Parution : 9 mars 2015
Les dérives du Père Marie-Dominique PHILIPPE, fondateur de la communauté St Jean

Golias combat depuis longtemps "l’imposture morale" que constitue à ses yeux les méthodes employées dès l’origine par le père Marie-Dominique PHILIPPE dans le but de fonder une communauté.

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En Avril 2013, contournant la loi du silence de cette communauté très fermée, Golias eut connaissance que le chapitre général des frères de St Jean, poussé par le Vatican, s’apprêtait à faire quelques révélations sur les mœurs de Marie-Dominique PHILIPPE, fondateur de la communauté, décédé en 2006. Il y avait urgence à le faire car le Vatican possédait des informations rendant impossible la procédure de béatification souhaitée par les adeptes de Marie-Dominique PHILIPPE.

Pour éviter le scandale, la communauté St Jean, avec l’accord des autorités de l’Eglise avait décidé de ne livrer qu’une petite part de la vérité, réservée aux seuls membres de la communauté et sous le sceau du secret.

Le frère Thomas JOACHIM, prieur général de la communauté St Jean, prit donc sa plume pour écrire un texte, modèle de langue de bois, intitulé « Un trésor dans un vase d’argile », panégyrique de plusieurs pages consacré au père Marie-Dominique PHILIPPE au milieu duquel seul un court paragraphe évoquait qu’il avait « porté des gestes contraires à la chasteté sur des femmes adultes qu’il accompagnait ».
Sitôt ce texte diffusé « ad intra » (en interne), Golias publia l’information dans le numéro 287 de Golias Hebdo du 09 Mai 2013. La communauté St Jean se trouva donc contrainte de communiquer sur cet embarrassant sujet. L’information fut reprise par « La Vie » le 13 Mai. Le 15 Mai « La Croix » publia une interview du frère Thomas JOACHIM. Dans « La Croix » du 15 Mai, Mgr RIVIERE, responsable canonique de la communauté St Jean en tant qu’évêque d’Autun, affirma avec aplomb que « cacher des faits graves est une faute » alors qu’il était parfaitement et depuis longtemps au courant des faits et du fait que cela devait rester secret. « Le Monde » publia également l’information le 18 Mai.

Depuis 2013, d’autres informations nous sont parvenues éclairant d’un jour plus précis les agissements du père Marie-Dominique PHILIPPE.

Marie-Dominique PHILIPPE

Quand la communauté St Jean et l’évêque d’Autun affirment que le père Marie-Dominique PHILIPPE s’en est pris à des femmes adultes, c’est exact mais ils mentent par omission.

Marie-Dominique PHILIPPE a certes abusé sexuellement de femmes adultes, mais parmi elles se trouvaient des religieuses, ce qui est une circonstance aggravante lourde étant donné la toute puissance que lui conférait sa position de fondateur. Dans la communauté, circulent les noms de plusieurs sœurs. Nous connaissons leurs noms, en particulier celui d’une sœur autrichienne qui depuis a quitté la communauté et s’est mariée. Nous savons que son témoignage est remonté au Vatican mais pour préserver sa famille, elle n’a jamais souhaité porter l’affaire en justice.
Marie-Dominique PHILIPPE a abusé également de jeunes frères. On peut consulter sur le site internet de l’AVREF le témoignage d’un jeune religieux victime du père Marie-Dominique PHILIPPE vers la fin des années 90 et qui lui aussi a depuis quitté la communauté. Ce dernier explique : « Le premier incident s’est produit à la veille de la Fête de l’Ascension, vers 22h ; je ne suis pas sûr si c’était en… ou en…. En tant que directeur spirituel, le P. Philippe était assis près de moi, de sorte que nos genoux se touchaient, comme c’était souvent le cas. À cette occasion, il a commencé à caresser ma main pendant plusieurs minutes. Sur le moment, j’ai trouvé cela déconcertant, puisque c’était clairement un comportement approprié à une relation romantique plutôt qu’à la direction spirituelle. Je dis cela en raison de la nature sensuelle du contact (promenant son doigt sur la paume de ma main quelques minutes, alors que je continuais à parler de questions de théologie ou de vie spirituelle). Je ne me rappelle pas la date du deuxième incident ; peut-être une année plus tard environ. Il était autour de 22h ou 23h du soir. Je faisais ma confession au Père Philippe ; il tenait ma main dans la sienne entre ses genoux, la caressant de temps en temps. Il a progressivement attiré ma main plus près entre ses jambes jusqu’à toucher ses organes génitaux. Embarrassé et plutôt dégoûté, j’ai retiré ma main. Il m’a alors donné l’absolution comme si de rien n’était ». Il ajoute plus loin : « Je pense que ces deux cas reflètent une initiation à ces comportements ouvertement sexuels dont le P. Philippe a été accusé. Le deuxième cas est sexuellement abusif par nature, et je le considère comme un abus d’autorité flagrant de la part du P. Philippe, en tant qu’homme plus âgé, professeur, prêtre et le fondateur d’un ordre religieux. »« Je ne discute pas le fait que le P. Philippe était un homme brillant, qui a fait beaucoup de bien pour l’Église ; mais j’ai l’espoir que les actions du P. Philippe soient rendues publiques, de façon identique à ce qui a été fait quant au P. Maciel. Une des meilleures façons de commencer à diminuer la prédation sexuelle dans l’Église est de reconnaître qu’elle a existé. Nous sommes tous pécheurs, mais quand un prêtre tire avantage de son pouvoir sur ses subalternes, de telles actions devraient être dénoncées. Si un frère de rang inférieur dans la Congrégation avait fait de telles choses, je me serais immédiatement plaint ; mais je ne l’ai pas fait parce que le P. Philippe était lui-même l’autorité la plus haute à laquelle j’aurais pu me plaindre. »

