Parution : 21 juillet 2015
« Vies consacrées, une prévision encore plus alarmante ? »

Golias Magazine n°162-163 juin 2015 vient de paraitre. En point d’orgue une « radioscopie » de Joseph Moingt « théologien en liberté ». Moins apparent, pages 100 à 103, l’appel du Professeur Marcel Metzger de la faculté de théologie catholique de Strasbourg à nos évêques pour l’ordination d’hommes mariés : « La situation du ministère presbytérale se dégrade si rapidement qu’il est urgent de réagir en innovant ».

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En pied de l'article.

Coïncidence dans ce même numéro, Pierre BLANC, ordonné prêtre en 1984, (après la vague des « départs » officiellement terminés sous l’ère Jean Paul II), témoigne des circonstances qui l’ont « réduit à l’état laïc »… sans droit aux sacrements.... A la question sur l’abrogation du célibat, il répond : « ‘la crise des vocations’ ne sera pas résolue pour autant si l’on reste figé à un modèle de prêtre hérité des derniers siècles ». Après la publication de son livrei les réactions ont été diverses : « j’ai reçu beaucoup de témoignages de personnes me remerciant pour avoir eu le courage d’écrire (…) me racontant alors les difficultés avec leurs prêtres : leur fermeture, leur autoritarisme. Nous vivons dans un climat de repli identitaire, de communautarisme ».
Coïncidence encore l’explication du théologien José Comblin pages 98 et 99, sur le processus ayant conduit à la sacralisation du prêtre. Coïncidence enfin notre article dans ce numéro « Vies consacrées : chroniques d’un déclin annoncé ». Les graphiques font état d’un déclin amorcé dès la fin du XIXème et donc antérieur à Vatican II et à mai 68…
En troisième partie de ce dossier, nous nous voulions optimiste par l’énoncé d’une stabilisation en nombre des prêtres diocésains d’ici 2030 : « autour de 10 000 (8000 plus vraisemblablement mais avec seulement 3000 à 4000 diocésains âgés de moins 60 ans, optimisme oblige… dont une part non négligeable venant d’Afrique, et de l’Europe de l’Est ?) ». Nous y mettions une condition : 90 ordinations par an mais voilà qu’ils sont « seulement » 68 en 2015 !
Les impératifs d’édition n’ayant pas permis la publication d’un graphique sur les diacres permanents, le présent article tout en comblant cette absence apportera une approche plus localisée et ciblée des pénuries auxquelles sont confrontées les évêques de France. Tout en confirmant l’urgence d’une réaction « innovante » pour reprendre le « cri » du Professeur Marcel Metzger.
Quarante ans de déficit presbytéral
Tout d’abord il convient de rappeler le graphique des ordinations diocésaines par décennie de 1871 à 2020. Au XIXème après la Révolution, les ordinations atteignent leur maximum au cours de la décennie 1871-1880. Si nous tenons compte des périodes de rattrapage après les deux guerres mondiales, un léger sursaut est constaté de 1921 à 1950. Mais ensuite la chute va être rapide pour un étiage (espérait-on) de 1170 ordinations au cours de la décennie 1971-1980. C’est d’ailleurs autour du millier que sont comptées par décennie, les ordinations diocésaines de 1981 à 2020 ; mais ces décomptes nationaux font l’impasse des réalités sur le terrain. Ainsi quatre diocèses n’ont plus que des prêtres retraités, de nombreux autres n’ont pas connu d’ordinations sur plusieurs années… ce sont alors les plus actifs pour promouvoir des diacres permanents, et donc des ministères « d’hommes mariés »…

A l’arrivée de Jean Paul II, le déclin devait être terminé, les vocations « sacerdotales » (et non presbytérales…) ne pouvaient que reprendre : plus de quarante années s’étant écoulées, le déclin est toujours d’actualité.

Les deux premières décennies du pape polonais, ont pu laisser penser que la remontée serait possible à partir d’un plancher de 120 ordinations par an. Mais au tournant du millénaire cette espérance est déçue et on peut d’ores et déjà prédire une moyenne autour de 85 ordinations diocésaines pour la décennie 2011-2020.
Dans le même temps les prêtres de plus de 60 ans meurent à une vitesse de plus en plus accélérée. Le journal LA CROIX rapporte une prévision de la Conférence des Évêques pour 2024 de 4257 prêtres en activité, soit une baisse de 1549 par rapport à 2014.

