Parution : 28 mars 2015
Le plan secret du pape François

C’est avec une certaine satisfaction que nous avons pris connaissance d’un article du jésuite espagnol et théologien de la Libération, le Père José María Castillo, publié le 7 mars dernier1. José María Castillo n’est pas n’importe qui : il est le coordinateur du cénacle de François (cf. article « Les amis du pape »). Cet article – intitulé « Le pape doit à la fois déconcerter et être point de rencontre » – explique le vrai plan du pape argentin pour changer la papauté. Cette analyse valide la plupart de nos écrits depuis le début de ce pontificat et au-delà. Décryptage.

7 commentaires
En pied de l'article.

De l’urgence des réformes dans l’Eglise

Depuis deux ans, le pape François ne cesse de bousculer l’Eglise, l’invitant à de profondes réformes, à sortir vers les périphéries, à vivre le rêve conciliaire d’un peuple de Dieu pauvre au service de l’humanité. Sa simplicité le rend sympathique, même aux non catholiques. Son humilité quand il se déclare pécheur, comme il vient de le redire en annonçant une année jubilaire de la miséricorde, rompt avec l’attitude de pontifes donneurs de leçons. Mais il est jésuite, « un peu rusé » ainsi qu’il l’a lui-même avoué. Reste à préciser son plan de réforme.

Il semble que le pape ne veuille pas perdre de temps. Dans une interview qu’il vient de donner à la télévision mexicaine Televisa, Il affirme notamment avoir le sentiment que son pontificat sera bref : «  4 ou 5 années, je ne sais pas, même 2 ou 3. Deux sont déjà passées. C’est comme une vague sensation. Peut-être, c’est comme la psychologie du joueur qui se convainc qu’il perdra afin de ne pas être déçu et s’il gagne, il est heureux. Je ne sais pas. Mais je sens que le Seigneur m’a placé ici pour un temps court, rien de plus… C’est un sentiment. Je laisse toujours la possibilité ouverte. » Ce temps court explique peut-être sa charge contre la Curie : « Je crois que c’est la seule cour qui reste en Europe. Les autres se sont démocratisées, même les plus classiques. Il y a quelque chose dans la cour pontificale qui maintient une tradition un peu atavique. Je ne le dis pas de manière péjorative, c’est une question de culture. Mais ceci est en train de changer, la Curie peut garder l’aspect d’une cour mais être un groupe de travail au service de l’Eglise et des évêques. » Pas d’agressivité mais une parole forte. «  C’est une question de culture » : sous-entendu, il va falloir changer de mentalité pour que cette cour, comme les autres, se démocratisent. C’est la première fois, à notre connaissance, qu’un pontife exprime un tel point de vue, en utilisant des catégories non théologiques pour définir le fonctionnement de l’Eglise. On retrouve ici un des enjeux du pontificat de François qui, dès son élection, s’est défini comme « évêque de Rome ». La Curie est au service de l’Eglise et des évêques et non la cour d’un tyran. Elle doit donc être à l’écoute des Eglises locales et travailler dans une dynamique de communion. Les débats ouverts par le Synode sur la famille vont dans ce sens, et les résistances de certains prélats rappellent bien que la synodalité est loin d’être acquise !

Pourtant si l’Eglise veut être audible, pense François, il faudra bien qu’elle s’ouvre aux mentalités démocratiques contemporaines et la synodalité devient une des réformes urgentes pour que les Eglises locales retrouvent leur capacité de penser et d’agir en fonction de leur contexte socio-culturel. Rome ne peut plus décider de tout pour tous. L’histoire peut être un bon recours pour imaginer les changements en montrant que, dans les premiers siècles, les évêques jouissaient d’autonomie et pouvaient même s’opposer à Rome. Les échanges parfois vifs entre le pape Etienne et Cyprien de Carthage en témoignent. Il ne s’agit pas de reproduire le passé mais de voir que la situation actuelle ne peut être considérée comme normative. Elle est même plutôt anormale au regard de la vie des premières communautés chrétiennes qui étaient plus fraternelles que hiérarchiques.

Cet impératif de fraternité ne concerne d’ailleurs pas seulement la vie interne de la Communauté. La pratique du dialogue, l’accueil de l’autre, le respect du plus petit, sont des dimensions constitutives de la mission. L’Eglise ne peut être témoin de la Bonne Nouvelle sans les vivre, c’est-à-dire sans suivre le Christ sur ses chemins. Les réformes internes à l’Eglise vont de pair avec une proximité de plus en plus forte avec les plus pauvres. Ces changements radicaux voulus par François supposent, comme il le souligne aussi souvent, une véritable conversion du cœur ! Bonne fin de carême…
[découvrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo n° 376 : http://golias-editions.fr/article5312.html]

7 commentaires
Le plan secret du pape François 25 mai 2015 10:42, par BERNARD

D’un côté il y a de la provocation de la part de l’Etat Français de l’autre il y a de la rigidité intellectuelle et religieuse ! Le Vatican se grandirait en acceptant ce diplomate, présenté comme un catholique fervent ! Est-ce le Pape François qui le refuse ou d’autres cardinaux traditionalistes ? Il faut donner du temps eu temps !

repondre message

je ne juge pas a dit le pape françois 23 avril 2015 20:30, par anne marie

mais il y des millions de kilometre pour l’action
françois a dit non ,au diplomate gay de paris au vatican
françois,droit dans ses bottes
ou est ’elle la fraternité
il lui prefere les legionnaires du christ et l’opus dei

repondre message

Après les cahiers de doléances... 30 mars 2015 15:53, par MARTIN

1) pas d’ouverture démocratique durable de l’Eglise sans outil juridique et procédures adaptés, sinon les fidèles n’auront "droit" qu’à une charte octroyée ; 2) or, le haut-clergé local va bientôt devoir monter en première ligne et s’expliquer directement face aux fidèles qui ont (tous) des choses à dire.

repondre message

| © Le site officiel de GOLIAS pour les informations d’actualité 2009-2017 | Fait avec : SPIP et Thélia plugin thelia |

| Courriel à la Rédaction | RSS RSS | Adresses Postale et bancaire | Mentions légales | à propos de Golias |

article jeune