Marie-Dominique PHILIPPE n’a donc pas seulement « porté des gestes contraires à la chasteté envers des femmes adultes ». Il a utilisé son autorité pour abuser sexuellement de religieuses et de religieux y compris à des moments où il administrait des sacrements. A-t-il pour autant commis des actes pédophiles ? Aucune information en ce sens ne nous est parvenue.

Ce qui est certain également c’est que suivant son exemple, d’autres frères ont abusé de leur autorité dans les mêmes conditions, y compris plusieurs frères exerçant la fonction de « maître des novices » en France et à l’étranger. Les avaient-ils « initiés » personnellement ? Ce qui est certain, c’est que Marie-Dominique PHILIPPE était au courant, qu’il a protégé ces responsables en imposant le silence, qu’aucune sanction n’a été prise à leur égard et que les victimes ont été abandonnées à elles-mêmes. Le frère Jean-Pierre-Marie, prieur général des frères de St Jean de 2001 à 2010 a agi de même en couvrant les auteurs d’abus et en renvoyant les victimes. Plus récemment, le frère Thomas JOACHIM a eu la même attitude dans une affaire mettant en cause des frères brésiliens.

Golias consacrera un prochain article sur ces abus sexuels à l’intérieur même de la communauté.

L’Eglise catholique, quant à elle, sera-t-elle capable de dire un jour la vérité, toute la vérité sur des pratiques aussi immorales ?

Pas la communauté St Jean en tout cas qui vient de publier un livre à la gloire de son fondateur : « Marie-Dominique PHILIPPE – Au cœur de l’Eglise du XX° siècle » Pas un mot bien sur dans ce livre sur les mœurs de son fondateur. La recherche de la vérité, leitmotiv de la communauté St Jean, n’est qu’un slogan vide de sens.

La nomination d’un commissaire pontifical

Le Vatican avait annoncé en 2014 la nomination d’un commissaire pontifical pour chacune des trois communautés constitutives de la « Famille St Jean » : frères, sœurs apostoliques et sœurs contemplatives.

Cette nomination se fait attendre. Après les difficultés rencontrées par Mgr Bonfils puis Mgr Brincard, les volontaires dans l’épiscopat français pour s’atteler à une mission aussi délicate ne se bousculent pas.

Quand le Vatican avait nommé Mgr Brincard « émissaire pontifical » pour les sœurs contemplatives de St Jean, ce dernier avait reçu comme feuille de route « d’aider les sœurs contemplatives à opérer un discernement attentif de leur charisme et de l’harmoniser avec les principes fondamentaux de la consécration religieuse proposés par la doctrine de l’Eglise ». Vaste programme qui a abouti à la décision d’exclure définitivement de la vie religieuse la fondatrice de cette communauté et trois de ses plus proches responsables. Sur les 380 religieuses que comptait cette communauté avant 2009, il n’en reste plus qu’une centaine dont une partie en dispense de vie commune ; les autres religieuses ont fait scission et se sont regroupées au sein de la communauté « Stella Matutina », laquelle continue d’être dirigée clandestinement par les quatre sœurs pourtant exclues de la vie religieuse.

