Parution : 16 juillet 2015
Du Sud au Nord, François aux Amériques

Le 30 juin dernier, la salle de presse du Saint-Siège a dévoilé les programmes des voyages que François effectuera dans les mois prochains. Du 5 au 12 juillet(1), le pape argentin sera comme chez lui : il visitera l’Equateur, la Bolivie et le Paraguay. Deux mois plus tard, du 19 au 28 septembre(2), l’avion papal reprendra la même direction mais largement plus au nord : l’évêque de Rome se rendra à Cuba puis aux Etats-Unis. Deux voyages hallucinants pour ce quasi-octogénaire (il aura 79 ans en décembre) mais importants pour ce pontificat et même la vie de l’Eglise.

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Très attendu en Amérique latine, de Quito (Equateur) à Asunción (Paraguay) en passant par Santa Cruz (Bolivie), le pape Bergoglio souhaite montrer sa sollicitude pour ces peuples d’une grande pauvreté, tant évoquée dans Laudato si’. Ce n’est pas un hasard s’il assistera à la deuxième rencontre des Mouvements populaires, qu’il a « bénis » l’automne dernier à Rome (cf. Golias Magazine n° 160), à Santa Cruz le 9 juillet. Il y fera d’ailleurs un discours qui sera écouté par la planète entière (surtout aux USA). Lors de ce voyage, il en prononcera onze autres et prêchera cinq fois. François y retrouvera également le président bolivien, Evo Morales, avec qui il pourra mâcher de la coca : il souhaite partager cette culture indienne multiséculaire, une agriculture menacée – en raison de son lien avec la cocaïne – mais qui fait pourtant vivre toute une population.

Ces Mouvements populaires ne manqueront pas de remettre au pape argentin un certain nombre de « revendications ». Ces dernières lui seront très utiles, comme nous le verrons plus loin. Musiques, langues précolombiennes, c’est un peu son pays natal que retrouvera François, et c’est la raison pour laquelle il terminera son voyage latino au Paraguay, lequel est très proche de l’Argentine.

Le Paraguay avait besoin de la visite du pape ; l’épiscopat y est en pleine reconstruction. Nous avions évoqué dans ces colonnes les frasques de Mgr Livieres Plano, évêque opusien de Ciudad del Este (cf. Golias Hebdo n° 349). Détournement de 300.000 $ destinés aux pauvres, protection d’un vicaire général pédophile et d’un curé tortionnaire sous Pinochet – Mgr Livieres Plano est lui-même Argentin –, François avait démissionné l’évêque « mafieux »(3) (qui n’a jamais prétendu renoncer de lui-même) fin septembre dernier et le Saint-Siège s’était fendu d’un communiqué. En effet, Mgr Livieres Plano avait insulté quantité de ses confrères, dont Mgr Cuquejo Verga, archevêque (à présent émérite mais pour raison d’âge) d’Asunción. Homosexuels, théologiens de la Libération, voilà comment l’évêque de Ciudad del Este décrivait ses confrères et les discréditait – dans les médias et à Rome –, ceci car Mgr Cuquejo Verga s’était interrogé. Il ne comprenait pas, de fait, comment le vicaire général pédophile de Ciudad del Este pouvait toujours être en place et même défendu par son évêque, quand bien même les preuves accablantes contre lui… A l’heure où nous écrivons, la justice continue d’investiguer : Mgr Livieres Plano a laissé 800.000 $ de dettes – une somme considérable dans ce pays si pauvre –, vendu en 2013 deux parcelles (400.000 $ et 202.000 $) sans l’approbation de son conseil épiscopal… La liste est longue.

En septembre, cap sur La Havane (le 19) et Holguin (le 21). Quelques mois après l’accord historique entre Cuba et USA avec le Vatican comme facilitateur, François voulait absolument s’y rendre avant même d’atterrir aux Etats-Unis. D’une part, car le blocus nord-américain a toujours révolté Jorge Bergoglio : à ses yeux, c’était non pas condamner le marxisme castriste mais appauvrir une population qui ne roulait déjà pas sur l’or ; d’autre part, pour cette même population qu’il estime martyrisée et qui n’a jamais flanché. Puis, viendront six jours intensifs à Washington, New York et Philadelphie, où François débarquera comme un migrant. Dans chacune de ces villes, le pape argentin prononcera plusieurs discours dont trois retiendront particulièrement l’attention.

A Washington, le discours au Congrès majoritairement républicain (le 24) virera-t-il à la foire d’empoigne ? L’évêque de Rome n’y mâchera sans doute pas ses mots, comme devant le Parlement européen à l’automne dernier (cf. Golias Hebdo n° 362), et ne manquera sûrement de rappeler aux climato-sceptiques qui y siègent en grappes quelques vérités environnementales et l’implication de l’Homme dans le réchauffement climatique. Mais pas seulement. Il en profitera sans doute aussi pour porter devant eux les demandes des Mouvements populaires rencontrés plus tôt en Bolivie, lesquels pointent les grands groupes pétroliers, pharmaceutiques et financiers qui déforestent les forêts du Sud et transforment les paysans en esclaves à cause des OGM stériles qu’ils leur vendent.

