Parution : 3 avril 2015
La sortie du nucléaire c’est aujourd’hui ou jamais

Cela peut paraître dérisoire voire puéril de réaffirmer aujourd’hui l’urgence de la sortie du nucléaire en France. En automne dernier le couperet de l’arbitraire était déjà tombé. Le mardi 14 octobre 2014, l’Assemblée nationale avait adopté, en première lecture, le projet de loi relatif à la « transition énergétique pour la croissance verte ». Le statu quo nucléaire se retrouvait ainsi confirmé, promu et « bunkérisé » par la loi, comme indispensable dans le mix énergétique national.Cette urgence est pourtant la principale leçon de Fukushima : la sortie du nucléaire c’est aujourd’hui ou jamais…

19 commentaires
En pied de l'article.

Même si la classe politique a tranché en labélisant le blocus nucléaire par son intégration dans la « transition énergétique pour la croissance verte », il n’est pas inutile de revenir sur les leçons irrévocables de la catastrophe japonaise. Trois vieux réacteurs déclarés « bon pour le service » au-delà de 40 ans entraient en fusion à la suite d’un séisme et d’un tsunami, le 11 mars 2011. Les implications anthropologiques de ce drame ont été immédiatement comprises en Allemagne, comment comprendre qu’elles ne le furent pas en France ?

Au Japon impérial du Toyotisme moribond, c’est l’union sacrée ultranationaliste autour de la cause de l’atome. Industriels et banquiers, avec leur meute de politiciens, demeurent farouchement favorables à la relance du nucléaire ; détenant tous les pouvoirs ils s’en donnent les moyens. Mais force est de constater qu’à ce jour il reste incapable d’imposer le redémarrage des centrales à l’arrêt. Face à cette sidération de la classe dirigeante japonaise, il nous faut plus précisément comprendre le cas aggravé, l’hermétisme de l’élite politico-polytechnique française. Car on doit le rappeler, en 2011, il y eut : 3 événements de niveau 7. Un triple accident nucléaire et deux événements « anti-nucléaire » de niveau 7 aussi. L’Allemagne et le Japon, quatrième et troisième puissance économique, « sortaient » de l’énergie nucléaire. Le Japon arrêtait ladite « énergie nucléaire » suite à une catastrophe qui le confinait à jamais dans une perpétuité radioactive. L’Allemagne prenait la décision de sortir au plus vite avant l’irrévocable éternité nucléaire d’une catastrophe.Tous les enseignements de Fukushima sont liés entre eux, mais dans notre situation, il faut à nouveau les expliciter.

On sait depuis longtemps la sortie possible, mais Fukushima fait le tri dans les scénarios. La sortie urgente dite « immédiate » s’impose. Elle est la conséquence des trois oxymores connus de l’industrie nucléaire et inutilement réaffirmés par Fukushima : « La sûreté nucléaire », « la gestion d’une catastrophe » et « la gestion des déchets radioactifs. » Ces trois impossibilités intrinsèques signalaient à l’origine l’imposture des « Atoms for peace ». Ils s’étalent aujourd’hui de manière spectaculaire au Japon et définissent, dans ce contexte, l’apocalypse de l’Age atomique, le dévoilement nucléaire. En écho on a l’aveuglement mortifère des autorités hexagonales. L’arbitraire, l’incurie et la corruption des nucléocrates japonais en collusion avec l’élite politico-médiatique, facilement mis en évidence par l’enquête parlementaire, n’est pas réellement une révélation, mais l’on doit d’emblée comprendre qu’elle n’est pas non plus une spécialité de la société japonaise, l’enquête sur l’Atomic Park les retrouve en France avec la même acuité…

Aujourd’hui ou Jamais

A Fukushima c’est fini, on ne sortira plus jamais du nucléaire. La proximité déjà connue de l’aujourd’hui et du jamais appartient désormais au passé, la catastrophe les a fait fusionner à jamais. Comme à Tchernobyl, sur des dizaines de milliers d’hectares s’est inscrit aujourd’hui à jamais une trace radioactive indélébile, l’éternité de l’âge atomique se confond avec l’espace vital. La peine collective et interspécifique dans les deux règnes est désormais incompressible, transmise dans une aliénation et une affliction générale, de génération en génération… [découvrez l’ensemble de notre article dans Golias Hebdo n°377]

19 commentaires
La sortie du nucléaire c’est aujourd’hui ou jamais 5 avril 2015 23:46, par Françoise

Si vous avez l’occasion de regarder de plus près le terme "croissance verte", comme nous avons eu la "révolution verte" au plan agricole, il n’y a rien de naturel ni de bio ni d’abandon industriel et nucléaire. Au contraire...on assiste derrière ces termes à une démarche industrielle et nucléaire toujours plus active.
La couleur verte a toujours été celle du dollar, pas celle du retour à la nature. C’est visible quand on lit un peu les revues sur le sujet. Je lisais l’autre jour le petit journal de l’UIMM qui veut absolument nous imposer les gazs de schiste dans la région, eux aussi parlent de croissance verte. Mais la croissance verte c’est celle de l’argent, le leur, non celle d’une nature retrouvée et respectée.
Tant que la majorité de la population mondiale n’aura pas conscience de cette imposture, les industriels pourront en toute impunité menacer et polluer notre planète. Simplement pour de l’argent.

repondre message

- Dans la rubrique: SOCIÉTÉ
Jean-Marc Sérékin
| © Le site officiel de GOLIAS pour les informations d’actualité 2009-2017 | Fait avec : SPIP et Thélia plugin thelia |

| Courriel à la Rédaction | RSS RSS | Adresses Postale et bancaire | Mentions légales | à propos de Golias |

article jeune