Parution : 2 mars 2015
Suisse : un prêtre banni pour voir béni l’union de deux femmes
Par Golias

Mgr Vitus Huonder, évêque ultraconservateur de Coire (Suisse), ébranlerait presque l’Eglise en Suisse. Il vient une nouvelle fois de défrayer la chronique en raison de son intransigeance et son manque de sens pastoral. La polémique éclate au moment même où le pape François ouvre un débat sur la famille, et la place accordée aux divorcés et aux homosexuels dans l’église.

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Le pape vient de présenter les réformes de la Curie pensées avec le C9, au grand dam de certains cardinaux qui se passeraient fort bien d’une théologie de la conversion. Carême oblige, François rappelle concrètement à tous que l’Eglise est, selon le vieil adage, « semper reformanda », c’est-à-dire, « toujours devant être réformée » ! Et profondément ! Et les changements concernant les structures des dicastères et différents conseils pontificaux sont au service d’une autre vision de l’Eglise. On peut espérer que ce soit celle de Vatican II qui prônait le dialogue avec le monde devenu pluriel. « En conversation » selon le beau mot de Paul VI ! Pourtant François insiste plus sur la « sortie vers les périphéries », voulant des communautés pauvres prenant soin des plus pauvres. Exit donc le train de vie de certains prélats… Mais les hauts fonctionnaires de l’Eglise perçoivent un autre danger qui ne concerne pas seulement leur style de vie mais aussi la théologie et ils le manifestent à l’occasion des débats occasionnés par le synode sur la famille. Serait-on en train d’abandonner l’intransigeantisme promu par Jean-Paul II et
Benoît XVI ? Ce qui est certain, c’est que le pape actuel a donné aux catholiques la capacité de dire ce qu’ils pensent, ce qu’ils vivent, ce dont ils rêvent ! Un peuple de Dieu en recherche…

L’actualité suisse donne un bel exemple pratique de ce que peuvent signifier les changements dans l’Eglise, tant sur le style de vie que sur la théologie. Le père Wendelin Bucheli, avec l’accord de son conseil paroissial, après « avoir longuement réfléchi » et « avec une très grande paix dans le cœur », a béni un couple lesbien qui fréquente régulièrement la paroisse. L’évêque, un hyper tradi bien connu, a immédiatement réagi en congédiant le prêtre. On n’en attendait pas moins de sa part ! Et aucun évêque n’osera sans doute publiquement le lui reprocher !
Cette affaire pose au moins trois questions : si l’Eglise doit sortir vers les périphéries, les gays et lesbiens sont-ils exclus de cette visite ? Ce serait sans compter avec ce que vivent ces personnes : le père Bucheli le dit clairement : « Elles sont blessées. Il n’est pas facile pour quelqu’un de se rendre compte qu’il est attiré par les personnes du même sexe », et peut-être encore moins de se retrouver dans l’œil d’un cyclone médiatique ! Pour reprendre l’expression d’un cardinal, ce qui se passe dans la chambre à coucher serait-il plus important que ce qui se passe dans le salon ? Ou dans l’Eglise ? Et nous en arrivons à la seconde question : comment continuer à vivre cette hypocrisie ? Ce couple fréquentait la communauté… mais fallait-il que leur relation demeurât secrète ? Même si - dans certains milieux catholiques intransigeants - l’on considère les relations homosexuelles comme l’abomination de la désolation, ne peut-on prier pour les pécheurs et à défaut de leur donner le pardon, leur offrir la bénédiction de Dieu pour qu’ils avancent sur leur chemin ? La célébration du père Bucheli permet de faire la vérité. Pas de double-vie clame François ! Avançons encore : la question homosexuelle divise l’Eglise et il serait néfaste de le nier. Les mésaventures de nos frères anglicans sont là pour nous rappeler les difficultés. Mais c’est justement parce qu’il y a un problème pour penser une réalité qu’il nous faut en débattre à la fois à partir de la tradition et en même temps à partir de ce que vivent les communautés. C’est ce qui s’est passé à Vatican II quand la majorité des évêques a pris conscience du décalage entre les proclamations magistérielles et la praxis de l’ensemble des fidèles. La vision pyramidale et inégalitaire de l’Eglise a été abandonnée… dans les textes mais pas encore dans les faits ! Et un évêque, sans aucun dialogue, peut défaire ce qu’une communauté construit et démettre de ses fonctions le pasteur qu’elle soutient !

