Parution : 18 janvier 2016
Ils disent mais ne font pas !

Jean LANDRY sous le titre « Un homme d’Église se marie » (1) témoigne d’un itinéraire partagé par un grand nombre de celles et ceux qui furent amenés à reprendre la vie civile dans les années 1950-1980. L’amertume pointe derrière la phrase d’Évangile, ici en titre, au point de revenir deux fois dans l’article de Jean. Quatre sous-titres ponctuent son témoignage : « le ‘beau risque de la foi’ », « l’hypocrisie de l’institution ecclésiale », « la vie de couple : une exigence au quotidien », « acteur silencieux du message évangélique ».

Forcé à se démettre parce qu’en 1975 il demandait aux deux évêques dont il dépendait « canoniquement mais aussi amicalement » l’autorisation de se marier. Leurs réponses : « Prends-la avec toi mais ne te marie pas » !

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1 Ce qu’ils disent… entre eux

Telle qu’amenée par Jean, la citation évangélique touche «  le recul obligé » qu’il a dû prendre par rapport à l’institution Église, recul qui n’est pas de son fait mais qui l’a « rendu libre  ». Dès lors la question du célibat ecclésiastique, n’est pas l’unique objet de son ressentiment. Il remet en cause «  la question bien plus large et importante des ministères dans l’Église » (et y travaille à sa «  maigre mesure »). Il dénonce en outre la «  trousse à outils » de ses amis prédicateurs restés aux commandes, aussi bien en matière d’enseignement que de rites. Certes il reconnait que le « ‘défroqué’ jadis livré à la vindicte populaire » est aujourd’hui l’objet d’un nouveau regard « fait tantôt d’indifférence, tantôt de curiosité, tantôt de franche sympathie… ».

A partir du livre «  Martyrs et Apostats sous la Terreur », qu’en est-il des propos tenus durant des siècles ? Pierre de la Gorge de l’Académie française, décrit à l’attention du simple citoyen de l’entre deux guerres, les différentes attitudes qui furent celles de la période révolutionnaire. D’emblée il distingue les «  apostats et les confesseurs ». Dans ces derniers il y a ceux qui refusèrent le serment et les jureurs ou constitutionnels qui vont bientôt se trouver flouer. « Tous ces curés assermentés sont envahis d’une grande crainte, celle de leur propre faiblesse (…) Ce n’est pas l’élite, l’élite est ailleurs (…) Ils portent le poids d’une première faute, celle du serment ; et la faiblesse attirant la faiblesse, ils inclinent du côté où ils ont déjà penché ».

«  Le peuple simpliste (Ndlr : sic) jusqu’à l’excès, et qui ne s’attarde pas à marquer les nuances, confond dans un même vocable, les renégats, les lâches, les faibles ; et il désigne sous le nom de déprêtisé quiconque, par une dégradation plus ou moins complète de son honneur sacerdotal, s’applique à sauvegarder sa liberté et sa vie ». Diantre !

Dès lors, pour les clercs et par les clercs, il va aller chercher dans les archives des évêchés, les nuances qu’en académicien il va beaucoup apprécier. Il met d’abord à part les « blasphémateurs ». «  Pour l’honneur du nom chrétien ceux-là furent peu nombreux ». Un millier estime-t-il pour toute la France.

Donc au-dessous des «  abdicataires blasphémateurs, il y a – et c’est un second degré dans le reniement – les abdicataires silencieux ». Mais ici encore il convient de mettre des nuances à savoir entre les « renégats honteux et les demi-renégats », et toujours des nuances entre « la foule des déviés, des irrésolus, des affolés ! » Ce n’est pas fini, il y a encore les âmes peureuses. Puis lorsque la bourrasque est passée. «  Il y a les retours timides d’ailleurs et fragiles des ‘ reprêtisés’ » qui seront appelés « relaps  » lorsqu’ils rechuteront.

Un chapitre à part est consacré au mariage des prêtres, avec à nouveau des nuances : « il y a ceux qui, en pleine jeunesse et mal armés de la grâce divine, se sentent transpercés par l’aiguillon de la chair ; puis il y a ceux qui, arrivés au milieu de leurs jours, sont secoués par les grands orages de la maturité déjà déclinante, et, tout révoltés de n’avoir pas joui, tout affamés de jouir, se précipitent dans la faute par regret de leur vertu ».

