Parution : 15 octobre 2015
L’affaire Charamsa ou les placards de l’Eglise
Par Golias

Tempête dans un bénitier ! Quelle belle journée que ce 3 octobre, pourtant ! Rome s’apprêtait à accueillir la foule des Pères synodaux et autres experts, journalistes…, pour le Synode ordinaire sur la Famille débutant le lendemain, jour de la Saint-François d’Assise. C’était sans compter sur le tremblement de terre provoqué par un monsignore polonais, Mgr Krysztof Charamsa, 43 ans et promis à une belle carrière au sein de l’institution. Enquête.

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A Vatican II, deux sujets furent confisqués par
Paul VI, sous la pression de la Curie et des conservateurs (déjà) : le célibat des prêtres et les questions liées
à la procréation. Décodage. De fait, le pape Montini préféra les traiter de manière spécifique et toute préconciliaire : en publiant deux encycliques passant outre la collégialité pourtant portée aux nues pendant le Concile, deux ans auparavant ! La première en 1967, Sacerdotalis Ordinis, accentua la chute des vocations entamée depuis le début du XXe siècle, sur le continent européen ; la seconde en 1968, Humanae Vitae, confirma la chute du nombre de chrétiens, amorcée là aussi dès 1905 en France. Plutôt que de s’interroger sur le bien-fondé de ces décisions, plutôt que de les confronter continuellement à la réalité, Jean Paul II puis Benoît XVI optèrent pour la polarisation, la tactique de la forteresse assiégée : le monde a tort et nous avons raison. Et cela fait cinquante ans que l’Eglise est en crise.
Contre toute attente, voilà que le célibat ministériel et les questions morales sont à nouveau réunis à la faveur de l’actualité. Alors que le Synode sur la Famille allait s’ouvrir, Mgr Krysztof Charamsa, prêtre polonais de 43 ans, théologien à la Congrégation pour la doctrine de la foi, monsignore ratzingérien de surcroît, avouait son homosexualité (et sa relation de couple) le 3 octobre dernier, provoquant une déflagration mondiale. Tous les médias reprirent cette information en boucle, laquelle parvint même quasiment à faire oublier que l’Eglise entrait en synode le 4 ! Dans un autre style – mais qui concerne aussi le célibat –, le 5 octobre, c’est le recteur de la cathédrale du Puy-en-Velay qui postait sur son blog une lettre écrite jadis et jamais envoyée à ses frères prêtres. Il y évoque le célibat comme « une croix » et décrit dans un travail introspectif une situation qui semble vite, à la lecture, inadéquate pour l’exercice d’un ministère pastoral en prises avec les réalités des chrétiens et non-chrétiens et en totale conformité avec l’Evangile. Au vrai, la question dépasse l’hétérosexualité ou l’homosexualité des prêtres ; il s’agit là d’un faux problème. Et plutôt que de s’offusquer, à l’instar de certains journalistes accrédités et/ou patentés, réfléchissons plutôt sur le célibat, ce qu’il signifie aujourd’hui, ce qu’il doit apporter à notre société et ce qu’il n’apporte plus aux communautés. En un mot comme en cent, réfléchissons sur la « relationalité » pour reprendre un néologisme de Mgr Bonny, évêque d’Anvers, et la relationalité chez les clercs. Car ce n’est pas d’aujourd’hui que ceux-ci prennent femme ou homme. Au sein de l’institution depuis longtemps, l’orientation sexuelle n’est – étonnamment – pas un problème ; à un prêtre avouant avoir un concubin à son évêque, ce dernier répond souvent la même chose qu’à un prêtre confessant avoir une concubine : « Est-ce que cela se sait ? » Et même, il était naguère préconisé dans les séminaires, ceci afin d’éviter les « amitiés particulières », de n’être « jamais à deux, toujours à trois » (« numquam duo, semper tres »). Découvririons-nous la lune ? Il faut donc féliciter Mgr Charamsa de vouloir briser l’hypocrisie cléricale ; il est de fait difficile pour ce synode de ne pas aborder l’homosexualité (entre autres, il faut l’espérer, cléricale). Mais curieusement, ces révélations aident aussi les tenants de la doctrine, lesquels ont évoqué immédiatement le lobbying gay sur le Synode afin de l’influencer – et de critiquer en creux la bienveillance relative du pape argentin à l’endroit des LGBT qu’il rencontre…

Coming out

Bon ou mauvais moment, ce coming out met l’Eglise face à ses responsabilités et l’incite à sortir du double discours. Mais surtout, il doit être le point de départ d’une véritable réflexion sur les ministères ordonnés et donc sur les structures de l’Eglise. Deux enjeux qui nous semblent importants. Si importants qu’ils sont abordés dans le tout nouveau Golias Magazine n° 164 consacré à l’« Eglise liquide », concept forgé par le théologien belge Arnaud Join-Lambert et porté par les évêques du Nord-Pas-de-Calais lors de leur concile provincial (2013-2015). Parmi eux, Mgr Ulrich, archevêque de Lille et Père synodal, a bien voulu répondre à nos questions et esquisser pour nous l’Eglise de demain. Se réformer est devenu vital pour l’Eglise, ces deux événements le prouvent. [...] Découvrez l’ensemble de notre article dans Golias Hebdo n°403 :

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Pour répondre à une question posée en bas de page, d’après la 4e de couv’ du livre, K. Charamsa est aujourd’hui militant LGBTQ. Son témoignage n’est pas raccord avec tout ce que nous vivons en France (le clergé polonais n’est pas le clergé français) et tout le monde n’a pas con caractère prosélyte (lourd...), mais il est intéressant. Le portrait qu’il fait de la curie romaine et des prélats homosexuels homophobes en errance dans les couloirs du Vatican, entre pauses café et pauses ragots, donne à réfléchir...