Une église peuple de Dieu en conversation

Nous célébrerons bientôt le 500ème anniversaire de la Réforme. Le pape a voulu que les catholiques s’associent à cette célébration. A cette occasion, il pourrait être important d’examiner ce qui s’est joué lors du Concile de Trente. La Contre Réforme catholique a certes permis à notre Eglise de se transformer pour devenir plus fidèle à l’Evangile, mais elle était tellement en opposition aux courants protestants qu’elle s’est crispée et n’a pas su intégrer des éléments pertinents de la pensée de Luther. Il ne faudrait pas que les réformes voulues par François s’arrêtent au milieu du gué. Nous avons voulu mettre à la « une » cette bénédiction d’un couple homo parce qu’elle est symptomatique de la mentalité de la minorité conciliaire conservatrice devenue majoritaire après le concile, grâce aux deux papes précédents, et en passe de perdre le pouvoir. Elle est aussi significative d’une nouvelle perspective fidèle à Vatican II ouverte par François : une Eglise peuple de Dieu, servante et pauvre, en conversation avec le monde ! Et si la conversion se jouait dans une franche conversation ! C’est maintenant le temps favorable, avons-nous entendu au début de ce Carême…

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Toute désobeïssance à l’église est une adhésion à Satan qui se régale de nous faire nous rebeller pour des choses que nous ne comprenons pas car souvent peu formés théologiquement parlant.
mais n’est-il pas le père du mensonge et de la rebellion ?
Ohhhh le gentil Gaillot et la vilaine église qui le persecute......
Mon Dieu......comme il est façile de se faire berner.....tout ça parce qu’on ne se rend pas compte à quel point Dieu est saint....sinon on ne dirait pas certaines enormités........autant de manque de discernement ...ça me sidère.
mais personne ne lit les messages des apparitions actuelles de la vierge Marie ???....que ce soit à Medjugorge en bosnie ou celle qui vient d’être reconnue par l’église, à Itapiranga au brésil où Elle s’adresse a Edson Glauber et ou elle nous rappelle ses exortations à changer de vie...
.penitence, pénitence, prière , chapelet, confessions fréquentes et surtout OBEÏSSANCE à l’église et au Saint- Père.
visiblement personne n’a entendu parler non plus de L ’ avertissement qui a eté donné à Garabandal.....
cela ne m’étonne pas alors d’entendre autant de gens être d’accord avec la décadence de ce monde mais ferez vous quand le Christ vous montrera bientôt votre âme comme lui la voit......et non comme vous la voyez ???......
Reveillons nous avant qu’il ne soit trop tard.....
Marie nous dit que dans ces temps tres troublés que nous vivons ou l’homme a accepté toutes les idées du démon.....l’un des seuls a avoir été au ciel DIRECTEMENT c’est son fils de prédilection : Jean Paul 2 !!!!!!
Alors quand je vois a quel point il est critiqué par les orgueilleux qui ne comprennent pas à quel point il était saint........je me dis : " ouillouillouille..........."

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Merci Excellence de votre saine réaction, beaucoup plus réfléchie que certains ne veulent le faire croire.

Cette bénédiction, contraire à l’enseignement de l’Eglise et à la discipline, indissociables l’un de l’autre contrairement à ce que certains prélats prétendent, a constitué aussi bien une désobéissance qu’un scandale pastorale pour les âmes des fidèles.

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N’oublions pas le père Loew, petit rappel pris tout simplement sur Wikipédia :
"Jacques Loew, né le 31 août 1908 à Clermont-Ferrand et mort le 14 février 1999 à l’abbaye d’Échourgnac, est un frère dominicain français, prêtre ouvrier, fondateur de la Mission Ouvrière saints Pierre-et-Paul (MOPP), et fondateur de l’École de la Foi à Fribourg (Suisse).
Étudiant en droit, il se convertit en 1934 pendant sa convalescence dans un sanatorium suisse à la lecture des Évangiles et un séjour à La Valsainte. Il entre dans l’Ordre des Frères Prêcheurs (dominicains) et fait son noviciat à Saint-Maximin (Var).
En 1938, il est président du patronage la Semeuse, à Nice et il est ordonné prêtre en 1939. Il devient secrétaire du centre Économie et Humanisme. En 1941, il devient le premier prêtre à travailler comme ouvrier (« prêtre-ouvrier ») : il travaille comme docker au port de Marseille pendant trois ans. Il publie une enquête sur les Dockers de Marseille (1943) qui est à l’origine d’une loi améliorant leurs conditions de travail.....
En 1946, il se voit confier la paroisse de La Cabucelle (banlieue de Marseille), puis celle de Port-de-Bouc (étang de Berre) où, avec plusieurs jeunes laïcs et prêtres, il lance les bases de ce qui devient la Mission ouvrière Saints-Pierre-et-Paul (MOPP). Son but est de rapprocher paroisse et mission pour un « apostolat intégral » en vue d’« extirper les racines des malheurs injustes » qui pèsent sur les pauvres......
"Avant même les prêtres de la Mission de paris et ceux du STO , le père Loew fut le premier prêtre-ouvrier.Dès l’hiver 1941-1942, dix ans avant l’abbé Favreau, il travaillait comme docker-charbonnier sur les quais de la Cité Phocéenne".....(tiré du livre de Pierre Andreu : Histoire des prêtres Ouvriers)

