Parution : 28 mai 2015
Excès

En tout, comme dit le proverbe, il est un défaut. On le voit bien, par exemple, dans les précautions frisant la paranoïa que prennent les professeurs des écoles, pour se prémunir des accusations de pédophilie. « Les plus petits, dit l’un d’eux, veulent toujours nous faire des bisous le matin. J’esquive en leur apprenant à dire bonjour comme des grands. » Tel autre laisse exprès la porte ouverte de sa classe, de façon à pouvoir être vu de tous, s’il lui arrive d’avoir à parler en tête-à-tête avec un élève. Finalement, dit un directeur d’école, « dans ce climat de suspicion générale, il faut bien qu’on se protège. Heureusement, nous pouvons compter sur le personnel féminin. Quand un gamin se fait un bobo dans la cour et qu’il faut lui baisser le pantalon pour lui mettre un pansement, on envoie une femme. » (Source : 20 minutes, 4/5/2015, p.6)

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Cette dernière remarque est bizarre, car il y a bien des cas, auxquels on ne pense jamais, de pédophilie féminine. Mais quoi qu’il en soit, on voit à quels excès mène un principe de précaution mal négocié. On sait pourtant que le mieux est l’ennemi du bien. De la même façon un proverbe latin dit que la pire corruption est celle du meilleur – Corruptio optimi pessima. Ainsi la judiciarisation généralisée des comportements, qui nous vient des États-Unis d’Amérique, mène à une absurde paralysie. Il faudra bientôt raser les murs en ville, et baisser les yeux quand on croise une femme, pour ne pas être accusé de harcèlement sexuel. Ou bien ne pas prendre un ascenseur seul avec elle. Ou encore se garder de caresser la tête d’un enfant dans un jardin public, de peur d’être accusé de pédophilie. Cela passe toute mesure.
Par un étrange paradoxe, plus on parlera des affaires de pédophilie, plus on en signalera, avec évidemment le risque d’une fausse accusation. Car on sait aussi que certains enfants sont fabulateurs, et répètent ce qu’ils entendent dire autour d’eux. Le film d’André Cayatte Les Risques du métier, sorti en 1967, montre un instituteur broyé par les accusations mensongères de ses élèves. La bonne foi des enfants n’est pas en question. Mais que pèse la réalité des faits à côté d’une rumeur collective ?

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Excès 1er juin 2015 08:33, par Françoise

Bonjour Michel

En matière de pédophilie comme d’inceste, les enfants s’ils parlent (et ils parlent rarement sur ces sujets) ne mentent pas. Mais peuvent parfois être confus dans leurs propos sur ces crimes gravissimes que certains subissent.
Qu’on parle d’Outreau ou d’Angers, aucun des enfants n’a menti et il y a eu quand même beaucoup de condamnations aux Assises, ce qui est une bonne chose.
Personnellement, ce qui m’alerte beaucoup plus, au plan du judiciaire sur ces questions, c’est la correctionnalisation des crimes sexuels (qui pour moi relèvent du crime contre l’humanité -donc des Assises- tellement ils sont destructeurs : qu’on parle d’abus sexuels comme de viols) et c’est aussi (lié aux associations de type SOS Papa et venant tout droit des US) le principe de SAP à savoir Syndrome d’Aliénation Parentale. Derrière cette expression barbare, se cache la création d’un pédophile notoire canadien pour permettre à certains pères de famille en cas de divorce, de faire obstacle judiciairement à des poursuites pour inceste. Le même pédophile précisant à l’époque où il créée ce SAP, que l’inceste n’était pas un crime mais une initiation sexuelle valorisante et constructive pour les enfants. Dans la série abjecte, celui-là détient le pompon. L’importation judiciaire du SAP en France est récente. Mais elle est depuis 2-3 ans fortement utilisée par les associations de pères, liées à d’autres aux US, avec pour conséquence des situations graves pour des enfants agressés sexuellement régulièrement par leurs pères, traumatisés par ces violences sexuelles et ne pouvant malgré tout, refuser de les voir ni d’aller chez eux. Et tout aussi grave, ont lieu des pressions judiciaires et financières sur les mères de famille (alors que l’on sait qu’il y a déjà sur la grande majorité des divorces en France, un grave problème de versement des pensions alimentaires), ce qui ajoute des angoisses, du stress dans la vie de ces femmes aussi bien que de leurs enfants (pas bon du tout pour le développement ni la sérénité).
Quant à la pédophilie féminine, elle existe tout autant effectivement que la pédophilie au masculin (j’en sais malheureusement quelque chose), mais elle est beaucoup plus tue judiciairement, médiatiquement, socialement, y compris par les victimes. Parce que c’est le tabou des tabous. Par contre, j’ai pu observer de ma propre expérience mais aussi en en discutant avec d’autres victimes, que la pédophilie féminine est plus spécifiquement liée au cercle familial, c’est à dire à des pratiques incestueuses, beaucoup moins proportionnellement hors de la famille, comparativement à la pédophilie masculine qui, elle, touche autant à des pratiques incestueuses qu’à des pratiques pédophiles dites extérieures . D’où peut-être une moindre crainte dans les établissements scolaires vis à vis des enseignants et personnels féminins. Je pense très sérieusement d’ailleurs que la féminisation du métier (aujourd’hui majoritaire) tient beaucoup à l’idée de préservation des enfants vis à vis de la pédophilie. Dans une société française encore très machiste, la fenêtre d’employabilité des femmes et d’accès à une profession stable et décemment rémunérée comme l’est le secteur enseignant n’est pas due au hasard. On peut aussi dire que l’éducation des enfants étant considérée encore trop souvent socialement comme devant relever uniquement de l’investissement féminin, surtout en ce qui concerne les établissements scolaires primaires, maternelles, le personnel enseignant et scolaire sera recruté en partie sur le genre. Et d’autant plus aujourd’hui puisque ces professions sont dévalorisées et dévaluées financièrement, précarisées, ce qui détourne bien des hommes d’exercer dans ce secteur.

Maintenant, si ce choix peut limiter les risques pédophiles dans le cadre scolaire, ça ne limitera pas l’inceste dans les familles, inceste qui fait toujours autant de ravages et d’autant plus aisément qu’il n’existe aucune loi spécifique pour ce crime, même si une tentative avait été posée en 2010 puis défaite en 2011 (essentiellement parce que cette loi aurait amené plus d’arrestations et de procès en Assises, d’oppressions en prison pour les criminels qu’il n’y en a aujourd’hui, et ce dans tous les milieux sociaux : ce qui était une menace immense pour bien des citoyens encore largement impunis vis à vis de ces crimes, ou seulement punis en correctionnelle).

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