Parution : 15 mars 2016
Violence

Sur ses rapports avec le sacré, on connaît les thèses de René Girard : tout groupe social reporte la cause de ses maux sur un bouc émissaire, qui sert de victime expiatoire, chargée des fautes de la collectivité et mise à mort pour cette raison. Là serait le schéma religieux de base, qui évidemment fait perdurer la violence. Mais le philosophe anthropologue prétend que le christianisme y échappe, dans la figure de la Croix : pour la première fois, l’humanité verrait en plein jour la barbarie de ce processus, et par ce spectacle inadmissible Dieu lui ferait honte de l’admettre encore. Il n’y aurait alors aucune raison de l’incriminer pour la violence commise en son nom (voir : Charlie Hebdo : Dieu est-il coupable ?, dans : Le Figaro.fr, 4 janvier 2016)

20 commentaires
En pied de l'article.

Tout cela est bien beau. Malheureusement ce n’est pas conforme à quantité de textes que les chrétiens encore lisent dans leur Bible. On y voit que si Dieu est amour, ce dont se gargarisent beaucoup de croyants en oubliant la suite de la lettre, c’est qu’il a donné son Fils en victime expiatoire pour racheter les péchés des hommes (1 Jean 4/10). Et qu’il fallut que ce sacrifice, même consenti par la victime, fût un parfum d’agréable odeur (Éphésiens, 5/2). Quant à la liturgie de l’Offertoire, à la Messe catholique, on y entend qu’il s’agit par la présentation d’une victime d’« apaiser » un Dieu qui donc ne peut être que courroucé. On ne voit pas là la moindre récusation de la violence, pas plus que dans le thème de l’Agneau de Dieu, qui suit parfaitement le schéma du bouc émissaire.
À la rigueur, Girard au
rait raison si pour faire honte aux hommes le Père lui-même avait été mis en croix, comme l’ont prétendu les Patripassiens, ou si le Christ lui-même avait souffert en tant que Dieu, comme l’ont soutenu les Théopaschites. Cette formulation selon laquelle Dieu a été crucifié pour nous, figure certes dans le Trisagion (le Sanctus) de l’Église orthodoxe. Mais elle a été critiquée pour négation de la Trinité, où les personnes doivent rester séparées.
Cette question est un cas d’école. On y voit l’éternelle opposition entre la recherche théologique, qui se veut ouverte et humaniste, et la vérité philologique, qui, elle, est inflexible.

Voir aussi : La Trinité barbare

20 commentaires
Bonjour MT. 19 mars 2016 08:20, par Agnès GOUINGUENET

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Par "violence", vous évoquez probablement la folie destructrice d’êtres vivants, seuls ou en meute, hominidés compris. Il est certain qu’un tsunami ou une éruption volcanique, ce n’est pas un long fleuve tranquille ...
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Le meurtre signifie l’existence de bourreau(x) et de victime(s).
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Quand on voit les animaux carnivores (chiens de chasse et curée !) et certaines phagocytoses, on se dit que la barbarie est consubstantielle au vivant, puisqu’il doit tuer pour survivre.
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Le problème, c’est la corrida (entre autre délire létal), à savoir la tuerie organisée, planifiée, auréolée, ritualisée, "pour le plaisir". Il n’y a vraiment que des humains pour atteindre une telle perversité.
http://www.269life-france.org/#!devenez-vegan-divertissements/c1gsv
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Quant à la sacralisation de thanatos par l’humain, elle n’est pas nouvelle, comme en témoignent tous les cimetières, tumuli et autres mégalithes.
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Oui, le sadisme des foules qui se rinçaient l’oeil devant la guillotine ! Les exécutions capitales en public ont perduré bien après le Colisée de Rome. Ouf, ce n’est pas moi qui meurt ...
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Ah Mithra ! WIKI est ton ami ...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Culte_de_Mithra
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"Agneau de Dieu, toi qui enlèves le péché du monde" ...
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On n’est pas loin de l’exorcisme hystéroïde.
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Tenez, un peu de calme (avant les tempêtes ?) ...
https://www.youtube.com/watch?v=reg498SwldA
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AG à MT.

Voir en ligne : http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/

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Violence et Dieu crucifié 17 mars 2016 01:42, par Nabuk

Cher Michel, c’est bien Dieu qui est crucifié en sa nature divine. Les trois personnes de la Trinité ayant en commun la nature divine ou essence.

Donc si on crucifie une des personnes divines, les autres sont forcément affectées ou "impactées" comme on dit laidement de nos jours. Vous avez vu beaucoup de personnes aussi liées d’amour ne pas être touchées par la torture de l’un d’entre eux ?
Quelle est votre version du Trisagion orthodoxe ? Vos sources ? Merci d’avance.

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Violence 16 mars 2016 13:11, par Vivien

Bonjour Michel,

Vous écrivez :

"On ne voit pas là (dans l’idée d’ "apaiser" Dieu) la moindre récusation de la violence, pas plus que dans le thème de l’Agneau de Dieu, qui suit parfaitement le schéma du bouc émissaire."