Ah mais ! Là encore il faut distinguer ceux qui se sont mariés sous la pression des autorités ou des familles pour sortir de prison ou percevoir leur pension : « Ils épousent, celui-ci sa vieille servante, celui-là une femme disgraciée de la nature, cet autre une pauvre religieuse, bornée, innocente, à qui on a promis la virginité et qui s’est persuadée qu’elle faisait œuvre pie en sauvant de la mort un prêtre  ». Comment peut-on parler ainsi de la gent féminine ?

On rétorquera que de telles envolées, sont antérieures à Vatican II. Que nenni, bien après celui-ci, en pleine « restauration  » Jean Paul II, le Chanoine Pierre FLAMENT sort en 1986, son livre «  Deux mille prêtres normands face à la Révolution ». Le vocabulaire est identique et les nuances tirées des archives épiscopales encore plus précises…

Dans l’apostasie (= pour nous aujourd’hui le fait d’être parti), le chanoine distingue la grande majorité livrant ses lettres de prêtrises, de la minorité non négligeable qui ira «  jusqu’au mariage ». Avec cette précision page 172 : «  Encore faut-il apprécier la nature précise de ces unions. Il y a des mariages réels, ceux des faibles qui ont cédé à la peur et ceux des dépravés, trop heureux de retrouver une liberté volontairement perdue au moment du sous-diaconat. Mais il y a également des mariages fictifs, entendons la démarche qui pousse certains prêtres à garantir leur sécurité par un mariage de pure forme. Ces derniers ecclésiastiques, de toute évidence, ont trahi leur cause ; mais certains d’entre eux n’ont pas consommé leur forfait. Un bon nombre choisiront de se lancer – et demeureront – dans les carrières civiles les plus diverses ».

Et de conclure : « De toute manière, les abdicataires et traditeurs (Ndlr, encore une nuance !), en se mariant, manifestaient par leur démarche une rupture plus totale, plus scandaleuse, plus retentissante avec l’Église. Les unions ainsi réalisées mériteraient d’être étudiées de plus près : certains prêtres, en se mariant, avaient choisis des veuves, d’autres des femmes divorcés, d’autres encore des femmes libres, d’autres enfin des religieuses consacrées à Dieu ».

Écrits dans les années 1980, comment croire que tous ces propos médisants à l’égard des « partis » de la Révolution, ne visaient pas également les « partis » de la période 1950-1980… Revenons au témoignage de Jean LANDRY : « Trop longtemps l’Eglise, et encore aujourd’hui, a nié la sexualité comme constitutive de l’être humain, la ravalant à l’état de péché mortel. Il faut en sortir. Enfin, je veux, sur cette question précise, mettre l’autorité romaine devant ses contradictions. C’est ce qui, en ce Jeudi Saint 2009, me fit écrire au prélat de la Mission de France (dont je suis), une lettre restée sans réponse et sans même accusé de réception : je lui demandais son avis sur le fait qu’on est prêtre ‘pour l’éternité’ selon la bible… Est-ce à croire qu’il n’avait pas d’avis sur un pareil sujet… ou qu’il n’osait pas en assumer la substance ?... J’ai reçu ce silence comme un aveu d’impuissance ou de poltronnerie, vertu épiscopale !  »

2 Et ce qu’ils ne feraient pas

Silence, évitement… Jean LANDRY a mal vécu le comportement à son égard de « prétendus confrères » allant jusqu’à l’exclure de l’équipe dont il avait été le responsable, dix ans durant. Cela « me surprit sans plus… Je les croyais plus fraternels à défaut d’être solidaires… ».

Le rappel des propos tenus par deux livres du XXème siècle, ainsi que ce témoignage d’un ami qu’ils ont pu connaitre ou connaissent encore, pourront paraitre bien injustes aux prêtres, religieux et religieuses des diocèses et congrégations de France. Nous savons, au regard des souffrances qu’ils ont connues et connaissent dans leur état de vie, que le joug de la «  restauration  » a pu les conduire au silence et à la résignation, sous peine de sanctions épiscopales ou romaines. Nous savons aussi ce qu’est la passivité congénitale du monde catho, et des surcharges qui sont imposées aux « prêtres » corvéables à souhait… Et puis, nous aussi «  disons » des «  il n’y a qu’à » trop faciles, au regard des réalités que ces amis prêtres, religieux et religieuses ont dû assumer sans se plaindre, humblement, dans la solitude et l’incompréhension des masses chrétiennes.

