Parution : 28 août 2015
Zoom sur la justice « ordinaire » de Vichy

Dans un ouvrage magistral et grâce à des archives inédites, l’historienne et chercheuse, Virginie Sansico, décrypte la justice sous le régime de Vichy.

Dans les premiers chapitres, l’historienne montre les liens organiques existants entre la IIIe République agonisante et le régime judiciaire érigé par l’Etat vichyste. Dans les années 1930, la justice se montre beaucoup plus sévère à l’encontre des menées anarchistes ou communistes assimilées au désordre social qu’avec les actions anti-démocratiques des ligues d’extrême droite. La « drôle de guerre » constitue également une étape cruciale. À coups de décrets-lois un corpus juridique liberticide se met progressivement en place comme un prélude à Vichy. Les magistrats s’approprient le nouvel arsenal répressif destiné à maintenir « l’unité nationale » et « l’ordre public ». Des objectifs qui seront largement détournés de leur sens pour mettre en œuvre une « justice politique » ultra répressive, au service de la Révolution nationale. À partir de 1940, les infractions de la parole (propos anti-français, pro-de Gaulle, défaitistes…) et autres délits d’opinion (tracts, affiches) remplissent les tribunaux correctionnels et deviennent un contentieux ordinaire. La connotation politique des infractions est réelle. L’année 1941 marque un tournant avec l’élaboration de lois anti-étrangers et antisémites, ainsi qu’une amplification de la répression pénale et politique grâce à l’appui de juristes et de chefs de cour (cf. focus). Puis la création de juridictions d’exception comme les sections spéciales avec des juges dévoués au régime en charge de la répression des communistes et des anarchistes.

Peu connue jusqu’à présent, la justice « ordinaire » de Vichy apparaît ici en pleine lumière grâce à l’étude des jugements prononcés par le tribunal correctionnel de Lyon entre 1940 et 1944 et aux témoignages de ceux qui défilent à la barre : ouvriers, militants communistes ou gaullistes, réfractaires au STO, juifs en cavale, poivrots ou simples d’esprit ayant insulté le maréchal Pétain… Des jugements qui reflètent « des visions du monde antagoniques des accusés et des magistrats » ainsi que l’absence de discernement et les préjugés idéologiques. [découvrez l’ensemble de notre article dans Golias Hebdo n°396]

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