Permettez-moi de vous contredire.
Dans le blog de Tai-gong-wang & co, alias "Paroissiens-progressistes", on peut lire (ici : http://paroissiens-progressiste.over-blog.com/j%C3%A9sus-messie-royal-la-tradition-johannique-primitive-2eme-partie) un article dans lequel il est question de ce thème de l’Agneau de Dieu. On lit dans cet article : " Jean... choisit une image de la littérature apocalyptique, l’« Agneau de Dieu », qui d’après Frédéric Manns (Les racines juives du christianisme, Presses de la Renaissance, Paris, 2006, p. 193), dans 1 Hénoch, est très différente de celle de l’agneau pascal. En effet, dans une description qui date de la période macchabéenne (IIe siècle av. J. - C.), un agneau, symbole du peuple, se distingue : il sera le sauveur d’Israël et Dieu lui donnera la victoire, d’où un renversement, où la faiblesse l’emporte sur la force grâce au seigneur des brebis, image traditionnelle de Dieu dans la Bible. Ici, Jésus est donc désigné comme le Messie-Roi."
En clair, le thème de l’Agneau de Dieu n’est pas, pas seulement, une histoire de sacrifice : il s’agissait de donner à l’agneau, à l’enfant du troupeau, le rôle de Berger.Et ce Berger devait l’emporter sur les loups, contrairement à ce que raconte la fable "Le Loup et l’Agneau" de La Fontaine, où le loup fait sentir son pouvoir au pauvre agneau : il l’accable de reproches, d’abord pour avoir bu dans un ruisseau sur son territoire, ensuite pour une prétendue inimitié des troupeaux de moutons et de leurs guides-bergers et chiens- à son égard ; puis il l’emporte au fond des forêts et le mange. Jésus aussi s’est fait éliminer par ses ennemis.Mais il est ressuscité. La Résurrection, c’est un peu comme si l’Agneau de la Fontaine sortait du ventre du Loup !!!... Et puis, Jésus a dit à Pilate : "Toi, tu dis que je suis roi. Moi, je suis né pour cela, et pour cela je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la Vérité. Quiconque est "de la Vérité" écoute ma voix." Dans ce texte de Jn, à Pilate qui lui parle de royauté, Jésus répond qu’il est venu pour être un guide et un témoin.Le témoin d’une Vérité. Il a cherché à enlever le péché du monde en portant témoignage pour une Vérité contraire à ce péché. Et c’est jusqu’à la mort qu’il a porté ce témoignage. Sa mort a été un martyre, un témoignage suprême.

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Emanuel@Michel Théron : Violence/Girard 16 mars 2016 11:33, par Emanuel

Bonjour
Je trouve votre analyse de Girard très réductrice. La violence est au cœur du monde (les galaxies se bouffent entre-elles tout comme les microbes) et l’homme n’y est pour rien. Dans ce monde de violence la survie des espèces, donc de l’homme, ne tient qu’à un fil. Seuls les plus forts, intelligents, malins subsistent. De là naissent les groupes sociaux. Avec la vie en société nait l’organisation, le partage des tâches, les pouvoirs et avec eux la violence interne (domination du groupe) et externe (gains de territoires)... Ce que nous montre la Bible c’est que le religieux s’empare du pouvoir et l’érige en sacré. Et le sacré devient lui-même violence. Pour conserver le pouvoir le religieux désigne un coupable (bouc émissaire)à la masse aveugle (conditionnée)... Et la croix nous en montre l’accomplissement en devenant elle-même violence (process de conversions)... Dieu en tant que tel n’a rien à y voir. En faisant de Jésus un dieu-idole sacrifié ne fait que momentanément agiter un hochet pacificateur. ET on voit bien en ce moment apparaître le rejet par les masses du joujou en question. Au profit de quoi ?
Aux détails près toutes les religions, tous les pouvoirs ont la même source et les mêmes développements. Le sacré c’est comme la glue quand on y a mis les doigts très difficile de s’en défaire...

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Violence 15 mars 2016 23:13, par Françoise

Bonsoir Michel

Jésus, victime expiatoire du Père ? Ouh la la...c’est peut-être pousser un peu loin, non ?
N’y aurait-il pas plutôt dans le récit évangélique, un souci de cristalliser le personnage christique en lui octoyant une charge héroïque, qui s’accorde avec les peurs et les persécutions de l’époque, à la fois romaines et juives ?
Sinon, comment expliquer qu’avant Jésus, Jean-Baptiste fut aussi exécuté ? Comment expliquer le meurtre de Jacques le Juste, frère de Jésus et d’autres membres masculins de sa famille après la mort de Jésus ?
Après, je sais que Flaubert dit que Jean-Baptiste fut la victime expiatoire et de Salomé et d’Hérodiade, mais bon, n’était-il pas juste la mauvaise conscience du pouvoir en place, donc devant être supprimé ?
Et à la suite de cette exécution, toute la famille de Jean-Baptiste n’échappe pas, du moins dans ses représentants masculins, à une persécution, à des surveillances qui aboutiront à la condamnation puis à la crucifixion de Jésus, puis de son frère Jacques.

Le principe sécuritaire établi par les pouvoirs en place pour le cousin, s’appliquait par extension sans doute aussi à la famille de Jésus. A moins que Jésus n’ait vécu sous un mode ultra soumis, passif, et observant, il était plus que probable qu’il serait un jour inquiété par les autorités religieuses comme romaines.

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Parution : 21 septembre 2017
Parution : 12 septembre 2017
Parution : 28 juillet 2017
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