A New York aussi, à l’ONU (le 25), François rappellera que l’Homme asservi par l’Homme ne saurait représenter un avenir pour cette planète. Le « pape vert » y fera un vibrant appel pour une écologie intégrale, donc humaine, « tout [étant] lié », et rossera les pays du Nord en raison de leur égoïsme et de leur divinisation de l’argent. Mais pas seulement. Le genre, l’IVG, l’euthanasie y seront aussi évoqués et l’anthropocentrisme des cultures occidentales dénoncé. Alors que la Cour suprême a adopté le 26 juin dernier le mariage gay pour tous les États de l’Union, François ne devrait pas mettre sa langue dans sa poche. Il est fort probable qu’il aura déjà évoqué cette question au Congrès comme il l’abordera assurément à Philadelphie à la VIIIe rencontre mondiale des Familles (le 27). Ce discours sera scruté à la loupe à sept jours du second Synode sur la Famille (4-25 octobre). Bien sûr, le pape jésuite devrait, selon toute vraisemblance, y faire l’apologie de la famille traditionnelle. Mais pas seulement. Une rencontre et une déclaration, le 30 juin dernier, nous indiquent quels seront les thèmes abordés par le pape aux USA et dans quel sens il souhaite aller.

Le 30 juin dernier donc, le très modéré archevêque de Chicago, Mgr Cupich, a célébré la messe à Sainte-Marthe avec l’évêque de Rome(4). La veille, ce dernier avait béni les palliums d’archevêque lors de la célébration des saints Pierre et Paul sans les leur remettre. Depuis cette année, en effet, ceux-ci sont apposés sur les épaules des archevêques par les nonces apostoliques en présence des fidèles et des évêques suffragants, dans les cathédrales archidiocésaines et patriarcales. Interrogé au sujet de la décision de la Cour suprême en faveur du mariage gay(5), Mgr Cupich déclara : «  L’Église catholique américaine ne doit pas réagir avec véhémence à la suite de la décision de la Cour suprême qui a légalisé le mariage des homosexuels à l’échelle nationale, mais elle devrait plutôt se concentrer pour pouvoir travailler ensemble sur le rythme rapide des changements sociaux (…). Mon souci est que nous n’allions ni dans un sens ou dans un autre en termes de réaction, mais que nous faisions vraiment preuve de sérénité et de maturité sur la façon dont nous pouvons aller de l’avant ensemble. » L’archevêque de Chicago, par cette déclaration, se démarquait nettement de la position outrancière de la Conférence épiscopale des Etats-Unis (USCCB) et de son président, le très conservateur archevêque de Louisville, Mgr Kurtz, lequel estima que la décision de la Cour suprême était une « tragique erreur qui nuit au bien commun et aux plus vulnérables d’entre nous »(6). Mgr Cupich, dans cette même déclaration, enfonça même le clou en défendant peu ou prou l’Affordable Care Act, tant honnie par les conservateurs du Congrès et furieusement par une bonne partie de l’épiscopat nord-américain, en raison des remboursements de pilules contraceptives et de l’IVG…

Enfin, l’archevêque de Chicago appela ses confrères à une « réflexion sereine et mûre » sur les mariages LGBT, notant au passage que le respect des personnes homosexuelles dont parle le Catéchisme de l’Église catholique «  doit être réel, pas rhétorique (…). L’Église doit étendre son soutien à toutes les familles, peu importe leur situation, en reconnaissant que nous sommes tous ensemble dans le voyage de la vie sous le regard attentif d’un Dieu d’amour  ». Une déclaration qui fut prononcée après les deux échanges qu’il a eus avec le pape argentin – lequel devait donc sans nul doute en connaître la teneur –, le vendredi 26 juin en audience privée(7) (jour de la décision de la Cour suprême) et le 30 au matin.

Des voyages et des thèmes qui s’imbriquent donc les uns aux autres et sur lesquels nous ne manquerons pas de revenir le moment venu. Des voyages éprouvants, à quelques semaines et jours d’un Synode qui devrait l’être tout autant. Sans compter l’exhortation apostolique qui s’en suivra et l’Année sainte de la Miséricorde. François se dépêche, il n’a pas de temps à perdre. Cela tombe bien : l’Église non plus…

Notes :

1. http://www.news.va/fr/news/voyage-du-pape-en-amerique-latine-le-programme-dev

2. http://www.news.va/fr/news/le-pape-a-cuba-et-aux-etats-unis-un-voyage-dense-e

3. http://www.periodistadigital.com/religion/america/2015/06/28/investigan-posibles-desfalcos-en-la-gestion-de-monsenor-livieres-religion-iglesia-paraguay.shtml

4. http://ncronline.org/news/faith-parish/chicago-archbishop-church-should-work-through-social-changes-together

5. Mais qui continue d’approuver les injections létales pour les condamnés à mort : http://www.courrierinternational.com/article/etats-unis-la-cour-supreme-en-faveur-du-mariage-gay-et-de-la-peine-de-mort

6. http://www.usccb.org/news/2015/15-103.cfm

7. http://www.news.va/fr/news/262198

4 commentaires
Du Sud au Nord, François aux Amériques 22 septembre 2015 15:25, par famvict

Les discours à New York, et surtout à l’ONU, sont effectivement à suivre avec attention .
Il ya en effet un risque de fort vent qui devrai provoquer de nouvelles ’’soufflantes’’....

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Du Sud au Nord, François aux Amériques 17 juillet 2015 19:31, par Alain

Vous ne parlez pas de la canonisation du bienheureux Junepero Serra, évangélisateur de la Californie. Confirmez-vous ?

Les Républicains tendance WASP ont marqué leur désaccord : Ce Serra aurait été trop colonialiste, tandis que les américains "de souche" auraient été exemplaires avec leurs indiens.

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