Parution : 10 juin 2015
Suicide

L’écrivain et académicien Max Gallo, 83 ans, a annoncé jeudi qu’il était atteint de la maladie de Parkinson, estimant à cette occasion que « nous avons toujours la liberté d’en finir avec nous-mêmes. » (Source : AFP 28/05/2015)

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Je trouve cette déclaration très honnête, et remarquable de la part d’un homme qui s’affirme chrétien. Reconnaissant que ce point de vue était « contesté, contestable et discutable », il a souligné que là était une « liberté qui nous est donnée », et « une manifestation de la sollicitude de Dieu, qui en donnant cette liberté dit aussi qu’on peut y renoncer » (même source). Nous sommes loin de l’anathème jeté depuis longtemps par l’Église sur les suicidés, qu’on refusait d’enterrer chrétiennement parce qu’ayant manqué de cette vertu cardinale qu’est l’espérance. Dans Le Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc, Péguy fait dire à son héroïne que n’y aurait-il qu’un seul damné sur la terre, ce serait Judas, non point pour avoir trahi Jésus, mais pour, l’ayant fait, être ensuite allé se pendre, donc ayant manqué d’espérance en la mansuétude de Dieu. Et dans Le Porche du mystère de la deuxième vertu, l’espérance est présentée comme la vertu la plus importante. Effectivement on qualifie souvent celui qui met fin à ses jours de « désespéré  ».
Les Anciens considéraient le suicide, non pas comme une lipotaxie, un abandon de poste ou une désertion, mais comme la voie de la liberté. C’est ce que pensaient, par exemple, Cicéron méditant sur le suicide de Caton d’Utique, et ensuite Sénèque. Voyez, de ce dernier, citant Épicure : « Il n’y a aucune nécessité de vivre dans la nécessité » – In necessitate vivere necessitas nulla est. (Ad Lucilium, I, 12) Et quand on n’avait pas le courage de se tuer soi-même, on se faisait tuer par un proche, un esclave, un ami, etc. Voyez là-dessus le film de Bresson, Le Diable probablement (1977), qui reprend ce scénario.
Il est barbare, au nom d’une prétendue sacralité de la vie, donnée par Dieu et que seul Dieu peut reprendre, d’exclure cette option. Pour revenir à nos vertus cardinales ou théologales, je dirai que le suicidé manque peut-être d’espérance, mais ceux qui le condamnent a priori manquent de charité.

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Bonsoir MT. 12 juin 2015 00:05, par Agnès GOUINGUENET

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Le suicide, je connais puisque je suis rescapée d’un "burn-out". Ce n’est pas que l’on manque d’espérance, c’est qu’il existe très certainement un dysfonctionnement, heureusement passager en ce qui me concerne, au niveau de la biochimie cérébrale, du fait de ce que l’on nomme désormais l’épuisement professionnel. On est tellement mal, qu’il faut que cela cesse ; à mon avis, c’est une urgence médicale +++ ; il faudrait que tous les médecins généralistes connaissent ce terrible passage à l’acte pour le dépister et le prévenir ; il suffit de prendre du repos et tout va mieux.
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Il existe également des tendances suicidaires d’origine psychiatrique ; là, c’est plus délicat car il y a souvent des rechutes. Ce sont des maladies assez chroniques ; mais on fait des progrès quant la la pharmacopée.
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Vous parlez de suicide brutal, comme fut le mien (j’ai fait un "saut périlleux royal", dans un ravin, au Parc du château de Pau, non loin de Gaston Phoebus, tout près d’HenriIV) ... "classe" quand même :) Mon ange gardien avait les ailes très solides ce jour là ! Pas de séquelles ... cette chance inouïe ...
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Mais il en est bien d’autres, qui sont des attitudes suicidaires et arrivent à la même fin, la mort (alcool, tabac, drogues diverses, excès alimentaires en tous genres ...).
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Ce n’est pas un manque d’espérance ; c’est un trop plein de souffrance. Question de seuil de tolérance, différent d’un individu à l’autre.
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Rien à voir non plus avec la lâcheté ; car il faut du courage pour se suicider.
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Montherlant ...
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N’oublions pas non plus que l’instinct de survie peut disparaître ; là encore, c’est de la pathologie probablement.
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Quant à la grande vieillesse, au grand handicap (Max Gallo n’est pas le seul dans ce cas-là ; regardez les maisons EHPAD !), il existe un moment où le ressort de vie lâche ; est-ce vraiment de la liberté ?
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Car il faut bien mourir ...
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A bientôt.
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AGG à MT.

Voir en ligne : http://blogs.mediapart.fr/blog/agne...

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Suicide 11 juin 2015 22:30, par Françoise

Bonsoir Michel

Sur ce sujet ô combien délicat, je vous conseille un très beau livre d’une écrivaine que j’aime beaucoup : la dernière leçon de Noëlle Châtelet. Sa maman a choisi de mettre fin à ses jours et Noëlle raconte ce qui s’est passé, comment sa mère l’a aidée à apprivoiser sa mort prochaine.

Je vous passe l’entretien qu’elle avait accordé au magazine Psychologies lors de la sortie du livre. Ca vous donnera peut-être envie de le lire (il est dispo en livre de poche). Son propos rejoint celui de Max Gallo, donc je pense que vous y serez sensible.

http://www.psychologies.com/Moi/Epreuves/Deuil/Interviews/Noelle-Chatelet-Ma-mere-m-a-aidee-a-apprivoiser-sa-mort2

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- Dans la rubrique: Le blog du Sacristain

Le dernier livre de Michel Théron, Sur les chemins de la sagesse, est disponible sur commande en librairie, ou directement sur le site de son éditeur BoD https://www.bod.fr/livre/michel-theron/sur-les-chemins-de-la-sagesse/9782322080823.html (248 pages, 9,99 euros)

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