Le chantier du futur commissaire pontifical reste considérable. L’action de Mgr Brincard a eu le mérite de clarifier la situation de la communauté des sœurs contemplatives de St Jean par le départ de la frange la plus sectaire des sœurs.
Mais le problème de fond de la « Famille St Jean » se situe au plan de la doctrine et cela aussi bien chez les frères que chez les deux branches féminines. En 2013, Golias avait publié des extraits d’un rapport confidentiel écrit par le frère Thomas JOACHIM en préambule au chapitre général des frères de St Jean : « Ces derniers temps, la Famille St Jean s’est rendue célèbre à Rome pour le désordre qu’elle a occasionné jusqu’au plus haut niveau de la hiérarchie de l’Eglise. Mgr Henri Brincard a été nommé Assistant religieux des frères et des sœurs apostoliques, en plus de sa charge de Délégué pontifical pour nos sœurs contemplatives, afin de donner à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi un rapport sur certains aspects de la doctrine du père Philippe. Des plaintes concernant les mœurs remontant à Rome ont, en effet, inquiété les autorités de l’Eglise au point de se demander si l’éthique du père Philippe était tout à fait orthodoxe. Suite aux multiples lettres envoyées par nos sœurs contemplatives et par certains frères, l’enquête s’est déplacée également dans le domaine de l’ecclésiologie, de la philosophie, et de la vie religieuse (quid de « Eglise de Jean et Eglise de Pierre » ? Quid de « Institution et charisme » ? Quid de la place de la philosophie ? Quid de notre théologie de l’obéissance ?). Pour coopérer avec Rome sur cette question, Mgr Henri Brincard a mis sur pied une commission qui a travaillé jusqu’à Janvier dernier. Le travail de la commission devrait aboutir à un rapport rédigé par Mgr Henri Brincard, et envoyé ensuite par lui à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. »

Enquête canonique sur le père Thomas PHILIPPE

Frère aîné de Marie-Dominique PHILIPPE, dominicain comme lui, Thomas PHILIPPE est né en 1905. Thomas PHILIPPE est connu pour avoir crée en 1946 la communauté de « l’eau vive » à laquelle viendra se joindre Jean Vanier. Plus tard, en 1964, Jean Vanier fonde « l’Arche » à Trosly et Thomas PHILIPPE devient le prêtre de l’Arche devenant aux yeux de beaucoup le « cofondateur » de l’Arche.
Sur la fin de sa vie, Thomas PHILIPPE a été recueilli par son frère dans la communauté St Jean où il est décédé en 1993. Des rumeurs ont circulé dès cette époque au sein de la communauté St Jean sur des faits d’abus sexuels dont s’était rendu coupable le propre frère du fondateur dans les premiers temps de la fondation de l’Arche.

Golias a appris que suite à plusieurs plaintes de victimes, le Vatican avait ouvert une enquête canonique sur le père Thomas PHILIPPE.

Fait troublant, selon une information en provenance de Rome, il existe des analogies dans les prétextes employés par les frères Marie-Dominique et Thomas PHILIPPE pour abuser de leurs victimes, prétextes tirés de la doctrine d’ « amour d’amitié ».
La doctrine d’amour d’amitié élaborée par le père Marie-Dominique PHILIPPE à partir d’une analyse personnelle de textes d’Aristote et St Thomas d’Aquin est donc bien à l’origine de faits d’abus sexuels et pas seulement au sein de la communauté St Jean.
Au Vatican, que ce soit au niveau de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi comme de la Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée, l’inquiétude et l’embarras sont grands.

L’abandon imposé par le Vatican de la doctrine d’amour d’amitié par la communauté St Jean est la condition indispensable pour lutter à l’avenir contre le trop grand nombre d’abus sexuels. Souhaitons que telle sera la mission confiée au futur commissaire pontifical.

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L’Avref vient de publier "Le livre noir de la Fraternité de Saint Jean" en hommage aux victimes de cette communauté à ceux qui ont lutté pour elles durant des années.
Le jeudi 21 mai 2015 débutera le procès d’un frère de la communauté de Saint Jean à Chalon sur Saône et un membre du Bureau de l’Avref bien informé, présent aux audiences se tient en permanence à disposition d la presse.

http://www.lejsl.com/edition-de-chalon/2014/12/30/un-religieux-de-la-communaute-de-rimont-cerne-par-la-justice

http://pncds72.free.fr/307_saint_jean/307_1_problemes_graves/307_1_5_avref_livre_noir.pdf

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la doctrine de l’amour d’amitié est exposée dans l’ouvrage philosophique de md philippe :"de l’amour"
franchement, je n’y vois rien de pernicieux

