Parution : 1er décembre 2015
Autarcie

C’est le fait de se suffire à soi-même, ne pas dépendre des autres. Elle était, avec l’ataraxie ou absence de trouble, l’idéal de la sagesse antique. C’est elle aussi que recommandait Schopenhauer : « La tête d’autrui, disait-il, est un bien triste lieu pour que l’homme en fasse le siège de son bonheur. »

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J’ai pensé à cela en lisant les résultats de l’enquête de l’Institut danois de Recherche sur le Bonheur, qui s’est interrogé sur le rôle joué par Facebook sur cette question. Les personnes interrogées ont été divisées en deux groupes : celles ayant vécu une semaine sans utiliser le réseau social se sont dites in fine plus heureuses que celles qui l’avaient pratiqué. « Au lieu de se concentrer sur ce dont nous avons besoin, nous avons une tendance malheureuse à nous concentrer sur ce que les autres ont. Or, sur Facebook, les gens ont 39% de risques de se sentir moins heureux que leurs ‘amis’ », estiment les auteurs de l’étude (source : AFP, 10 novembre 2015).

Effectivement, pourquoi faudrait-il se comparer à d’autres, virtuellement, pour se sentir vivre soi-même, et courir ainsi le risque, chimérique, de se déprécier ? Facebook unit à la fois et paradoxalement le narcissisme le plus égocentré à la dépendance absolue à l’égard d’autrui. D’un côté on s’y étale avec complaisance, mais de l’autre on y mendie implicitement l’approbation d’autrui, dans une pathétique quête de quelques Likes. On oublie que seul celui qui se suffit d’abord à soi-même et qui donc peut assumer son essentielle solitude peut, dans un second temps, s’ouvrir aux autres. Bref on vit pour soi-même et par les autres, alors qu’il faudrait vivre par soi-même et pour les autres. J’ai développé tout cela dans mon ouvrage Méandres de l’amour (Dervy, 2014).

Ainsi, au lieu de se répandre de façon innocemment impudique sur les réseaux sociaux et d’en attendre le bonheur de façon tout aussi innocemment déraisonnable, mieux vaut se réunir d’abord à soi-même : cette conversion déteindra forcément sur l’entourage immédiat. Et si nous avons besoin à tout prix de communiquer au loin, mettons en pratique l’ancienne maxime : Vitam recunde, cogitationem effunde – Cache ta vie, et répands ta pensée.

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Autarcie 3 décembre 2015 13:37, par Françoise

Bonjour Michel

Je ne suis pas du tout sûre que l’égocentrisme soit si paradoxal d’avec la dépendance vis à vis d’autrui. Pour moi, mais ça n’engage que moi, les deux marchent ensemble. Les deux s’auto-alimentent et ont besoin l’un de l’autre. Ils sont les deux facettes d’un même Janus en quelque sorte. Il me semble que ces deux facettes sont les principales caractéristiques des êtres immatures psycho-affectivement. Ce qui ne concerne pas que des adolescents mais aussi nombre d’adultes qui ont certes construit leur autonomie matérielle mais pas psycho affective. Ce qui va les rendre narcissiques à l’extrême tout en étant ultra dépendants des autres. Pas uniquement dans le monde virtuel mais également dans le monde réel. Il en découle des relations, qu’elles soient amoureuses ou amicales, fusionnelles et toxiques, fausses, superficielles. Il est par conséquent logique que ce genre de relationnel artificiel se retrouve dans le monde virtuel des réseaux sociaux.
Maintenant, tout dépend de ce qu’on entend par réseau social.
Lorsque à la base, des gens sont réunis sur un espace virtuel pour échanger des points de vues autour de thèmes bien précis, montrer des oeuvres artistiques, partager des savoirs, des expériences, les choses sont sensiblement différentes, dans la mesure où chacun a quelque chose à apporter à l’autre.
C’est le cas sur des blogs de jardinage, de bricolage, de couture, de broderie, de cuisine, des galeries photographiques, d’arts, de littérature, de musique, de théâtre, de philosophie, de pédagogie, de sciences sociales...tout ce qui fait centre d’intérêt, passion permet de fédérer et d’échanger réellement, pas seulement superficiellement sur différents sujets.