Il entretient des liens d’amitié avec Paul VI, qui l’invite à prêcher la retraite de Carême au Vatican en 1970.

Jacques Loew est également le fondateur d’une École de la Foi à Fribourg en 1968, à la demande du Père René Voillaume. Il donne des enseignements bibliques à de jeunes Russes à la demande du Père Alexandre Men.".................
Très éclectique ce prêtre en fait....et est-ce mes origines marseillaises qui me l’ont rendu plus proche encore que d’autres prêtres -ouvriers. Sans doute.
EfTé

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Ils s’appellent (ou s’appelaient) Bernard Chauveau, Bob Lathuraz, Jean Deliat, Roger Breistroffer, Jean Breynaertk, Pierre Senegas, et bien d’autres encore, une cinquantaine de prêtres devenus les pestiférés aux yeux du Vatican. Pour la plupart, ils venaient de la Mission de France, fondée en 1943 pour pour accomplir leur mission apostolique dans les milieux sociaux les plus déchristiannisés, en l’occurrence, le monde ouvrier qui était sous la coupe de l’idéologie marxiste, via le PCF et la CGT, et en partie Force Ouvrirère, jeune syndicat fondé après la Seconde Guerre Mondiale.
Leur engagement dans le monde du travail était total. Occupant des postes d’exécution, ils étaient manœuvres, mineurs de fond, OS, matelots, partageant la condition des plus « petits » dans la chaîne deproduction. Cet engagement les conduisit à s’engager aussi dans le syndicalisme, de préférence à la CGT, majoritaire dans les entreprises. On les vit en tête des cortèges, faire grève, agir pour de meilleure conditions de travail et de meilleurs salaires.
Cet engagement fut condamné par le Vatican qui fit fermer le séminaire de la Mission de France (1953) où les futurs prêtres ouvriers était formés, pour ce motif invoqué par le nonce Marella : « Ils sont un scandale pour les chrétiens et ils font courir un grave péril à l’Eglise ».
Il fut alors ordonné aux prêtres ouvriers – près de 600 à l’époque – de rejoindre la pastorale diocésaine et de couper les liens avec le monde ouvrier.
Une cinquantaine choisirent de ne pas obtempérer. Nommés « les Insoumis », ils se regroupèrent autour de Bob Lathuraz. Ce groupe vécut dans l’ombre, mettant en commun les réflexions sur les événements de la vie ouvrière et les engagements des uns et des autres, sur l’état de tension avec l’institution Eglise qui les avait condamnés et sur leur vie spirituelle gardant sa source d’inspiration dans l’Evangile. Les évêques de leurs diocèse d’origine leur fit interdiction d’exercer quelque ministère que ce soit et de dispenser des sacrements.
Le concile Vatican II, en 1965, autorisa de nouveau l’expérience des prêtres ouvriers. Mais, dans la grande hypocrisie qui distingue l’Eglise de Rome, il fut recommandé alors aux nouveaux prêtres ouvriers de demeurer hors du sillage des insoumis dont l’histoire fut occultée par l’Eglise catholique jusqu’en 1990.
Eu égard à la « crise des vocations » que la dite Eglise avait elle-même provoquée en agissant de cette manière, l’expérience tourna d’autant plus court qu’en 1971 les évêchés coupèrent les finances du séminaire de Morsang-sur-Orge, dit des « vocations tardives », contraignant les séminaristes qui se formaient à une pastorale dans le monde du travail à rejoindre les séminaires diocésains encore en fonction (et qui fermaient les uns après les autres). Beaucoup jetèrent la pelle dans le mortier estimant en conscience que leur appel n’était pas celui-là.

