Parution : 3 avril 2015
Pâques : le tombeau est vide
Par Golias

Les femmes ont été des actrices importantes de la Passion et Résurrection de Jésus. En cette semaine sainte, nous voulons donc donner la parole à une femme, théologienne, qui vient de nous offrir un petit livre aussi profond que facile à lire. Dans « L’autre christianisme » (éd. Bayard 2015), Claude Plettner, spécialiste de sainte Thérèse d’Avila, nous permet de vivre la Pâque, un passage, parce qu’il est temps pour l’Eglise de vivre un autre rapport au monde.

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Vrai Dieu, vrai homme ?

L’évangile de Marc qui nous accompagne cette année mentionne, dans son récit de la Passion, un personnage énigmatique : un jeune homme qui, au moment de l’arrestation, s’enfuit tout nu (14, 51-52). Il est le dernier à « suivre » Jésus et, comme lui, est « saisi » par les gardes qui ne peuvent que retenir le drap qui le couvre. C’est le même tissu (sindôn) qui servira pour l’ensevelissement de Jésus (15, 46). C’est aussi un jeune homme (néaniskos), assis à droite du tombeau, mais vêtu différemment, qui annoncera aux femmes la résurrection (16, 5). Dans la crise que nous traversons, ne peut-on y lire une figure de l’Eglise, appelée à vivre le mystère pascal de mort et de résurrection ? Très concrètement, comme le temple faisait la gloire du sanhédrin, la doctrine familiale du magistère se lézarde.
Le fossé se creuse entre les préceptes de la hiérarchie et la vie des fidèles : la doctrine ne peut plus servir de repère. Et le pape lui-même a voulu donner la parole à tous les catholiques, comme si désormais il n’était plus question que les évêques décident seuls. Les deux chantiers de l’anthropologie et de la démocratie sont bien, comme le souligne la théologienne Claude Plettner à qui nous donnons la parole, des lieux de Pâque, de passage, de mort et de résurrection. Certaines formes de vie et de pensée ecclésiales doivent mourir pour que l’Evangile puisse être entendu dans toute sa force. Le temple sera détruit... En attendant, ce n’est que le rideau du sanctuaire qui se déchire. Désormais, Dieu est dans ce corps abîmé. Les grands prêtres n’ont pas voulu le voir. Ils ont crié au blasphème. Ils ont raillé cet homme comme aujourd’hui certains prélats se moquent de ceux et celles qui ne vivent pas selon les règles canoniques. Mais Marc est d’une audace folle : Jésus est seul, au pied de la croix. Les femmes regardent de loin. Pas de larron repenti comme chez Luc. Pas de disciple bien aimé comme chez Jean. Mais un païen, un centurion, à la fois symbole d’idolâtrie et de la violence romaine, qui confesse Jésus comme fils de Dieu. Solitude absolue de Jésus qui crie même son abandon par Dieu. Il est important de ne pas passer trop vite sur ce moment. La résurrection d’ailleurs n’effacera pas les plaies du Ressuscité : c’est par elle qu’Il se fera reconnaître. Plaies qui rappellent inséparablement le péché et l’amour fou de Dieu. Plaies qui marquent l’Eglise parce qu’elle est à la fois pécheresse et porteuse de cette puissance victorieuse de Dieu. Avec François, l’Eglise vit une Pâque. Ce pape semble ne pas prendre le chemin des grands prêtres. En nous invitant à « sortir vers les périphéries », il nous appelle à voir Dieu dans tous ceux et celles à qui le Crucifié s’est identifié. Ce chemin d’exode ne pourra que transformer profondément l’Eglise. Elle professera toujours que Jésus est ce Dieu crucifié. Mais peut-être proclamera-t-elle aussi qu’elle ne sait pas qui est Dieu ni qui est l’homme. Jésus vrai Dieu, vrai homme ? Sans doute. Mais n’oublions pas l’humour de Lacan : le vrai ment. Et si le mystère pascal nous entraînait à revisiter des dogmes qui ne parlent plus à la majorité de nos contemporains parce qu’ils ont été écrits pour un autre moment. « Détruisez ce temple fait de mains d’hommes… » Voyage mystique qui nous identifie au jeune homme de Marc ? Bonne
Pâque. [découvrez l’ensemble de notre article dans Golias Hebdo 378]

5 commentaires
L’autre christianisme.Merci Claude Plettner. 7 avril 2015 16:07, par MARTIN

Le livre de Claude Plettner est très intéressant. c’est une bonne mise en perspective. Un des fils du raisonnement qui traverse l’ouvrage, est la nécessité d’un esprit démocratique dans l’Eglise, la nécessité d’une culture du débat. Le propos est convainquant car, sans prétention inutile, il est relié aux contenus des sciences humaines qui montrent (à ceux qui acceptent de le voir) que le vieux monde est derrière nous. Ce qui, dans ce propos, est très intéressant finalement, c’est qu’il nous montre surtout que les morts ne "font" pas forcément l’histoire.

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Pâques : le tombeau est vide 4 avril 2015 15:59, par Emanuel

Très bien mais que faites-vous de cette légende gnostique qui dit que les disciples ont enlevé le corps de Jésus pour le transporter ailleurs afin qu’il ne soit pas détruit par ses ennemis et ont monté un simulacre pour diffuser le mythe de la résurrection ???

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