Parution : 3 avril 2015
Tourisme

Se développe actuellement ce qu’on appelle un « tourisme noir », qui consiste à aller visiter les lieux où se sont produites des catastrophes, soit naturelles comme des tremblements de terre, tsunamis, etc. – soit industrielles, comme celle de Tchernobyl, etc. – soit enfin dues à la barbarie humaine, comme les camps de concentration nazis, le goulag soviétique, etc. Des tour-operators proposent, avec un succès croissant, des visites en ces lieux, et même des séjours dont l’ambition est de recréer l’atmosphère qui y a été vécue. Un beau livre est sorti là-dessus à la fin de l’année dernière, illustré de photographies : Le tourisme de la désolation, par Ambroise Tezenas, aux éditions Actes Sud.

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En pied de l'article.

Pour justifier une telle pratique, certains arguent d’un salutaire « devoir de mémoire », dont l’occasion serait ainsi offerte à tous. D’autres disent qu’il faut faire vivre l’histoire pour mieux la comprendre, et ainsi une immersion dans ces lieux tragiques, même au prix d’une reconstitution théâtrale, donc totalement artificielle comme dans une émission de téléréalité, procurerait une émotion spécifique que le seul savoir abstrait ne pourrait donner.
Je ne suis absolument pas d’accord avec cette façon de voir, dans tous les sens de l’expression. Il me semble que cette «  consommation de l’horreur » dans le cadre d’un tourisme de masse ne peut pousser à la réflexion et au recueillement. C’est bien plutôt donner des gages au voyeurisme, à la curiosité malsaine, au divertissement et même au narcissisme, totalement non impliqués dans ce qui est vu : le livre susdit montre, pour le musée du génocide de Tuol Sleng au Cambodge, des graffitis de touristes qui ont gravé leur passage sur les murs des bâtiments ayant servi à exterminer une population. Par rapport aux gens qui ont souffert en de tels lieux, il y a non seulement récupération mercantile, mais encore obscénité morale.
Claude Lanzmann dans Shoah n’a fait que filmer des traces sur le sol, et donner à entendre des témoignages oraux. L’indicible en effet dépasse toute vision. Le désir de voir, la pulsion scopique, doivent être bannis dans de tels contextes. C’est face à l’horreur le seul acte respectueux qui s’impose.

Pour approfondir, cliquer sur le lien suivant :
http://actualitesvoyages.com/2014/12/03/litterature-photo-tourisme-de-la-desolation/

2 commentaires
Bonjour MT. 14 avril 2015 10:59, par Agnès Gouinguenet

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Deux sortes de "spectacles".
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Soit l’hystérie sadique ...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Guillotine
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Soit la dignité du mémorial ...
http://www.calvados-tourisme.com/diffusio/fr/decouvrir/bataille-normandie/colleville-sur-mer/cimetiere-americain-de-normandie_TFOPCUNOR014FS000IG.php
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Eternelle bipolarité humaine. Le pire et le meilleur.
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Tant qu’il y aura des corridas et des ventes d’armes de destruction massive ...
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Amicalement.
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AGG à MT.

Voir en ligne : http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/

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Tourisme 6 avril 2015 00:47, par Françoise

Bonsoir Michel

Croyez-moi ou pas, mais ces démarches en tout cas avec des classes de jeunes sont éminemment nécessaires. Parce que beaucoup sont dans le déni de ces évènements et que sans ces voyages, il y en aurait bien des jeunes qui croiraient que ces camps d’extermination n’ont été que des racontars, pas des réalités.
Est-ce que ça change quelque chose durablement pour les jeunes qui font ces voyages ? Oui. Le négationnisme n’est plus possible après. L’antisémitisme moins présent aussi. Et pour ceux qui ont la chance de faire ces visites avec un ancien déporté, la notion de réalité prend encore davantage de sens.

Autre avantage qu’ont ces voyages : celui de pouvoir, pour les familles de déportés, reconstituer l’histoire de leurs ascendants, se recueillir sur le lieu où ils sont morts, réunir des pièces de puzzles familiaux, mais aussi pouvoir disposer d’un espace et d’une parole sur des évènements, des lieux qui n’ont pas été forcément racontés par les anciens déportés à leurs enfants et petits-enfants. Parce que c’était pour beaucoup impossible à raconter et qu’il n’y avait pas, comme nous l’avons aujourd’hui au moins en Europe, de cellule psychologique, de prise en charge psy, sociale, de débats sur ces questions. Vous devez savoir que plus dans un arbre généalogique il y a de morts tragiques, de secrets de famille, plus il y a de mal-être au fil du temps si des mots, des échanges n’ont pas lieu sur ces choses difficiles. Se forme un abcès qui va handicaper, gangréner en silence la vie de tous les membres de la famille et s’aggraver si personne n’arrive à parler de ces choses très dures. Parfois jusqu’à l’extinction totale de la dite famille.
Ces lieux sont donc aussi des espaces de reconstruction psy et symbolique. Même si ça vous paraît ultra morbide, voyeuriste de votre position à vous.
Pensez que pour ceux qui y ont perdu des êtres chers, pour les anciens déportés encore vivants, mais aussi pour ceux qui sont en quête de l’histoire de leur famille, pour les jeunes qui sont déconnectés des réalités, qui n’ont pas eu la chance d’avoir près d’eux quelqu’un qui leur raconte tout ça, se sont des lieux précieux, importants.
Après, que les tours opérateurs se fassent énormément d’argent, cela ne surprendra personne.
A titre de comparaison, les marchands du temple à Lourdes sont dans une démarche encore plus outrancière.
Mais les gens qui vont à Auschwitz, Mauthausen comme à Lourdes n’y vont pas pour les marchands du temple mais pour une quête personnelle, intime.

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- Dans la rubrique: Le blog du Sacristain

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