Parution : 4 juin 2015
Humanités

Les syndicats de professeurs du second degré ont été quasi unanimes pour faire grève, le mardi 19 mai dernier, contre la réforme du collège. Celle-ci prévoit notamment la suppression des options traditionnelles de latin et de grec. Elles seront remplacées par une initiation aux langues et cultures de l’Antiquité, dans une optique interdisciplinaire (source : 6Medias, 18-05-2015).

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Il y a là, évidemment, un grand péril pour nos humanités classiques. Latin et grec ne sont pas des langues mortes, comme on le dit péjorativement, mais des langues anciennes, qui irriguent la grande majorité des langues européennes. Même l’anglais, qui n’est pas menacé par la réforme et qui devient à son tour, après le latin, une langue internationale, donc incontournable, est tributaire pour au moins 50% du latin. A fortiori pour les langues dites « latines » : comment peut-on apprendre sérieusement l’espagnol ou l’italien, par exemple, si on ne connaît pas le latin ?
On veut situer l’étude de ces deux langues dans celle de leur contexte de civilisation. Évidemment ce sera plus facile pour les élèves, car ainsi diluées, il ne sera plus nécessaire pour les apprendre de faire preuve d’autant de rigueur. On oublie que développer cette dernière est, ou devrait être la vertu essentielle de l’école. Sans exagérer, on peut dire que l’étude vraie du latin, non diluée dans le flou de la « civilisation », est une excellente préparation à celle des mathématiques.
Au reste, toutes les notions civilisationnelles sont contenues elles-mêmes dans une langue, qui les reflète en profondeur : simplement il faut savoir les y voir. Ce n’est pas faire injure aux professeurs d’histoire que de dire que l’étude d’une langue doit relever de professeurs qui lui sont spécifiquement formés. La fameuse « interdisciplinarité » ne clarifie rien à cet égard.
Au fond, cette réforme choisit la facilité. Censée « améliorer le niveau général des élèves », elle abaisse le niveau de ce qui est exigé d’eux. Les statistiques de « réussite » y gagneront peut-être, mais ce ne sera là qu’un cache-misère pour masquer l’indigence du fond. Et encore une fois on soumet l’école au lit de Procuste de l’égalitarisme.

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Humanités 5 juin 2015 22:11, par eliane

"Comment peut-on apprendre sérieusement l’espagnol ou l’italien, par exemple, si on ne connaît pas le latin ? " écrivez vous .
Cela me laisse très dubitative .Les plus mécontents de cette réforme (il y a toujours des mécontents dès qu’il y a une réforme ) doivent être les cathos intégristes ...

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Humanités 5 juin 2015 08:36, par Françoise

Bonjour Michel

Je crois au contraire qu’il y a dans la réforme une volonté différentialiste et pas du tout égalitariste. Car les jeunes de riches familles pourront toujours avoir accès à ces options dans le privé, mais comme l’option aura été retirée dans le public, elle ne sera plus accessible aux jeunes de milieux sociaux plus modestes et populaires ne pouvant payer l’école privée. Or si vous observez bien sociologiquement ce qui s’est passé quant à ces options par le passé : les familles modestes qui ont choisi ces options pour leurs enfants, comprenaient bien que ces options leur garantiraient un accès plus tard à des écoles, des milieux plus élevés professionnellement, donc potentiellement à un statut social supérieur. Ce qui voulait dire pour la famille, un espoir de progresser socialement.
Mais, vous pouvez remarquer qu’à partir de la réforme du collège unique, l’objectif politique a toujours été de fermer des portes éducatives aux plus pauvres pour les cantonner à nouveau dans une éducation scolaire ne dépassant pas le minimum. Rappelez-vous en 1979, la destruction policière et de nuit de l’université populaire de Vincennes (permettant aux ouvriers et employés modestes d’avoir accès à des cours le soir et des diplômes universitaires) sur la demande de Giscard d’Estaing par la police de l’époque. Ce n’était pas qu’un symbole, c’était vraiment une volonté politique de retourner à une vision éducative inégalitaire et réservée aux plus riches. L’OCDE qui donne les orientations depuis plusieurs décennies accélère le processus depuis 30 ans et chaque nouvelle réforme a pour but d’empêcher l’accès à l’instruction de qualité pour tous. C’est visible à tous les étages de l’enseignement. Et se rajoute à cela une vision commerciale et comptable de l’enseignement (classes regroupées, disparition d’écoles rurales, limitation du recrutement professoral, précarisation et dévaluation constante du métier), le système d’écoles ghettos, les passes droits du privé. Ce qui achève de fermer l’éducation de qualité à l’ensemble des jeunes citoyens français.
Et c’est parfaitement voulu politiquement parlant, par l’oligarchie qui détient le pouvoir économique, médiatique et politique. Tout pour eux et leurs enfants qui doivent garder entre leurs mains le pouvoir et de moins en moins pour les autres familles. C’est la même chose pour l’accès aux soins de santé. Et je trouve ça particulièrement grave et désolant, dans une société française qui prétendait justement à un système égalitaire issu à la fois des combats de la Résistance mais aussi des Lumières.

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