Parution : 6 octobre 2015
Sadisme

J’ai regardé sur Arte, dans la soirée du 10 septembre dernier, une intéressante émission consacrée à l’épreuve infligée par Dieu à Abraham, lorsqu’il lui demande de lui sacrifier son fils Isaac. Le titre en était : Dieu est-il cruel ? Cette émission m’a rendu bien perplexe.

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Je sais bien que toutes les cultures ont pratiqué le sacrifice, y compris humain, pour apaiser la colère d’un Dieu qu’elles supposaient courroucé. Entre autres, il y a l’exemple d’Iphigénie sacrifiée par son père Agamemnon, pour que la flotte grecque puisse bénéficier de vents favorables et cingler vers Troie. Dans une version de cette légende, rapportée par Lucrèce, elle est effectivement sacrifiée, et le poète latin conclut : « Tant la religion a pu susciter de crimes ! » Il est vrai que dans une autre version, rapportée par Euripide, puis par Ovide dans ses Métamorphoses, au dernier moment à Iphigénie est substituée une biche – exactement comme dans l’épisode de la Genèse un bélier est finalement substitué à Isaac. Les commentateurs s’accordent à dire que l’épisode signifie la fin des sacrifices humains, et que Dieu les refuse désormais.
Néanmoins, cette histoire comporte encore beaucoup de zones d’ombre. Par exemple, comment expliquer le singulier bien singulier de la fin de l’épisode, que l’émission n’a pas relevé : « Abraham revint vers ses serviteurs » (Genèse, 22/19) ? Où est passé Isaac ? On en frémit, et assurément le texte porte ici trace d’une version selon laquelle le sacrifice aurait bel et bien eu lieu.
Les hommes ont toujours eu la tentation de satisfaire à des ordres barbares, car pour eux l’obéissance aveugle et moutonnière est préférable à la réflexion. L’actualité le montre, hélas !, bien suffisamment. Quant à l’image de Dieu qui se dégage de tout cela, c’est celle d’un Dieu sadique et pervers. Elle se trouve jusque dans l’Offertoire de la messe catholique, où le prêtre opérant le sacrifice – calqué exactement sur celui d’Isaac – dit : « Cette offrande, nous te demandons, Seigneur, de l’agréer en étant par elle apaisé (placatus) ». Si Dieu doit être apaisé, c’est bien qu’il est en colère.
Quand les hommes se délivreront-ils de ce fantôme sadique qui leur fait peur, et qui au reste est instrumentalisé par toutes les cléricatures, elles-mêmes poussées par la soif du pouvoir ?

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Sadisme 8 octobre 2015 13:35, par Françoise

Bonjour Michel

Sujet intéressant que vous abordez.
Effectivement, toutes les cultures ont pratiqué le sacrifice, y compris humain. Et peut-être plus que d’apaiser la colère des dieux ou d’un seul, il y avait l’idée de repousser les limites de l’acceptable et de ce qui ne l’était plus, pour soi et pour les autres. Dans le sadisme comme d’ailleurs dans le masochisme (les deux vont de paire), il y a une notion de performance physique, psychique et émotionnelle. L’objectif est la maîtrise, le contrôle de soi et de l’autre. Et dans la même perspective, on trouve les règles de purification, la torture religieuse de type inquisition, les parcours pénitents, l’exorcisme mais aussi je pense dans une certaine mesure les pratiques sexuelles pédophiles. Et tout ça bien sûr relié à la quête d’un pouvoir absolu prétendument divin mais en réalité purement humain et très matériel finalement.
Bien se rappeler concernant le sacrifice d’enfants que c’était un exemple pour soumettre l’ensemble de la communauté. On voit ça chez les Mayas, les Incas, les Egyptiens et pas mal de tribus dites primitives. A cela s’assortit également le cannibalisme puisque l’on croyait qu’en mangeant certaines partie du corps d’un ennemi admiré et vaincu, l’on possèderait ses qualités guerrières. Et même sans que le sacrifice aille jusqu’à la mort d’un individu, le plus souvent jeune et considéré comme sans défense, il y avait et il y a toujours le rituel initiatique qui très souvent se base sur une agression qu’elle soit une mutilation physique ou un viol, un abus sexuel. Tout ça dans un objectif de domination totale de l’individu et sous couvert d’une illumination divine, d’un gain spirituel.
L’inceste revêt aussi cet objectif de domination totale dans le cadre familial. C’est un exercice de domination absolue.
Qui nous dit qu’Abraham n’avait pas besoin, en sacrifiant Isaac et en prétendant que Dieu lui avait demandé de le lui sacrifier, de manifester ainsi son autorité vis à vis du peuple et de la communauté ? Un peu comme ces gangsters qui pour fédérer les gens autour d’eux vont tuer ou faire tuer pour l’exemple et ainsi faire peur à l’ensemble du groupe qu’ils souhaitent dominer. Et prétendre que c’est une entité divine qui leur a demandé de le faire, ça permet de ne pas assumer l’acte criminel. C’est extrêmement pratique l’argument divin. Un super alibi pour faire subir sans sourciller n’importe quelle forme de maltraitance et admettre des crimes comme nécessaires et même justes. C’est là que nous voyons l’ampleur de la manipulation dans la quête du pouvoir.
Nous en sommes conscients aujourd’hui mais c’est extrêmement récent de s’en rendre compte. Et encore, les religions au plan institutionnel n’ont toujours pas réfléchi là-dessus. Ce niveau de réflexion et d’interrogation ne les a même pas effleurées. Parce que pour ces institutions, tout ce qui peut légitimer la domination, le pouvoir sur les individus, est de toute façon positif et rentre dans leurs valeurs morales. D’où la non condamnation des parents incestueux, d’où l’absence de condamnation et la dissimulation des actes de pédophilie mais aussi la dissimulation des viols, des tortures, des oppressions religieuses sur enfants, femmes, hommes depuis des siècles et des siècles, d’où souvent plus ou moins directement un soutien aux entreprises guerrières.

L’affaire Emmanuella Orlandi n’a jamais été élucidée au Vatican parce qu’elle implique certainement des rites sacrificiels ou initiatiques ainsi que de hauts prélats aidés de mafieux. Et je doute fort que F1 mette en branle une nouvelle enquête pour éclaircir ce mystère.

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