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Bonjour GOLIAS. 3 mars 2015 07:20, par Agnès Gouinguenet

- 
Pourquoi le Père BUCHELI a-t-il béni ce couple non encore reconnu par la hiérarchie vaticane (et qui, espérons-le, le sera bientôt), "au nez et à la barbe" de son évêque ultra-conservateur ? Il savait qu’il serait banni.
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Il aurait pu le bénir sans le dire à tout-va. Une bénédiction sincère n’est-elle pas de l’ordre de l’intime ?
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C’est maladroit car cela attise les haines. Pas la peine d’en rajouter en ce moment. Et puis on a l’impression désagréable que ce fait divers est relaté pour vendre du papier. Dommage.
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AGG à GOLIAS.

Voir en ligne : http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/

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Je le dis sans détour : je suis « pour » le mariage pour tous.
Je le dis tout aussi directement : je suis pour la « déclergification de l’Eglise ». La relation des humains avec la spiritualité n’a pas besoin d’intermédiaire pour accéder à un niveau d’esprit supérieur. Chacun possède en soi les ressources nécessaires pour sublimer ses propres charismes. Je ne parlerai pas d’une relation avec un dieu « de l’univers ». Mon approche de la spiritualité se passe d’un dieu dans la nuée.
Aussi paradoxal soit-il, je me pose cette question : comment désapprouver cet évêque dès lors que la doctrine du mariage de l’Eglise catholique est celle de l’union de deux êtres de sexes différents, pour procréer ?
Dans cette doctrine, l’Eglise fait l’impasse sur la sensualité et les sentiments que deux êtres peuvent ressentir l’un pour l’autre. Elle a enfermé le mariage dans un modèle rigide et unique qu’elle a élevé au rang de dogme, c’est-à-dire de vérité révélée. Le mariage c’est fait pour se reproduire. Point barre, et circulez svp.
Bénir l’union de deux êtres de même sexe, dans ce carcan dogmatique, aux yeux de cet évêque, n’a donc pas de sens. Il est dans la logique imparable d’une Eglise catholique en train de s’apercevoir, au plus haut niveau de sa hiérarchie, que le modèle du mariage, de l’union des couples, de la famille est de moins en moins ce qu’elle enseigne et dicte aux baptisés.
Qu’est-ce qu’une bénédiction nuptiale, sinon une demande faite au dieu de doter de toutes ses grâces le couple qui s’est adressé au prêtre. Comme l’évêque a autorité sur les prêtres de son diocèse, il lève donc le carton rouge à tel prêtre qui a accordé sa bénédiction à un couple homosexuel.
C’est une sanction qui vaut avertissement général aux autres prêtres du diocèse.
A vrai dire, le « problème » c’est aussi ce couple. Non pas dans son homosexualité qui, pour moi n’est pas un problème, mais dans son rapport avec le divin. Passer par une intermédiation pour obtenir des grâces divines c’est aussi se soumettre à un intermédiaire – le prêtre – lui même soumis à une autorité hiérarchique.
Si ce couple tenait tant à se mettre sous le regard du dieu du prêtre pour obtenir grâces et protection, une cérémonie de prières dirigée par un(e) ami(e) non prêtre aurait eu toute sa valeur. Comme l’Eglise catholique institutionnelle refuse que ses prêtres bénissent des couples de même sexe, le dit couple pouvait considérer être dans un cas d’exception pour que la bénédiction soit présidée par un non-prêtre – chacun des deux membres du couple se bénissant mutuellement. Pas besoin d’être enfermé dans un temple ou se présenter devant un autel pour cela.
Cette forme de procédure pourrait d’ailleurs valoir aussi pour les couples recomposés (les divorcés remariés) que l’Eglise catholique exclut de tous les sacrements. Ces couples n’ont pas eu besoin de prêtres pour se former dans une union nouvelle. Pourquoi s’acharner à vouloir enfermer cette autre union dans un rite qui ne peut que créer une forme nouvelle de jurisprudence sur le remariage et de nouvelles rigidités tout aussi néfastes que les actuelles.
Il faut être conscient que la réflexion actuelle de la hiérarchie romaine sur un retour dans la communion des divorcés-remariés n’a pas pour but « d’adoucir les souffrances des couples séparés », mais de reprendre le contrôle de populations qui lui échappent de plus en plus. Mais au préalable faudra-t-il que le dogme soit corrigé ou complété d’articles nouveaux ? Le mieux serait carrément de le déchirer.
Difficile car les dogmes catholiques sont gravés dans le marbre des temples jupitériens et de la mythologie grecque et romaine.

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