Faut-il aujourd’hui, distinguer deux catégories de prêtres, religieux, religieuses ? A l’évidence la génération qui aujourd’hui est à bout de course, n’est pas vraiment comprise par les « vocations » Jean Paul II et Benoit XVI. De même les membres des « communautés dites nouvelles » et beaucoup de laïcs en mission ecclésiale (LEME), ne sont plus vraiment au courant de ce qui s’est passé avant et dans l’immédiat après Vatican II.

Ils n’ont pas non plus les connaissances historiques permettant de mieux comprendre à partir des XVIII, XIX et XXème siècle les drames qui ont pu se dérouler, et qui expliquent les dissensions auxquelles l’Histoire a pu donner lieu… Les citations historiques servies ci-dessus leur paraitront totalement dépassées et outrageantes, par rapport à la vie religieuse d’aujourd’hui… Ils pensent reconquérir, ils préfèrent éviter les conflits, ils veulent positiver… Oubliant un peu vite que les problèmes posés par leurs devanciers pourraient bien être aussi leurs problèmes.

Laissons de côté la question du célibat des prêtres, qu’on imagine bien à tort l’objet premier des revendications… Pour notre part sans rentrer dans les justes observations de Jean LANDRY en matière de «  ministères » et de « trousse à outils », nous nous en tiendrons ici au seul registre du « régime social des cultes », à travers la CAVIMAC. Des centaines de procès gagnés(2) ont obligé les diocèses et congrégations à admettre qu’elles n’avaient pas affilié leurs membres à la Sécurité sociale, pour des périodes allant de un an à plus de vingt ans. En outre la retraite servie par ce régime des cultes, serait la plus basse de tous les régimes sociaux notamment parce que sans retraite complémentaire.

Le problème ne concerne d’ailleurs pas que les membres de ces diverses collectivités, il concerne aussi les LEME dont une très grande majorité est bénévole (3). Ceux-ci comptent sur les ressources (dont la Sécurité sociale) du conjoint, en occultant le fait que les pensions de réversion seront de moins en moins assurées… Et que les règles liées au « nombre de trimestres d’activités » les obligeront à attendre 67 ans pour liquider leurs diverses pensions à taux plein.

Des bombes à retardement éclatent, ainsi les Travailleuses missionnaires des Restaurants Eau vive (4), Famille monastique de Bethléem (5) etc. dont on découvre l’absence de protection sociale sur des décennies…

Que font concrètement la CEF et la Corref pour réparer les conséquences des situations qu’ils ont crées et créent encore ? 2016 devrait être une année de vérité, une année ou l’on passe du « dire » au « faire ». Jean Doussal, janvier 2016

Notes :
1. In Golias Magazine n°165 (Novembre- Décembre 2015) qui vient de paraitre, p 77-84
2. http://www.aprc.asso.fr/cmsms/index.php?mact=News,cntnt01,detail,0&cntnt01articleid=12&cntnt01returnid=103
3. http://apsecc.e-monsite.com/medias/files/jean-doussal-18-mars-2014-sur-les-leme.pdf
4. http://golias-news.fr/article6152.html
5. http://www.avref.fr/bethleem.html

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Ils disent mais ne font pas ! 22 février 2016 17:12, par abbeJL

Evidement ce texte a été rédigé par une personne qui ne connait ni le rythe de vie des prêtres, ni le sens profond du sacerdoce. La prétise ne se limite pas à la célébration des sacrements. ce dernier n’est que la "cerise sur la gateau"... Son role est de conduire, enseigner et sanctifier le peuple de Dieu. 24 heures ne lui suffisent pas pour accomplir parfaitement sa mission, il ne peut avoir charge d’enfants et d’une femme, ou alors c’est le pueple de Dieu qui en subira les conséquences (comme on le voit souvent chez les réformés).... et meme pas je vous parle de la théologie du sacredoce... alors avant de pondr des articles idiots, merci de vous renseigner auprès des prêtres catholiques, vraiment cathliques, pas ceux abonés à golias

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Ils disent mais ne font pas !@Deroec 19 février 2016 16:00, par noel beda

Salut François,
J’en reviens à la question posée : Si Dieu a fait l’homme à son image, alors il faut en conclure que Dieu aussi a un cerveau reptilien