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L’affaire n’est pas où on croit 28 octobre 2015 14:20, par Jack Valim

Le scandale n’est pas où on nous le dit. Le scandale n’est pas que ce prêtre soit homosexuel (il n’est pas le seul) mais le fait qu’il vive en couple avec un autre homme. Sa situation est exactement la même que celle d’un prêtre hétérosexuel qui aurait une maîtresse. Le sens du célibat sacerdotal est celui d’une totale consécration à Dieu, d’un pari fait le Royaume de Dieu plutôt que sur ce monde présent, le témoignage de ce que Dieu est capable de remplir une âme de telle manière qu’elle n’ait pas besoin d’autre chose. C’est un idéal très exigeant, certes, et on ne se surprendra pas que beaucoup y soient infidèles : le péché est la règle et la sainteté est l’exception, c’est comme ça depuis le début et ce sera comme ça jusqu’au jugement dernier. Quant aux commentaires qui prétendent que c’est le célibat ecclésiastique qui est la cause des scandales sexuels, ils devraient réfléchir à ceci : les gens mariés ne sont pas moins infidèles à leur idéal matrimonial que les prêtres à leur célibat. Combien de maris sont réellement fidèles toute leur vie à leur femmes, et combien de femmes le sont-elles à leur mari ? aucune statistique n’est certain mais il serait sans doute exagéré de dire que la moitié seulement des gens mariés serait fidèles toute leur vie à leur conjoint. Et je ne parle pas de scandales sexuels plus graves. Sans faire d’humour, il est certain que 100% des incestes se déroulent au sein des famille : va-t-on pour autant dire que le mariage est un état de vie criminogène ? et bien entendu le plus grand nombre des cas de pédophilie (dont les incestes sont une large part d’ailleurs) sont aussi le fait de gens mariés. Il me semble donc être de la dernière mauvaise foi de jeter l’opprobre sur le célibat sacerdotal parce que régulièrement il y a des scandales à ce sujet. Jésus l’a dit : il est inévitable que des scandales arrivent (Matthieu XVIII,5). Inévitable, vous avez bien lu. Mais on ne peut en tirer aucune conclusion sinon que la sainteté est impossible sans la grâce divine. La vie des saints est la seule preuve expérimentale qu’on ait de la vérité de l’Evangile. Les scandales la prouvent aussi à leur manière en établissant que l’homme est, depuis Adam et Eve "pécheur dès le sein de sa mère" selon l’expression du psalmiste. Voilà tout et tant pris pour le rousseauisme impénitent qui continue à polluer les esprits et voudrait que l’homme soit naturellement bon (alors que toute l’histoire de l’humanité nous montre que c’est plutôt un bien méchant animal). Pour en revenir à ce prêtre, c’est sans doute dommage, et d’abord pour lui, qu’il n’ait pas pu tenir ce qu’il avait promis à son ordination. Je me garderai bien de le juger, mais son affaire ne prouve rien quant à la sainteté du célibat sacerdotal. Tout ce que son éclat illustre, c’est son incapacité à rester fidèle à cet idéal et peut-être son désir de le détruire faute d’avoir pu y rester fidèle, pour moins se sentir en faute. Pas de quoi en faire une histoire : beaucoup sont appelés, peu seront élus. C’est aussi un enseignement du Christ.

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L’affaire Charamsa ou les placards de l’Eglise 23 octobre 2015 09:50, par Cassien

La plupart des prêtres sont gays ou pédérastes, et ceux qui ne le sont pas et ne couchent pas non plus avec des femmes passent leur temps à parler du mariage ou de la Vierge Marie parce qu’ils sont incapables d’oublier un seul instant leur obsession du vagin. Bon soyons larges d’esprit, et admettons qu’il y en a tout de même quelques uns qui ne forniquent pas et ne sont pas pour autant des puritains rageurs et lubriques. Mais s’ils existent, ces prêtres "angéliques", ils ne sont qu’une infime proportion de la population sacerdotale. Et je ne vois pas en quoi leur chasteté serait un avantage. Parce qu’ils ne s’occupent pas d’aimer sexuellement, ils auraient plus de temps pour leurs devoirs ministériels ? Mais est-ce que les prêtres n’ont pas, de toute manière, des amitiés, des divertissements, sans parler de toutes les obligations que leur imposent, à eux comme au reste des hommes, le soin de leur santé, de leur maison, de leurs affaires d’argent ?

