pour son combat pour les pauvres et sa dénonciation de crimes du pouvoir. Le pape François le décrète martyr ( mort en "haine de la foi" c’ est à dire en "haine de l’Evangile") et le pape Jean- Paul II, même si il n’a pas suffisement soutenu l’avancée du dossier, l’avait considéré comme martyr en novembre 2003 (évêques du Salvador en visite à Rome) et avait initié le procès de béatification en 1997..

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Les canonisations me posent question. Plusieurs raisons. Elles sont trop nombreuses et finissent par perdre du sens : Jean-Paul 2 a battu tous les records en la matière ! Elles sont parfois très discutables : le fondateur de l’Opus Dei qui était cul et chemise (comme on dit chez moi) avec le franquisme, Pie 12 dont l’attitude face au nazisme semble pour le moins toujours un peu floue. Et puis, je voudrais bien qu’il soit décidé qu’on ne canonisera plus jamais un pape : Pie 12 (bientôt ?), Jean 23, Jean-Paul 2 ; Benoît 16 dans quelques années ? Trop de prêtres, de religieux et religieuses. Et puis qu’est-ce que c’est que cette histoire de "vertus héroïques" ? Quant à parler des miracles, ça ressemble quand même un peu à la manipulation du divin, à quelque chose qui est proche d’une mentalité magique. Derrière beaucoup de canonisations, il y a un aspect politique et partisan : on veut faire plaisir à tel pays, telle congrégation, on veut promouvoir telle spiritualité. Au détriment d’autres et c’est ainsi que Mgr Romero a été longtemps ignoré et mis de côté. Quant aux moines de Tibhirine, je pense qu’ils n’ont aucune chance d’être un jour parmi les élus (J’en ai connu un qui n’était pas un saint, ou tout au moins pas très "catholique" !). J’aimerais aussi qu’on me dise combien ça coûte, toutes ces canonisations : travaux de recherche historiques, réunions vaticanesques, cérémonies, etc. Bref, trop de saints dans la litanie ! Arrêtons (c’est ce que j’ai fait depuis longtemps) de prier les saints.

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Les témoins de la foi ne sont pas seulement ceux et celles qui souffrent parce qu’on les empêche de vivre leur foi
- 
- 
Vous voulez parler des 21 coptes égorgés en Libye ?

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Béatification de Mgr Romero : quand le Vatican réécrit l’histoire… 20 février 2015 14:00, par françois (plus que jamais ni papiste, ni romain...)

LE VENT DES PROPHETES
chant écrit et composé en 1985, par Pierre-Michel GAMBARELLI
soit cinq ans après l’assassinat d’Oscar ROMERO,

l’Eglise n’aura donc mis "que" 35 ans pour rendre à cet homme la place à laquelle il a droit depuis si longtemps...

- Tu as fait se lever un peuple sans levain,
Le froment est battu à la force des poings,
Le pain cuit au soleil a pris le goût du sang,
Ton nom vient prolonger la liste des gênants

- Refrain

- Mais le vent des prophètes a soufflé ce matin,
Et l’on a vu des milliers d’alouettes
Danser autour du pèlerin.
Et l’on a vu sur toute la planète,
Des frères se donner la main.

- L’injustice ne peut supporter le silence
Mais l’exemple du Christ prend toute sa puissance.
Suspendu au gibet le jour de l’abandon,
Pour notre humanité il demande pardon.

- Tu es mort le printemps n’avait que quelques brins
Tué dans ton église, les statues pour témoins,
Prêtre d’El Salvador , libre à en mourir,
Ton nom vient prolonger la liste des martyrs.

- Combien d’hommes sont morts et combien meurent encore,
Ils sont pour notre monde cet envers du décor,
Cachés par les parades et les marches militaires,
Qui pourrait désormais les forcer à se taire ?

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