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Je repars de l’origine sinon il y aura une lettre par ligne ;-)
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Merci de vous rappeler que la Bible dont vous tirez cette expression fut écrite en hébreu , langue très pauvre sur le plan conceptuel.Ce qui permet d’ailleurs de l’interpréter comme chacun l’entend.
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Ainsi donc on peut considérer que cette expression signifie que Dieu a donné à l’homme une intelligence et surtout une raison. De là à placer ceci où cela dans un cerveau reptilien ou autre , tous faits de matière c’est insulter la Majesté divine qui est pur esprit.
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Cet esprit utilisait tout l’espace et pour les juifs D.ieu dut faire de la place à sa création c’est ce qui s’appelle le "Tsimtsoum" .Dans l’Incarnation nous chrétiens en avons fait la "kénose"

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Ils disent mais ne font pas ! 22 janvier 2016 11:04, par Françoise

Bonjour Jean Doussal

Le problème que dénonce Jean Landry n’est peut-être pas la négation d’une sexualité constitutive de la vie humaine, qu’elle soit ou non religieuse.
Mais se situe davantage dans la croyance très ancrée institutionnellement qu’un religieux se situe hors humanité (humanité jugée vulgaire, sale, pécheresse, ignorante, quantité négligeable), donc comme une sorte de demi-dieu qui ne peut que déchoir socialement, physiquement, spirituellement s’il se marie.
Alors qu’il ne déchoit pas s’il a une sexualité (hétéro, homo) y compris des penchants de type pédophiles. Il doit juste la dissimuler, la vivre dans le secret.

La sexualité est et a toujours été au coeur de la vie religieuse. De nombreux grands auteurs en parlent sans détours : Diderot, Restif de la Bretonne, Sade, Hugo, etc. Les historiens en parlent aussi. Beaucoup par le passé, avaient des rapports sexuels réguliers lors de visites de couvents, avec leur servante, avec quelques paroissiennes et ça continue. Existe même un réseau de religieuses prostituées à Rome pour permettre aux hauts-prélats de justement avoir régulièrement des pratiques sexuelles moins dangereuses au plan des MST qu’avec des prostituées civiles. Sauf que, les hauts prélats peuvent aussi avoir d’autres types de relations sexuelles tarifées et ne sont pas à l’abri de transmettre le virus du sida. C’est ce que dénonçait il y a quelques années Serge Bilé dans son excellent documentaire : une journée dans la vie de Marie Madeleine.

En 2011, un livre italien sur la sexualité au Vatican montre bien que la sexualité, qu’elle soit hétéro ou homo se vit sans aucun problème sous les ors vaticans. Au su de tous. Et même que ces prélats disposent en plus d’un compagnon, d’une compagne régulière.

Le nombre de prêtres, évêques, cardinaux en activité qui ont des compagnons, compagnes (voire enfants) tenus au secret est sans doute supérieur à des prélats et hauts prélats réellement célibataires. Rien qu’en France, l’association Plein Jour rassemblant des compagnes de prêtres montre bien que le nombre de prêtres vivant régulièrement maritalement est très élevé.
Donc dans les faits, la réalité sexuelle au plan religieux n’est pas niée, mais vécue dans le secret. Je pense que ça fait partie du plaisir, ce secret et c’est en lien avec l’immaturité psycho affective majoritaire des religieux, religieuses. C’est comme une sorte de transgression ado permanente, très excitante mais que les prélats, religieux ne peuvent et ne souhaitent pas assumer au grand jour. C’est aussi un moyen de contrôle psychologique et affectif des individus (prélats et non prélats) dont l’institution ne veut pas se passer.
Tout comme elle ne veut pas se passer d’un contrôle financier, matériel des individus. Le problème de la CAVIMAC relève du même besoin de contrôle totalitaire de l’individu. L’absence de cotisation permet de posséder les individus comme des esclaves et à tous niveaux jusqu’à leur mort.
Ce système rend les individus dépendants et soumis.

Concernant le discours sur les femmes y compris sur les ouvrages récents religieux, il n’est pas étonnant dans la mesure où vous le retrouvez sur toutes les structures humaines relevant de la domination masculine. Allez écouter un jour les propos masculins sur les femmes députées à l’Assemblée Nationale, c’est du même tonneau sexiste, odieux que les propos relevés par Jean Landry. Pourtant, ils ne relèvent pas du tout de la même institution.

