Parution : 30 juillet 2015
Voyage

C’est l’été, le temps des voyages. Pourtant, selon le mot de Colette, ils sont faits pour ceux qui manquent d’imagination. C’est à quoi j’ai pensé en voyant le beau film de Bruno Podalydès, Comme un avion. Le héros connaît l’habituelle crise de la mi-vie, aujourd’hui entre 40 et 50 ans, où l’on perd le goût des choses, où on s’éloigne de tout ce à quoi on a cru jusque là. C’est le « Démon qui ravage à midi » des Psaumes (91/6). Alors, se souvenant de ses rêves de prime jeunesse, où il se passionnait pour l’aviation, il décide de s’offrir solitairement une randonnée en kayak : ce sera son avion à lui. On notera la sagesse de cette décision : elle a pour mérite la modestie de l’entreprise, qu’on peut réaliser à peu de frais, et la prudence aussi, car mieux vaut glisser lentement sur l’eau, que chuter de tout son haut en partant avec une jeunesse, selon le scénario populaire du « Démon de midi ».

Notre intrépide voyageur ne va pas très loin. Il s’intéresse aux menus objets et spectacles qui s’offrent à lui, et qu’il voit sous un jour nouveau, à tous ces riens qui font le tout de la vie. Peu importe que, parti de l’intérieur des terres sur ces voies d’eau paisibles, il n’atteigne jamais, comme il le voulait, la mer. Il se sera réconcilié avec la vie simple, avec tous ces plaisirs naturels et à portée de chacun que déjà Épicure préconisait de goûter. Éloge est fait à mains endroits de la paresse, et j’ai alors pensé au film d’Yves Robert, Alexandre le bienheureux. Finalement ce road movie ou cet itinéraire initiatique d’une nature particulière réconcilie le héros avec la vie élémentaire, à laquelle il s’ouvre par tous ses sens. Le film refait à sa manière cette Apologie des sens, à laquelle John Cowper Powys a consacré un admirable livre.
Au fond, l’essentiel du voyage est la rêverie dans la lenteur, le déploiement de l’imaginaire. C’est l’antidote à tous nos découragements et dépressions. On en sort pacifié. Réponse est faite, et de belle manière, à l’injonction évangélique : « Le sel est une bonne chose ; mais si le sel perd sa saveur, avec quoi l’assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres. » (Marc 9/50)

- Dans la rubrique: Le blog du Sacristain

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Michel Théron
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