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Je fus longtemps un ami du Père Marie-Dominique Philippe lorsque j’étais étudiant (âgé) à la faculé de théologie de Fribourg. Je l’ai accompagné à l’occasion de plusieurs voyages en France et lors de la visite de Jean Paul II en Suisse. Je garde de lui un merveilleux souvenir, notamment de ses cours de philosophie.
Il semble que les faits relatés et aujourd’hui partiellement reconnus par l’actuel prieur de la Communauté soient avérés. Je le regrette. Mais j’appelle à la mesure et à une réflexion aussi calme que positive.
Le sujet que vous soulevez est double : c’est d’abord celui des difficultés que peuvent éprouver certaines personnes consacrées à respecter leur voeu de chasteté. Nul doute que pour certains cela constitue une épreuve quasi insurmontable ; c’est aussi, par voie de conséquence, celui du célibat, vaste débat qui a déjà été traité en long en large et en travers.
MDP m’avait invité à rejoindre ses "petites souris grises". J’ai refusé, ne me jugeant pas digne de devenir prêtre quoique ayant ressenti un appel en ce sens. Aurais-je moi-même succombé, ne serait-ce qu’une ou deux fois, à l’appel de la chair, aux tiraillements si puissants de la libido, j’imagine que oui ? Qui suis-je donc pour me poser en juge ?

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J’avoue que si après temps de temps et d’enquête hargneuse on ne peut apporter comme témoignage que celui d’un jeune frère - que j’ai connu - qui trouve que les gestes de tendresse dont le père Philippe - que j’ai très bien connu - était coutumier peuvent être interprétés comme ayant un caractère sexuel, la récolte est maigre. Je me souviens très bien de ces gestes, qui pour moi étaient les mêmes que ceux de ma grand mère - ils avaient le même âge. Et même en me torturant l’esprit en tous sens, je suis bien obligé de reconnaître que jamais je n’ai perçu en eux la moindre connotation sexuelle.
Je me souviens aussi très bien de la soeur autrichienne, un top modèle, et je me dis que si elle n’ a pas porté plainte, c’est peut être bien qu’il n’y a pas matière à cela.
J’ai rencontré récemment une chinoise, qui fait ses études en France depuis un an. Ce qui l’a le plus choqué ? que les français lui fassent la bise. Pour eux qui ne se touchent jamais, ne se serrent pas la main, la bise est extrêmement intime. Même après plusieurs mois, elle ressent comme une agression les bisous faits par des hommes. Je suppose qu’un jour on lira des articles sur le viol systématique des étudiantes chinoises par les français en 2015, et que l’on aura beaucoup de témoignage sur ces bisous interprétés comme actes sexuels...
Cela pour dire qu’il me semble regrettable d’attaquer ici alors qu’il y a ailleurs des cas graves qui restent dans l’ombre.

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Mgr Henri Brincard est décédé en Novembre 2014 et était malade depuis plus d’un an. Quel pouvait être son travail à ce moment là dans la commission qu’il avait créée ? et pour le rapport en Janvier...qui le remplaçait ?

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Commissaire pontifical pour la communauté St Jean 11 mars 2015 16:26, par Jean MIGUEL

Trop c’est trop et depuis trop longtemps (40 ans cette année).
Le Vatican doit prendre, sur le dossier exemplaire de la communauté St Jean, un minimum de décisions relevant de la morale et de la justice.

1) L’abandon de la doctrine d’amour d’amitié prétexte aux abus sexuels.

2) Le renvoi pur et simple des frères auteurs d’abus. Ils sont nombreux ; le seul à avoir été renvoyé jusqu’à présent a été le frère Luigi suite à ses deux condamnations en 2012.

3) Des sanctions pour les supérieurs de la communauté pour avoir protégé les agresseurs au détriment des victimes, favorisant par là même de nouveaux abus.

4) Une critique publique de l’action de l’évêché d’Autun assortie d’une sanction exemplaire de l’actuel évêque, Mgr Rivière. Mgr Rivière n’a pas fait pire que ses prédécesseurs mais le Vatican se doit sur ce dossier d’envoyer un signal clair à l’épiscopat qui trop souvent participe ou orchestre l’omerta.

L’action du futur commissaire pontifical sera suivie à la loupe par les victimes de la famille St Jean. Ces victimes sont organisées, elles disposent d’un épais dossier et attendent des actes.

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La "Nouvelle Évangélisation" de JP2 dans toute sa gloire... Bêêrk

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