Parution : 9 mars 2015
La santé un bien « précieux » menacé

Depuis dix ans, le prix des nouveaux traitements augmente de façon vertigineuse, jusqu’à devenir insoutenable pour les systèmes de protection sociale. Toute l’industrie pharmaceutique est en train de prendre cette orientation.

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La santé, c’est ce qu’il y a de plus précieux, non ? Si tout le monde accepte ce truisme, le mot « précieux » ne résonne pas de la même manière pour tout un chacun. Précieuse, la santé l’est pour les millions de Françaises et de Français qui bénéficient d’un système performant de mutualisation de la prévention et des soins à travers la Sécurité sociale. Cette institution est née à la Libération grâce aux résistants qui voulaient poser les bases de la démocratie sociale afin d’empêcher le monde de retomber dans la barbarie la plus abjecte, celle de la misère des années 1920-1930. Les révoltes sociales qui en avaient résulté avaient convaincu une partie des classes dirigeantes de favoriser la montée du fascisme en Europe, pour continuer à concentrer entre leurs quelques mains les richesses produites par le travail de la multitude (lire Nationalistes et nationaux, Henri Guillemin, Gallimard, 1974 ; Utovie, 2010). En réduisant les inégalités de santé, la Sécurité sociale a littéralement changé la vie et favorise, aujourd’hui encore, la participation du plus grand nombre à la collectivité. C’est pourquoi, dans sa très belle étude Les métamorphoses de la question sociale (Fayard, 1995), le sociologue Robert Castel en faisait « la principale conquête ouvrière » du XXe siècle.

Le mot « précieux » n’est pas entendu de la même manière par les actionnaires insatiables des firmes pharmaceutiques. Sa sonorité les plonge dans les délices qu’éprouvait le personnage de Louis de Funès dans La Folie des grandeurs (1971) quand son valet, joué par Yves Montand, le réveillait en faisant tinter une pluie de ducats et d’autres pièces d’or, tout en lui chantant à l’oreille : « Monsignor, il est l’or... ». Au XIXe siècle, les concessions de chemins de fer avaient été la façon la plus sûre de faire fortune. Alors que les mains de l’Etat restaient désespérément liées quand qu’il s’agissait d’améliorer la vie de la population laborieuse, elles étaient grandes ouvertes en destination des plus riches : la construction des lignes de trains était en partie financée par l’État et le rendement de l’exploitation était garanti par des fonds publics qui se transformaient en dividendes sonnants et trébuchants. Ainsi, les propriétaires des compagnies de chemin de fer – bien décrits par Balzac et par Zola – voyaient s’arrondir leurs comptes en banque même quand l’activité commerciale de transport de voyageurs et de marchandises était déficitaire. Les changements de régimes n’ont pas contrarié ce système destiné à faire de l’argent sur le dos des « petites gens », c’est-à-dire de la majorité de la population. Cette redistribution à l’envers fonctionnait aussi bien sous Louis-Philippe, que sous Jules Ferry au début de la IIIe République.

Aujourd’hui, le secteur de pointe qui assure la plus grande rentabilité n’est autre que la production pharmaceutique. Les firmes industrielles et commerciales qui dominent ce marché perçoivent d’importants dégrèvement d’impôts et leurs débouchés sont assurées par l’existence de la Sécurité sociale. Elles ont trouvé un nouvel outil pour extirper encore plus d’argent public : l’arrivée de nouveaux traitements vendus à prix d’or. Ces prix sont déconnectés des coûts de production et « obligent » le ministère de la Santé à organiser un rationnement de ces nouveaux traitements. En plus de ces inégalités en matière de soins, un problème de financement se pose : les fonds publics utilisés pour rembourser ces nouveaux traitements font cruellement défaut à une Sécurité sociale dont les besoins de financements non couverts par les cotisations dépassaient les 15 milliards d’euros l’année dernière. A moyen terme, c’est notre bien commun, la Sécurité sociale, qui est menacée..

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La santé un bien « précieux » menacé 13 mars 2015 13:13, par Françoise

Ma soeur qui a travaillé quelques années dans deux laboratoires pharmaceutiques avait appris qu’en plus du prix exorbitant de nouveaux traitements, totalement déconnectés du coût de fabrication et de production, les laboratoires pharmaceutiques tant qu’ils n’ont pas fait de bénéfices faramineux sur un traitement, ne proposeront pas les nouveaux plus performants à la vente. Donc parfois, les médecins qui pourraient soigner telle ou telle pathologie ou réduire tels effets secondaires d’un traitement grâce à un médicament mieux dosé et plus performant se trouvent contraints d’utiliser des traitements qui ne sont pas efficaces ou présentant des risques pour les patients simplement parce que les labos veulent avoir fait suffisamment de profits financiers avec tel ou tel médicament.
Plus récurrent, les traitements médicamenteux les moins chers et les plus efficaces sont ces dernières années, supprimés les uns après les autres et souvent remplacés par des traitements bien plus chers et souvent provoquant des effets secondaires importants. Tout ça pour plus de profits et d’argent, au mépris total de notre santé.

Enfin, j’attire l’attention sur un article (déjà ancien mais toujours valable) du site Bastamag, concernant les profits des labos pharmaceutiques sur les maladies neurologiques et neuropsychiatriques.

http://www.bastamag.net/Alzheimer-Parkinson-a-qui-profite

Ainsi qu’un autre sur la fabrication de nouvelles pathologies pour l’enrichissement des mêmes labos :

http://www.bastamag.net/DSM-quand-la-psychiatrie-fabrique

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