Parution : 26 juin 2015
Économie

J’ai vu l’excellent film de Stéphane Brizé, La Loi du marché, qui a été présenté en sélection officielle pour la compétition du dernier Festival de Cannes. On y voit un licencié « pour raison économique », obligé pour survivre de prendre un emploi de surveillant dans un supermarché, donc d’espionner les clients dont certains lui ressemblent par une identique pauvreté, qui les contraint parfois à voler dans les rayons. Il est donc transformé en ennemi de personnes de sa propre classe sociale. Tout cela jusqu’à un ultime sursaut de dignité : dans la dernière séquence du film il refuse enfin ce travail alimentaire et déshonorant.

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Le système économique ici dénoncé, celui du capitalisme sauvage et sans lois, est prodigieux de perversité, en ce qu’il oppose entre eux les exclus du travail. Ils sont pris dans une lutte pour la survie, qui les fait se battre contre ceux-là mêmes qui sont réduits au même état qu’eux. J’ai pensé aussi à Rosetta, ce film des frères Dardenne sorti en 1999, et qui a remporté la Palme d’or la même année à Cannes. L’héroïne, pour survivre, dénonce pour malversation un collègue de travail qui pourtant lui manifeste beaucoup de bienveillance : simplement elle veut prendre sa place. Sa rédemption n’est esquissée qu’à l’extrême fin du film, où le dernier plan la montre, pour la première fois, le visage en larmes face à cet « ange » qu’elle a dénoncé et remplacé. Peut-être, pleurant, sera-t-elle spirituellement sauvée...
En tout cas, l’obscénité du système économique dominant réside dans la totale déshumanisation des dominés, qui au lieu de le contester par réflexion froide s’entredéchirent par instinct de survie pour avoir simplement du travail. Ils pourraient méditer en la transposant, et tous les citoyens avec eux, l’essentielle phrase désaliénante de Jésus : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat. » (Marc 2/27) Remplacez la « Loi du sabbat » par toutes les autres « Lois » factices qui sont supposées peser sur nous, et spécialement par la « Loi du marché » : « L’économie a été faite pour l’homme, et non l’homme pour l’économie ». Quand le comprendra-t-on ?

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Économie 2 juillet 2015 13:47, par Françoise

Bonjour Michel

Il y avait déjà eu une scène similaire dans The Full Monty, le film de Peter Cattaneo. L’ouvrier d’usine métallurgique au chômage qui devient vigile en supermarché s’appelle Dane. Et il est contraint de poursuivre un copain interprété par Robert Carlyle qui veut voler une veste noire pour assister dignement à l’enterrement de la mère d’un proche. Finalement, les deux amis vont voler chacun une veste et s’enfuir du supermarché pour aller à l’enterrement de la mère de leur ami. La scène est à la fois émouvante et terrible puisque Dane qui vient de retrouver cet emploi, si terrible soit-il, le perd par amitié pour ses amis.

Dans la réalité, beaucoup de gens travaillant en supermarché ou dans des métiers précaires aujourd’hui sont des déclassés sociaux. Si autrefois seuls les peu diplômés ou personnes ayant peu de formation, travaillaient dans la grande distribution, il n’en est plus de même depuis déjà une bonne quinzaine d’années. Sur bon nombre de jeunes diplômés hommes et femmes travaillant déjà durant leurs études et occasionnellement en supermarché, il y a un pourcentage de plus en plus élevé d’entre eux qui ne trouvera pas d’autre opportunité d’emploi malgré de bons diplômes, une bonne formation de départ. Pour nous les femmes lorsque nous perdons notre emploi dans quelque secteur que ce soit, c’est souvent le seul travail immédiat que nous pouvons retrouver. Et une fois mis le pied dans ce type d’entreprise, de par des horaires difficiles, des conditions de travail assez dures lorsqu’il s’agit de manutention et de mise en rayon de produits, les contrats précaires, beaucoup de mi-temps, il est très compliqué d’en sortir. Ce qui constitue un engrenage de précarité et de pauvreté, de déclassement aussi car de plus en plus de gens de la classe moyenne vivent ces situations et vivent par conséquent moins bien, voire découvrent en intégrant ces entreprises la pauvreté alors qu’ils sont issus au départ d’un milieu aisé. Dans le film de Brizé, c’est un homme en fin de carrière qui retrouve un emploi de vigile. Ce qui constitue également pour lui un déclassement professionnel mais aussi social. Avec l’image d’une dégradation personnelle, l’impression d’être pris en otage par l’entreprise de par la nécessité où il se trouve ; il y découvre un monde ultra violent où il doit lui aussi être acteur de cette violence, simplement pour de la survie. Ce que connaissent de plus en plus de cinquantenaires hommes et femmes ayant travaillé dans le privé et ayant été licenciés à la cinquantaine ou entre 45 et 50 ans.
Le système économique marchant au jeunisme dans certaines grosses sociétés, tout ce qui ne correspond pas à un profil d’homme jeune et cadre dynamique est balayé et licencié. Parce que la personne si compétente et performante soit-elle coûte trop cher, donne de l’entreprise une image trop mature, donc moins dynamique et que les actionnaires de l’entreprise et les dirigeants veulent plus de parts de bénéfices.

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Bonjour cher MT. 1er juillet 2015 10:40, par Agnès GOUINGUENET

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Pensez-vous vraiment qu’il s’agisse de compréhension, de réflexion, de raison, quand on met face à face un-e boulimique et une personne douée de normo-appétence ?
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Les drogués et autres accrocs à l’hyper-consommation (pour eux et non pour les autres) sont capables de tuer père et mère, frères et soeurs, pour avoir tout. Et leur perversion n’a pas de limite. Par exemple, créer des conflits entre les gens pour leur vendre des armes à chacun, ou pour abuser de leurs faiblesses.
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C’est la vie humaine, parfois tant déshumanisée. Pourquoi y a-t-il donc des lois et des tribunaux ? Pour tenter de protéger les bons des méchants ; et il n’est pas toujours facile de les différencier ... L’habit ne fait pas le moine ...
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Joli mercredi.
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AGG.

Voir en ligne : http://blogs.mediapart.fr/blog/agne...

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