Parution : 12 avril 2016
Ambiguïté

Elle caractérise l’état actuel du monde, en particulier la situation géopolitique. On ne sait plus aujourd’hui si les amis de nos amis sont aussi nos amis, pas plus que si les amis de nos ennemis sont aussi nos ennemis. Tel état commerce avec tel autre, qui par ailleurs favorise en sous-main les intérêts des ennemis du premier. Ou pour mieux dire, les états aujourd’hui ont beaucoup moins de pouvoir que certains intérêts privés qui se manifestent en leur sein, et qui ignorent la politique étatique affichée. C’est l’argent qui est la vraie puissance.

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Autrefois tout était clair, les ennemis étaient bien localisés, « héréditaires » parfois : pour la France, l’Angleterre, ou bien l’Allemagne, etc. On savait nettement contre qui on se battait. Mais aujourd’hui la confusion est totale. Cela peut aller jusqu’à l’intime même des familles : « Car le fils méprise le père, la fille se soulève contre sa mère, la belle-fille contre sa belle-mère ; chacun a pour ennemis les membres de sa famille. » (Michée, 7/6) Et la leçon finale est prévisible : « Tout royaume divisé contre lui-même court à la ruine ; aucune ville, aucune famille, divisée contre elle-même, ne se maintiendra. » (Matthieu 12/25)
C’est une crise des valeurs, où tout se brouille : on ne sait qui l’on doit suivre, et pas plus qui l’on a en face de soi. La réalité aujourd’hui est au moins bifrons, à deux visages, comme Janus. De cette ambiguïté axiologique généralisée, Shakespeare s’est fait l’écho par la voix des sorcières de Macbeth : « Le beau est affreux, et l’affreux est beau ».
Il n’est donc pas étonnant que l’individu désorbité et esseulé cherche un sens qui ne soit pas le non-sens profond de la seule idéologie planétaire reçue aujourd’hui : la religion néolibérale, la loi du marché, et le culte de la consommation. La radicalisation dont on parle tant aujourd’hui est, comme son nom l’indique, la quête de racines. Cela fait le lit des théo-fascismes actuels, qui ne prospèrent que dans le désert du politique, désorienté et impuissant devant les options incompréhensibles d’un monde mondialisé.

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Ambiguïté 15 avril 2016 14:19, par Deroëc

Bonjour Michel,
Vous écrivez que la radicalisation est la quête des racines...En dépit du rapport étymologique qui unit radical et racine, la radicalisation est plutôt le durcissement des positions d’individus prétendument inspirés et dont le seul but est de faire régner la terreur, par vengeance, par dépit,
par plaisir mais sans faire référence à de quelconques versets du Coran qu’ils ne considèrent sûrement pas comme les fondements de leurs folies meurtrières.
Amicalement
Deroëc

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Ambiguïté 14 avril 2016 21:46, par Françoise

Bonsoir Michel

Je ne crois pas que cette ambiguïté soit un phénomène moderne. Chaque période de l’Histoire a vécu de tels moments.
Je crois surtout que l’ère impérialiste néo-libérale a tenté d’acheter le silence du plus grand nombre de citoyens par un mode de vie basé sur la consommation. Et que du coup, le peuple a oublié la nécessaire lutte des classes pour équilibrer les pouvoirs. Tant que les gens avaient la possibilité de consommer, ça allait. Mais les plus riches ont poussé la situation jusqu’à sa limite, c’est à dire en augmentant leurs profits tout en appauvrissant le peuple. Aujourd’hui 3% de terriens possèdent plus de la moitié des ressources de la planète. Et la misère avance y compris dans les classes moyennes. C’est sur cette misère que prospère une partie de l’intégrisme religieux. Mais aussi sur l’extrême richesse d’une minorité (l’intégrisme aime l’argent et veut lui aussi sa part du gâteau financier, c’est visible dans tous les courants religieux). Et ce n’est pas nouveau. C’était déjà comme ça du temps des Egyptiens, du temps des Grecs, des Incas.
Même chose sur ce qui se passe dans les familles.
Si vous lisez un peu les comptes rendus de tribunaux les plus anciens, vous voyez à quel point les familles ont toujours été des lieux de violence et d’oppositions. Qu’on parle de mariages forcés, d’infanticide, d’empoisonnement du grand-père pour toucher plus rapidement l’héritage,du meurtre de la femme qui a eu le malheur de surprendre son mari avec une autre, de la violence conjugale,des incestes.
Tout ça n’est pas nouveau.

L’exode rural et l’augmentation de gens en milieu citadin depuis cinquante ans, qui rendent ces violences plus anonymes, ont simplement lissé les choses, tout en les révélant davantage que lorsqu’elles se passaient en milieu rural. Ce qui créée d’un côté des peurs et de l’autre, une banalisation de la violence. Ce qui aboutit à une forme d’acceptation de la violence, acceptation qui paralyse et terrorise durablement.

Du coup, nous avons tous l’impression que les situations sont devenues plus chaotiques alors qu’elles n’ont absolument pas changé. Elles ont juste évolué dans un milieu et un contexte différents qui les ont comme noyées dans la masse.

Mais les ennemis d’hier sont les mêmes qu’aujourd’hui.

Les citoyens d’ailleurs commencent à se réveiller d’un long sommeil et en ont pris conscience.

Les différents mouvements d’émancipation humaine qui se tissent ces dernières années dans différents pays du monde, montrent bien la prise de conscience populaire et la volonté d’un changement réel de fonctionnement social, politique, éducatif, qui ne passe pas par l’intégrisme ni par un parti politique providentiel mais par un mouvement général citoyen, des humains sans grade en convergences de luttes.

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Ambiguïté 14 avril 2016 17:20, par Mamie

"Cela fait le lit des theo-facismes actuels". Je dirais plutôt idôlo-fascismes"... Inutile de mêler Dieu, même en concept, au fascisme. Sauf à vouloir noyer Dieu avec l’eau du bain (de sang). C’est un choix possible, évidemment.

Michel, je vous conseille la lecture de EE Schmitt, "La nuit de feu" à ce propos", parole de philosophe libératrice.

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