Parution : 21 mai 2015
Synode sur la Famille : « l’autre regard » des Suisses

Malgré la fronde menée dans les médias par la « cordée » müllerienne, les chrétiens continuent de débattre de la « relatio synodi » en vue du prochain Synode ordinaire sur la Famille (4-25 octobre) : les fameux lineamenta. Et l’Eglise en Suisse vient d’emboîter
le pas à celle d’Allemagne.

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« Le Synode des Evêques et les fidèles de Suisse ne parlent généralement pas le même langage. Voilà comment pourrait se résumer le message délivré par les nombreuses discussions synodales menées dans l’Eglise catholique de Suisse. » Cette affirmation n’émane pas d’un groupe de cathos dissidents, mais est extraite du rapport que la Conférence des évêques suisses vient d’envoyer à Rome après la consultation effectuée en vue du prochain Synode sur la famille.

Que soit noté, aussi officiellement, le décalage entre le discours romain et celui des fidèles, est remarquable, surtout quand on connaît la guerre que mènent les troupes du cardinal-préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, afin que rien ne bouge : « Immuabilité de la doctrine », disent-ils… L’Eglise suisse leur répond en leur faisant remarquer qu’elle est surtout devenue inaudible ! Le cardinal Erdö, rapporteur du Synode, s’en est ému en parlant d’« une pression sans légitimité théologique » qui « ne fera que causer une division ultérieure dans l’Eglise ». Cette mise en garde est symptomatique de la surdité de certains prélats. Ils sont devenus sourds et muets, parlant « une langue incompréhensible qui ne réussit pas à transmettre de manière crédible le message jubilatoire de l’Eglise ». 

Car ce que le rapport suisse met en lumière, ce n’est pas simplement la difficulté pour les fidèles d’entendre ce que dit l’Eglise magistérielle. C’est surtout la promotion d’une autre manière de faire de la théologie, non plus simplement à partir de la doctrine mais aussi à partir du vécu ! Il ne s’agit certes pas de nier l’importance de la réflexion doctrinale mais de se demander quelle peut être la pertinence de théories qui, par exemple, ne prennent pas le temps des débats avec les sciences humaines et les philosophies contemporaines. Voire de s’interroger sur le caractère vraiment catholique de textes, tels qu’Humanae Vitae, qui ne sont pas reçus par l’ensemble du peuple de Dieu mais seulement par une minorité de fidèles. La méfiance des théologiens officiels à l’égard de la capacité de réflexion des chrétiens sur ce qu’ils vivent en famille est plus que problématique. Ceux-ci demandent donc à être entendus. Le chantier du prochain Synode ne concerne donc pas seulement les énoncés qui pourront y être reformulés mais aussi l’argumentaire qui permettra d’aboutir à telle ou telle conclusion. Et il faut saluer la volonté de François d’avoir voulu et permis un débat largement ouvert. Les fidèles ont répondu à cette attente. Les « Pères synodaux » répondront-ils à leurs attentes ?

L’Evangile de dimanche dernier nous offre un critère de discernement : Jésus prie pour l’unité de tous les croyants et pour qu’ils demeurent dans Sa joie. Il veut qu’ils soient sanctifiés dans la vérité du Nom de Dieu qu’Il manifeste. Unité et vérité dans la joie de suivre le Christ ! L’unité ne se fera donc pas sans la vérité comme peuvent le souligner les plus tradis. Mais à condition qu’ils se souviennent que la vérité évangélique n’est pas un corpus doctrinal mais une personne ; c’est-à-dire un itinéraire concret : celui de Jésus. La double perspective mise en évidence par le rapport de l’Eglise suisse n’est d’ailleurs pas sans rappeler les débats christologiques des dernières décennies : pour définir le Christ, faut-il partir « d’en haut », de sa divinité, ou « d’en bas », de son humanité ? Faut-il partir d’une doctrine ou d’une expérience ? Et si nous partions du vécu des « alter Christi » (autres Christs, car ayant reçu l’onction) que sont tous les baptisés pour relire leurs expériences à la lumière de la Tradition ? [découvrez l’ensemble de notre article dans Golias Hebdo n° 385]

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Bonjour Gino Hoel. 24 mai 2015 08:25, par Agnès GOUINGUENET

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Vous écrivez : "Et si nous partions du vécu des « alter Christi » (autres Christs, car ayant reçu l’onction) que sont tous les baptisés"
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Pourquoi exclure le vécu des non-baptisé-e-s, voire des dé-baptisé-e-s ?
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Heureuse Pentecôte "inspirée".
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AGG à GH.