Sur Facebook, dans l’usage du moins que les amateurs en font, la notion réelle d’échange, de partage est extrêmement limitée.
Ce qui compte, c’est la réactivité, le nombre d’interventions, "d’amis", pas la qualité ni la pertinence des échanges. Idem sur Twitter.
Si l’on peut mettre en cause la façon dont ont été conçus ces espaces virtuels (expression écrite limitée à une centaine de mots), on peut aussi critiquer la façon dont les internautes les utilisent.
Parce qu’au fond, est-ce que les gens souhaitent sur ces espaces virtuels réellement communiquer, partager des choses ? Pas forcément. Beaucoup sont plus là pour se désennuyer, pour occuper un moment libre, pour échapper au réel jugé trop violent, trop contraignant, trop peu intéressant.

Si vous faites le tour, vous verrez que l’échange, le partage réel concernent en réalité peu de participants. Ceux qui partagent, communiquent, échangent réellement, sont ultra minoritaires. Parce que la curiosité, l’ouverture au monde, le désir de connaissance, de partage n’est pas automatique chez les individus et encore moins chez les adultes. La plupart des gens sur facebook ne communiquent pas. Ils se montrent en train de dire j’aime ou j’aime pas. C’est tout. Ca ne va pas plus loin que ça. Ce qui arrange bien les fabricants de ces outils dans la mesure où ça ne remet absolument pas en question ni en cause les intérêts particuliers des plus riches qui dirigent actuellement notre monde. D’une certaine façon, ces outils sont une forme de domestication des peuples et aussi un moyen de surveillance et de contrôle qui ne dit pas son nom.

Ceci dit, sachant que les gens restent plus volontiers dans ce qu’ils connaissent ou pensent connaître plutôt que de se risquer à aller voir ailleurs, il est donc tout à fait normal qu’il se passe la même chose sur internet. Le facebookeur, comme le twittos ont seulement à montrer qu’ils aiment ou n’aiment pas quelque chose et se fendre d’une formule lapidaire en guise de réaction et hop, ils passent à autre chose. L’objectif n’est pas tant l’évènement ni le savoir ni la découverte que la réactivité et la présence du plus grand nombre sur l’évènement du jour, la question du jour.

Ce qui ne permet aucunement de rentrer en contact véritable ni de pouvoir défendre des idées. Juste de montrer une activité virtuelle rapide.
Ce qui accentue le narcissisme. Mais qui aussi appauvrit le langage, l’expression, la capacité d’analyse comme de discernement d’une problématique.
Avec aussi peu de mots, une aussi grande rapidité, quasi instantanéité des réponses, nous sommes plus dans l’émotionnel que le rationnel. Et donc forcément, beaucoup moins en capacité d’esprit critique.

Maintenant, il arrive quand même de temps à autre sur ces espaces, des choses sympathiques et conviviales et alternatives : notamment des rassemblements improvisés très rapidement pour protester contre telle oppression, pour défendre une ou des personnes. La réactivité populaire du coup, a tendance à faire très peur aux dirigeants. Surtout quand elle part de groupes qui ont fait auparavant un travail de réflexion, de critique, de débat qui ensuite débouche sur des rassemblements, des protestations, des opérations. D’où la volonté de contrôle d’internet de la part des classes dominantes pour empêcher le peuple de pouvoir se mobiliser pour se révolter contre telles ou telles politiques, mesures, etc. Il y a aussi ce qui a pris peu à peu naissance au sein de ces réseaux sociaux, des groupes qui peu à peu se constituent et travaillent, agissent en ce servant de ces canaux d’information, de communication pour installer des contrepouvoirs. Les Wikileaks, les Anonymous, les groupes de Hackers façon cyber justiciers ont tous démarré l’activité par les réseaux sociaux. On peut donc se dire que peut-être celles et ceux qui en sont restés simplement au stade basique d’utilisation de Facebook et twitter, pourront par la suite dépasser le stade de la réaction pour engager une démarche beaucoup plus poussée qu’elle soit aussi bien d’action concrète politique, syndicale, associative ou qu’elle soit intellectuelle.

Logiquement, du fait de la prime jeunesse de ces outils, l’évolution pratique des réseaux sociaux devrait être celle qu’ont actuellement les plus chevronnés sur internet. Maintenant, est-ce que le virtuel suffira à installer un contre-pouvoir politique ? Je ne le pense pas. Certains idéalistes et informaticiens puristes aimeraient le croire. Mais même avec un savoir technique important, il faut des actions physiques réelles. Par contre, le pouvoir de nuisance et d’obstacle à la loi des plus puissants peut se révéler important. Ce qui peut retarder, mettre à mal des stratégies, des politiques allant à l’encontre de l’intérêt général.
Donc, un outil malgré tout à ne pas négliger...

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