Ce total national cache des pénuries « abyssales » pour reprendre le qualificatif donné au déclin constaté dans l’article de Golias Magazine. Les prêtres à PARIS et dans les grandes métropoles régionales permettent une certaine illusion. Mais dès que l’on passe dans les diocèses de la « couronne » et dans les campagnes, les effectifs presbytéraux sont en grande souffrance sauf quelques exceptions que nous n’aurons pas la malveillance de considérer comme étant d’arrière garde.
Quatre régions pour l’observation des effectifs presbytéraux et diaconaux
Pour y voir un peu plus clair, nous complétons les graphiques nationaux de Golias Magazine n°162-163 juin 2015 par les évolutions du nombre de prêtres et de diacres dans quatre régions. L’Auvergne, la Bretagne, le Languedoc-Roussillon et la Picardie choisis au hasard mais avec l’espoir de découvrir au mieux ce qui dans les statistiques nationales et urbaines est moins perceptible aux pratiquants réguliers et occasionnels.

D’abord cette constante étonnante quelque soit la croissance de la population régionale (en milliers et en noir) - croissance très diverse selon les régions- la division du nombre de prêtres par 4 de 1950 à 2010 est quasiment la même partout ! Ensuite le nombre de paroisses : identique au nombre de communes jusque dans les années 1980, donne lieu par la suite à des restructurations (ou regroupements) très différenciées…
Pour ne pas surcharger nous n’avons pas inclus dans ces graphiques la présence des religieux et religieuses. Si nous additionnons (prêtres+ religieux+ religieuses) et que nous rapportons le total à 10000 habitants de la région concernées, de 1950 à 2010 , les « célibats choisis » comme vocations privilégiées par l’Église catholique ont chuté :
En Auvergne de 48 à 11
En Bretagne de 80 à 20
En Languedoc Roussillon de 36 à 7
En Picardie de 27 à 5

On retrouve toujours la division au moins par 4 ! Notre article dans Golias Magazine souligne cependant l’absence dans les chiffres des « communautés nouvelles » et des nombreux acteurs qui sont aussi l’Église…
La troisième partie est d’ailleurs consacrée « Aux acteurs méconnus de l’Église de France »… Et lorsqu’elle traite des diacres elle expose : « Les « vocations » au diaconat « permanent » sont également et en soi, une manière de réclamer sans le dire, l’ordination de « prêtres mariés ». Le bon peuple ne voit d’ailleurs pas une grande différence entre les étoles sur robe blanche, déployées par-devant et celles portées en bandoulière ! ».
Le graphique des diacres par « région apostolique », qui n’a pas été édité, permet de visualiser la dynamique de cette nouvelle représentation de l’Église de France.

Un examen par diocèse révèle des pourcentages diaconaux en rapport aux prêtres méritant attention : le diocèse d’Agen 34% de diacres par rapport à ses prêtres, celui de Corse 40% ; par contre des diocèses comme Bayonne et Toulon Fréjus à peine 3% dans le premier et 9% dans le second. Contraste aussi entre Paris et les diocèses de la couronne : plus de 30% dans les diocèses de Banlieue, 13,6% pour Paris intra muros mais qui totalise cependant 114 diacres. Les diocèses où il y a encore des prêtres en nombre (suffisant ?) atteignent des pourcentages autour de 15% et peuvent avoir en nombre absolu les meilleurs effectifs de diacres : 51 à Vannes, 71 à Lille, 73 à Strasbourg, 64 à Lyon.
Les diocèses dont les effectifs sacerdotaux sont désormais à moins de cinquante unités, Digne 30, Langres 37, ont les scores de diacres les plus élevés 33% pour le premier, 43 pour le second, preuve que l’appel à la prêtrise d’hommes mariés est devenu urgent ?

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Pour ma part je me réjouis de ce déclin et regrettant qu’il ne soit pas plus rapide.
Moins il y aura de "corbeaux sur nos plaines" moins le pays et les esprits seront enchainés et plus la pensée libre pourra émerger. Et avec elle le christianisme vrai (à ne pas confondre avec le catholicisme romain qui n’en n’est qu’un "succès damné") pourra revivre.
Résistons donc.

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Le problème que vous ne parlez pas est que les diacres ou les vraies fausses pieuses vieilles des relais parissiaux ne veulent pas de religieux et religieux pour aider dans les paroisses .Je suis moi même religieux et une mémère curette m’a dit de ne pas mettre les pieds dans l’église du village .La religieux du village d’a coté a fait une dépréssion et est partie (elle a même quitté sa congrégation car pas soutenue par ses supérieures) .Les prêtres sont a peine toléré dans les églises et les évêques laissent faire ou encouragent .Donc la vie consacrée n’a plus de sens ni de raison d’être .