Il faudrait se demander pourquoi la perfection morale semble inséparable de l’abstinence sexuelle. Car on parle bien de moralité quand on dit que le prêtre doit être un exemple pour les fidèles. L’exemple, ce ne peut pas être seulement d’observer un voeu ; car à ce compte, il suffirait que les prêtres ne fassent plus voeu de célibat pour qu’ils cessent de scandaliser le monde quand ils ont des amants ou des maîtresses. Le voeu de célibat (ou de chasteté, cela revient au même) n’a qu’une seule véritable raison d’être : c’est le caractère peccamineux de toute sexualité. Il est nié par la théologie officielle, mais il en demeure tout de même, implicitement, un des fondements principaux. C’est cette idée qui explique la synonymie entre "pureté" et "virginité". La Vierge Marie est "toute pure" parce qu’elle n’a jamais copulé, ni avant ni après l’enfantement du Fils de Dieu... Avec un peu de loyauté, un lecteur attentif de la Bible ne peut pas ne pas remarquer que, dès les lois attribuées à Moïse, qui ne faisaient sans doute que reprendre de vieilles coutumes immémoriales, la sécrétion génitale est cataloguée comme une salissure qui interdit l’accès aux choses sacrées. La supériorité spirituelle de la virginité sur le mariage, qui, selon le Concile de Trente, fait partie des dogmes catholiques, provient en droite ligne de cette étrange sexophobie archaïque, qui passe par le Lévitique et Saint Paul.

Il serait peut-être temps de se demander pourquoi Dieu a plus d’estime pour l’humain non défloré que pour l’humain déjà "utilisé". Pour moi, la réponse est évidente : parce que "Dieu" est un homme, et qu’un homme préfère prendre les femmes quand elles sont encore neuves. N’est-ce pas pour cela, d’ailleurs, que les bons djihadistes reçoivent en récompense, au Paradis, des filles vierges ?... Bref, c’est l’humanité de Dieu (ou, comme on veut, l’anthropomorphisme du christianisme) qui commande, paradoxalement, l’horreur du sexe. Ce n’est pas la sexualité en soi qui est rejetée ; c’est la sexualité qui frustre Dieu du privilège de déflorer. Le "droit de cuissage" de Dieu, voilà le socle de la morale sexuelle chétienne.

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L’affaire Charamsa ou les placards de l’Eglise 19 octobre 2015 18:26, par Françoise

Merci pour l’info sur la lettre du Puy, comme quoi, les langues commencent à se délier sur la question du célibat, au sein de l’institution. Et c’est une bonne nouvelle. Mais encore faudrait-il sortir du déni vis à vis des questions sexuelles et amoureuses dans le cadre de la vie religieuse. Ces questions restent profondément taboues et entachées depuis des siècles de pratiques abusives et criminelles (viols, pédophilie, prostitution). Ce qui ne rend pas la prise de parole aisée. Finalement, on comprend presque qu’il est plus facile pour des prêtres, des évêques, de faire un dévoilement de leur homosexualité que de parler amour et sexualité en général. Tout en faisant des leçons de morale sexuelle et amoureuse aux croyants, suprême paradoxe !

Je remarque depuis quelques années, que les bonnes initiatives en matière d’éducation à la sexualité, en matière de droits humains, sont souvent liés à des initiatives d’homosexuels hommes comme femmes. Ce qui tendrait à prouver que nous autres hétérosexuel(le)s sommes plus soumis au silence sur ces questions, sous l’emprise d’un certain "ordre social" qui passe sous silence toute forme d’éducation et de progrès autour de la sexualité et de l’amour.
Il y a pourtant tant à dire sur ces sujets, tant d’éducation à faire...

Il semble en tout cas que concernant l’Eglise, le fameux lobby gay soit plus à même de sortir l’institution de l’hypocrisie dans laquelle elle se maintient depuis des siècles que les hétéros du Vatican, toujours empêtrés dans une vision dogmatique et théorique, mais aussi misogyne.

Pourtant, Jean-Claude Barraud, Léon Laclau et quelques autres auraient pu faire s’interroger un peu plus sur ces questions les hauts prélats.
Mais à croire que finalement, leurs choix conjugaux hétéros, n’avaient pas eu l’importance, la force d’un lien amoureux et conjugal homo, aux yeux des cadres du Vatican. Ce qui en dit long finalement sur ce qui a de la valeur aux yeux de Rome et de qui dispose d’une véritable écoute de la part du haut clergé catholique.
On en retrouverait presque un héritage de la tradition grecque dans cette posture, qui voulait que la relation homme-femme soit purement utilitaire et biologique (les femmes servant de reproductrices et profondément méprisées, niées dans leur identité) et que la relation homo masculine soit celle de l’amour, de la relation et du plaisir véritable.

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L’affaire Charamsa ou les placards de l’Eglise 16 octobre 2015 23:03, par Mamie

En fait ce titre "synode sur la famille" est un compromis a propos d’une révision de la doctrine morale de l’Eglise, laquelle ne se justifie pas vraiment en christianisme. Rendons la à César cette doctrine et tentons de vivre l’évangile. Que se multiplient donc ces beaux coming outs, signmes de santé spirituelle !

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