Parution : 1er juillet 2015
Moralité

Elle n’est pas la vertu première de nos hommes politiques. Je pense à la récente escapade à Berlin de notre Premier ministre, qui a utilisé avec ses enfants un avion servant aux déplacements officiels, voyage payé par conséquent sur deniers publics, pour assister à un match de football. Pour excuser cette faute, on a d’abord eu recours à un pathétique commentaire du Président de la Fédération européenne, qui a prétendu que le Premier ministre devait le rencontrer à cette occasion : on a voulu transformer un voyage d’agrément en voyage officiel. Mais ensuite, comme manifestement demeurait l’idée d’une faute, notre Premier ministre s’est publiquement excusé, offrant même de rembourser le coût du voyage de ses enfants. Il a dû penser aux déclarations de repentance que font souvent les présidents des États-Unis d’Amérique, pensant s’attirer ainsi le pardon des citoyens. Un adage dit bien que faute avouée est à moitié pardonnée.

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Or le problème n’est pas dans la vertu absolutoire de l’excuse, mais dans la possibilité du fait lui-même. Comment un homme politique peut-il avoir l’idée même de puiser sur le budget de l’État, à la sauvegarde duquel il devrait veiller, pour satisfaire une envie personnelle ? Nous sommes bien loin ici du Général de Gaulle, qui à l’Élysée payait ses notes d’électricité avec ses propres deniers. La République devient ainsi, selon le mot de Montesquieu dans De l’esprit des lois, une « dépouille » dont on profite sans scrupule, une fois oubliées « vertu » et moralité civique.
Grande est la tentation aujourd’hui pour les hommes politiques, non plus de servir l’État, mais de s’en servir et de se servir. Ils se sont professionnalisés, et leur carrière dure toute une vie. Pour eux on ne parle plus d’ailleurs d’« indemnités », mais de « rémunération ». Et qu’on ne me dise pas que l’exemple du Falcon ministériel est petit. Symboliquement il est très grand. « Les nations meurent, a dit Giraudoux, d’imperceptibles impolitesses. » Car une fois en si bon chemin, où s’arrêtera-t-on ? Voyez Le Lion et le Rat, de La Fontaine : « Une maille rompue emporta tout l’ouvrage. » C’est dans les détails qu’on voit l’essentiel : en eux, dit-on, se loge le Diable.

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Moralité 9 juillet 2015 19:34, par Dominique

L’usage du Falcon est transgression majeure comme le vol, le doigt dans le pot de confiture ! Prendre l’avion particulier de la République avec ses enfants, O suprême régression et cadeau royal aux gamins ! Je me souviens avoir pris un Glam avec un ministre pour aller à Bruxelles et cet épisode dérisoire reste mon plus beau souvenir des privilèges républicains au sommet. Me souviens aussi avoir volé une petite cuillère vermeille (presque en or) à l’Hôtel de Lassey, toujours dans cet esprit provocateur. J’aurais aimé que les petites cuillères de la République soit en inox...

C’est pourquoi je suis désormais monarchiste ou royaliste (ou les deux) car quand votre famille règne depuis des siècles, voler une petite cuillère, voyager en Falcon n’a aucun sens. Mais l’exception confirme toujours la règle morale...

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Moralité 7 juillet 2015 12:47, par Françoise

Le phénomène ne date pas d’aujourd’hui hélas.
Les différentes oligarchies qui se sont servies sur les deniers publics sont légions en France et ailleurs. Ne parlons pas des empereurs et des rois...
C’est d’ailleurs pour ça que les chansonniers se sont toujours régalés à dénoncer ces abus. Et c’est aussi pourquoi l’opérette la Fille de Madame Angot reste toujours un grand succès au théâtre. La chanson politique d’Ange Pitou y montre là aussi, l’étendue des vices de ceux qui nous gouvernent.
Valls et Macron auraient pu s’appeler Larivaudière...

Extrait : Pour épuiser la France entière, les rois avaient des financiers
Et Barras a Larivaudière qui paie tous ses créanciers.
Mais...ce que l’on ne dit guère c’est qu’en dépit des tribunaux
Barras paie Larivaudière avec les biens nationaux...

Voilà comment cela se mène, c’était pas la peine, c’était pas la peine,
Non pas la peine assurément de changer de gouvernement.
Voilà comment cela se mène, c’était pas la peine, c’était pas la peine,
Non pas la peine assurément de changer de gouvernement

Et la chanson en bonus !
https://www.youtube.com/watch?v=o0zuL86Bhok

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Oui, cher MT. 1er juillet 2015 19:18, par Agnès GOUINGUENET

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Entièrement d’accord avec votre billet. Cette histoire de "caprice" est réellement "shocking" ! D’autant que ce n’était même pas pour soutenir le PSG ! :)
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C’est inouï ce que certaines personnes prennent comme risque ! Cet écart a certainement plombé sa carrière politique. Car qui vole un oeuf, est capable de voler un boeuf.
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Merci à vous d’évoquer Charles de Gaulle. O tempora, o mores. Etait-ce mieux du temps de Cicéron ? ...
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Adiskidetasun (amitié en basque de Bayonne).
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AGG.

Voir en ligne : http://blogs.mediapart.fr/blog/agne...

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