Parution : 23 décembre 2015
Mémoire

Elle constitue la personne, au point que l’amnésique est dépossédé de lui-même, comme il se voit dans Le Voyageur sans bagage, d’Anouilh. Il y a bien sûr le cas tragique des personnes atteintes d’Alzheimer, qui semblent vérifier à leur façon la phrase évangélique, en ne sachant « ni le jour ni l’heure » (Matthieu 25/13). Plus généralement il y a quelque chose de catastrophique à oublier les leçons de l’Histoire. « Ceux qui ne se souviennent pas du passé, disait Santayana, sont condamnés à le revivre. » Cette leçon, hélas ! devrait être méditée par beaucoup de nos contemporains, qui vivent pour le seul instant. Surtout dans les circonstances actuelles, où pour reprendre le mot de Pascal nous courons sans souci dans le précipice, après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir.

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En pied de l'article.

Nulle pensée n’est possible qui ne soit irriguée par la mémoire, qui ne s’appuie sur d’autres pensées. La colombe, disait Kant (encore un souvenir !) s’appuie sur l’air pour voler. Dans le vide, elle tomberait. C’est à quoi j’ai songé aussi en apprenant que l’on voudrait généraliser à l’école l’usage de la récitation. Je suis absolument d’accord avec ce projet, et m’étonne que la récitation de textes appris par cœur ait été si imprudemment abandonnée. Quel esprit obtus a dit que savoir par cœur n’est pas savoir ? Fera-t-on crédit à Sacha Guitry qui disait inutile le fait d’apprendre ce qu’il y a dans les livres, « puisque ça y est » ? Mais quand les livres font défaut, brûlés par exemple par un régime totalitaire, le seul recours des résistants est de se les remémorer et d’en réciter des passages, comme il se voit dans Fahrenheit 451 de Truffaut.
Ce billet est un Pro memoria, et il récite ou cite pas mal d’auteurs. Mais qu’on ne le dise pas impersonnel : quand on joue à la paume, on joue toujours avec la même balle, l’essentiel est dans l’art de la placer. Les mots, passants mystérieux de l’âme, nous visitent, descendent sur nous en une Pentecôte laïque. Sachons les écouter. Sinon nous perdrons jusqu’à la poussière de notre nom. Et mieux vaut même ici l’hypermnésie que l’amnésie. Car la surdité n’est pas la meilleure façon d’entendre la musique.

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Urte berri on (bonne nouvelle année, en basque d’Ainhoa), cher MT ! 5 janvier 2016 10:18, par Agnès GOUINGUENET

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Dans l’appren-"tissage" de la vie, il existe un part de réflexe de Pavlov. Si je fais ceci, il arrivera cela. C’est bon à savoir :) ...
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Il y a de la génétique aussi. Comment l’araignée arrive-t-elle à effectuer le canevas de sa toile ? Son savoir semble inné.
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On se souvient des bons mais aussi des mauvais moments. Il existe des douleurs post-traumatiques dont on aimerait bien se débarrasser, en n’ayant jamais vécu le traumatisme. Quant à la mauvaise conscience ... l’oeil est dans la tombe ...
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Pas tout à fait d’accord avec vous concernant l’amnésique. Il est dé-construit de son vécu antérieur, certes, mais il peut se re-bâtir un passé car il n’a pas perdu sa capacité à ré-apprendre. C’est l’Alzheimer qui est déstructuré, car il oublie et ne peut plus apprendre. Nous évoquons le cognitif ; car un Alzheimer peut encore ressentir de l’affectif favorable ou défavorable.
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Sans mémoire, y a-t-il prémonition ? Sans mémoire, y a-t-il projet ? C’est cette dernière question qui me pose problème quant à un Dieu créateur, donc un Dieu connaissant la future souffrance de ses créatures.
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Merci pour vos billets. "Ils donnent à réfléchir".
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AG à MT.

Voir en ligne : http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/

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Mémoire@Sacristain 5 janvier 2016 00:23, par Mamie

Difficile de dire plus. Merci.

Ah quand même : le péché essentiel est oubli de Dieu. Se souvenir de Dieu, le bien suprême. Se souvnir de son frère...

Ahah, philosophons : mémoire et liberté, quel beau couple !

BELLE ANNÉE A TOUTES ET TOUS !

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