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semper idem 18 janvier 2016 22:07, par Jack Valim

Il y a une part d’injustice dans les jugements sur ces prêtres qui ont jeté le froc aux orties durant la période troublée dont « mai 68 » a été le point d’orgue. Pour ma part je ne leur jetterai pas la pierre : il faut avoir vécu ces années-là (et je les ai vécues) pour les comprendre. Ces jeunes gens qui étaient nés dans les années 1930 et 1940, avaient été éduqués dans la société encore très traditionnelle et conservatrice de ces années-là, dont les valeurs ont volé en éclats dans les années 1960 qui ont vu l’épanouissement de l’individualisme absolu, du consumérisme effréné, de la mentalité libertaire la plus échevelée. Les slogans de mai 68 résument bien cela : « Jouissez sans entrave », « il est interdit d’interdire » , « autogestion de la vie quotidienne » « comment penser librement à l’ombre d’une chapelle ? » (lu sur celle de la Sorbonne) etc. Quand s’est produit ce grand youp-là-là, quand toutes les digues ont sauté, nombreux sont ceux qui ont été emportés par le courant. Rien ne les avait préparé à ça. Beaucoup se sont retrouvés dans une grande solitude face à une société qui jetait à la rivière les valeurs de sacrifice et d’ascèse dans lesquelles ils avaient grandi.
Aujourd’hui ces prêtres qui ont quitté le sacerdoce expérimentent la solitude qui fut alors celle des autres qui sont restés fidèles à leurs engagements d’ordination quand eux-mêmes passaient pour être « dans le vent » voire pour être l’avenir de l’Eglise. Ils pensaient que leur révolte était prophétique, mais l’Eglise qui a continué les a laissés sur le bord du chemin et a poursuivi sa route sans eux qui sont "retournés à la vie civile" comme dit l’article. On comprend leur amertume, qu’exprime Jean Landry dans son livre. La génération des jeunes prêtres, nés dans les années 1980 et 1990 (la « génération Jean-Paul II ») a grandi dans la société post-mai 68, une société dans laquelle le taux de divorce a explosé, dans laquelle la liberté sexuelle totale est un acquis…..et la sécheresse spirituelle est terrible. Ils sont vaccinés contre ces « libertés » qui n’ont apporté aucun bonheur à leurs contemporains qui en sont à écumer les sites de rencontre pour briser une solitude que n’équilibre plus aucun lien social contraignant (car le lien social, comme la famille traditionnelle par exemple, est à la fois contraignant et confortable : c’est une ascèse qui exige l’effort et apporte le réconfort, aux antipodes de la société libertaire qui n’exige pas le premier mais n’offre pas le second). Souvent ils ont vécu une première jeunesse très libre, voire très libertine, mais qui ne leur a pas apporté la paix de l’âme. Et puis ils font une expérience de conversion radicale, souvent dans un mouvement communautaire, et ils s’engagent. En 2015 on a ordonné 120 prêtres en France, mais seulement 68 diocésains pour 52 religieux, et sur les 68 diocésains un grand nombre l’a été pour des communautés de vie apostolique (par exemple : 7, soit plus de 10% du total, pour la seule communauté charismatique de l’Emmanuel). Ces jeunes prêtres sont enracinés dans leurs communautés, ils n’ont pas la fragilité humaine ni les illusions sur la prétendue « liberté » qui a emporté leurs prédécesseurs. Ils sont aussi bien moins nombreux qu’eux, mais aussi ils sont issus d’une Eglise qui ne représente plus que 5% de la population (je parle des pratiquants réguliers).
Alors je serai bien loin de juger sévèrement un Jean Landry et tant d’autres qui ont vécu la même expérience. Ils ont aujourd’hui dans les 70 et les 80 ans. Certains ont trouvé un nouvel équilibre dans une vie familiale épanouie (par exemple le fameux Jean-Claude Barreau). Plus nombreux cependant sont ceux qui auront vieilli sans remettre en question leurs vieilles lunes soixante-huitardes. Ils ne sont plus que les vestiges d’un passé révolu : celui du "progressisme chrétien" des années 1945-70, qui n’a aujourd’hui pratiquement aucune postérité. Barbey d’Aurevilly raconte une histoire de ce genre, à propos d’un prêtre défroqué à la Révolution (situation avec laquelle l’article fait un parallèle) : « Un prêtre marié » (dont la fille a redécouvert la foi qu’il a abandonnée et est entrée au Carmel). C’est à lire. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

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