Voir en ligne : http://blogs.mediapart.fr/blog/agne...

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« Que votre réponse soit oui ou non » (Mat. 5 :37)

Le synode romain sur la famille s’est soldé par quelques hypothèses provisoires qui seront reprises l’an prochain...
Je suis gêné de rappeler à Leurs Eminences et à Leurs Excellences, présumées célibataires, que le CPM (Centre de préparation au mariage), sous haute surveillance théologique, n’hésitait pas à signaler « Casti Connubii » de Pie XI qui enseignait que c’étaient les fiancés eux-mêmes qui se donnaient le sacrement et que le prêtre était surtout témoin de l’Eglise. Je me souviens que j’avais eu une discussion orageuse, à ce propos, avec un pope roumain, père d’une de mes élèves à Rimnicu-Vilcea.
Tripatouiller le droit canon pour paraître un peu plus miséricordieux ou faire confiance à la conscience des fidèles ?
Evidemment que cela ne me regarde plus, mais je reste solidaire de plusieurs de mes amis.
Michel Bavaud, Treyvaux

Dimanche, le 19 octobre 2014

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Petits Suisses géniaux 23 mai 2015 15:34, par swyngedauw

Merci à Golias de ce condensé aux larges extraits.

Merci aussi pour les références à l’original (13 pages). J’en suis à 2ème page, et vais certainement m’y arrêter un peu. Belle et vraie prise en compte d’une expérience religieuse vraie. Elle fait place, (enfin !), à la sociologie, mais aussi aux témoignages de réflexion "en groupe", et aux laïcs ou clercs qui participent à la marche de l’institution. C’est une expérience valide incontestable, même si je ne m’en sens pas proche.

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Apparaissent aussi 2 églises. L’une, pagano-chrétienne, fondée à Joppée par le 1er pape ; l’autre judéo-chrétienne. L’église romaine, (qui n’est ni l’église, ni l’église de Dieu), devrait prendre enfin acte de ce fait. Notons que l’église "intégriste", aux prétentions connues, apparait minoritaire "et" divisée.

Merci aux Suisses d’avoir isolé le lard du cochon. Déjà Paul disait "Ils épient notre liberté", tout comme les Muller et Cie aujourd’hui...

... .
Quand à celui dont l’institution ecclésiastique, même romaine, devrait être le serviteur, il disait, déjà avec amertume je crois, "Pourquoi ne jugez vous pas par vous même de ce qui est juste !".

Ce devrait être la devise de Golias. Cela pourrait changer des choses. Si un certain nombre de "hiérarchiques" français lisait ce texte suisse... C’est en français.

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Un aperçu inattendu du catholicisme suisse dans le canton de Zurich est donné par Marco Politi dans son livre "François parmi les loups" (éditions Philippe Rey, 2015), p.109 et s. : une réalité pastorale animée par des laïcs "à des années lumière de ce qu’imagine la curie" écrit le journaliste qui a intitulé son chapitre "Les paroisses cachées". Il indique que, historiquement, ce sont les communautés paroissiales qui engagent leur curé : comme il n’y a plus de prêtres, l’évêque a été obligé d’entériner d’autres "guides de paroisse". Et encore, le choix de ce terme fait partie des discussions entre la communauté et le haut-clergé qui lui préfère celui de "chargé(e) de paroisse", une façon pour l’évêque de garder formellement son pouvoir canonique, même si cela ne change rien en pratique sur le terrain. ça peut sembler être au raz des pâquerettes, et pourtant c’est plus instructif que bien des discours romains.

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