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Article intéressant à plus d’un titre, mais dont les conclusions méritent d’être remises en cause.
PREMIER POINT : LA QUESTION DE L’OBLIGATION DU CELIBAT EN ELLE-MEME :
Le célibat sacerdotal n’est pas un dogme mais une question de discipline. Cela ne signifie pas qu’il faille nécessairement abandonner l’obligation du célibat, il s’agit d’analyser la question en ayant pris en compte TOUS les aspects du problème.
Dans l’absolu, l’ordination d’hommes mariés pourrait certainement apporter des solutions d’appoints dans un certain nombre de situations particulières, à condition que toutes les conditions soient réunies (en particulier, le problème de la formation au sacerdoce). Cependant, c’est une erreur de considérer cette solution comme capable de régler le problème de la crise des vocations, qui est d’abord un problème de foi : les communautés protestantes connaissent en effet la même désaffectation et la même crise, alors même que le célibat n’existe pas. En outre, abandonner l’obligation du célibat entraînerait une foule de problèmes ayant potentiellement des conséquences graves, comme l’a démontré un article paru dans La Vie, publication peu suspecte d’intégrisme (http://www.lavie.fr/culture/livres/le-celibat-des-pretres-stop-ou-encore-12-09-2014-56072_30.php). Curieusement, les partisans de l’abrogation du célibat n’évoquent jamais ces "effets secondaires", preuve d’une forme de malhonnêteté intellectuelle cachant certainement des intentions peut-être inavouables, pour l’instant.
DEUXIEME POINT : LE PROBLEME DU CONTEXTE ET DES INTENTIONS.
On l’a vu, l’ordination d’hommes mariés ne peut être repoussée dans l’absolu. Mais en pratique, le contexte actuel montre qu’il serait pour le moins imprudent de faire une telle réforme : la crise du sacerdoce (déficiences de la formation théologique, inexistence de toute formation liturgique digne de ce nom, sècheresse spirituelle) serait alors couplée d’un coup à la crise de la famille (multiples remises en cause du sacrement du mariage traditionnel). En outre, il est étrange de constater que ceux qui prônent l’abolition de l’obligation au célibat sont en même temps ceux qui souhaitent de manière plus ou moins avouée la disparition du sacerdoce ministériel tel qu’il est définit, en Orient comme en Occident, par la Tradition la plus ancienne. Tout cela permet d’affirmer qu’il s’agit en réalité d’un faux problème, instrumentalisé par ceux qui pensent que l’Eglise telle qu’elle se vit et se comprend depuis 2000 ans doit disparaître, et être remplacée par une sorte de néo-protestantisme ultra-libéral dont même les premiers réformateurs protestants n’auraient pas voulu...

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« Vies consacrées, une prévision encore plus alarmante ? » 23 juillet 2015 17:06, par cumgranosalis

Comme vous le faites justement remarquer, le chiffre de 68 ordinations en 2015 ne comptabilise que les prêtres diocésains. Mais il faudrait y rajouter les religieux qui sont "une cinquantaine" selon le communiqué de presse de la conférence épiscopale française qu’on peut lire au lien suivant :
http://www.eglise.catholique.fr/espace-presse/communiques-de-presse/395770-en-2015-ordinations-de-pretres-et-les-engagements-definitifs-de-religieuxses/
C’est donc 120 prêtres qui sont ordonnés en France en 2015. Certes, pas de quoi pavoiser. Pas de quoi désespérer non plus. Il faudrait également remarquer que sur le total de 120, il y en a au moins 12 (4 à l’Institut Saint Martin + 8 à l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre) qui sont ordonnés pour le rite dit "extraordinaire" (alias Missel de Saint Pie V, alias "messe tradi") soit 10% du total ce qui indique une fécondité en vocations très supérieure au reste (il n’y a quand même pas 10% des catholiques pratiquants qui fréquentent la "messe en latin" !). Et ce serait encore plus si on comptait la FSSPX (mais ils ne sont pas canoniquement catholiques). Bref, la mouvance "tradi" ne manque pas de prêtres pour ses communautés, elle.Nombre d’évêques qui ont longtemps fait la fine bouche sur ce clergé généralement jeune et dynamique sont en train de changer d’avis. Et de de toutes façons ce n’est pas eux qui sont en position de force : c’est bien ces communautés qui choisissent les évêques qu’elles vont servir et pas l’inverse. Et là où elles s’implantent, les églises ne restent pas vides bien longtemps.
Alors dire que la solution est l’ordination d’hommes mariés...ne rêvons pas. Les diacres permanents dont parle l’article ont des familles, des métiers, ils ne seraient pas disponibles pour un ministère sacerdotal qui exige une disponibilité 24/7. Si on prend le diocèse de Paris, sans doute un des mieux lotis avec 116 diacres "permanents", 51% sont retraités, 49% sont "actifs", c’est-à-dire qu’ils ont un job (voir : http://www.paris.catholique.fr/apercu-du-diaconat.html). Certes ils peuvent occasionnellement donner un vrai coup de main et leur appoint est loin d’être négligeable, mais croire que l’ordination sacerdotale des diacres mariés serait une solution, c’est se payer de mots d’autant qu’ils sont généralement présents dans l’administration du temporel et des oeuvres d’Eglise, et seulement marginalement dans la célébration des sacrements ou sacramentaux (funérailles).

Voir en ligne : communiqué de la CEF sur les ordinations en 2015

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