Parution : 4 mai 2016
Pardon

Quoi de plus beau que ce mot ? Il panse les blessures, apaise les animosités, insuffle dans les âmes un salutaire élan vers l’avenir. Et pourtant les modalités n’en sont pas simples. Ainsi le Synode de l’Église évangélique vaudoise, à qui le pape François avait demandé pardon en juin de l’année dernière pour les persécutions subies par les Vaudois de la part de l’Église catholique, lui a répondu dans une lettre ne pas pouvoir se « substituer à ceux qui ont payé de leur sang et avec d’autres souffrances leur témoignage à la foi évangélique » et « ne pouvoir pardonner à leur place » (Source : la-croix.com, 25/08/2015)

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Il me semble bien en effet qu’en toute logique le pardon doit être donné par la victime elle-même, et non par ses descendants. La demande de pardon rétrospectif de la part des successeurs ou « ayants-droit » du criminel est par bien des côtés une solution de facilité, fait oublier l’horreur du crime lui-même. Cela me fait penser, dans un ordre d’idées comparable, à ces « lois rétroactives », que notre droit récuse, en vertu de l’article 8 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 : « Nul ne peut être puni qu’en vertu d’une loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée ». Le gouvernement de Vichy en a fait un usage barbare, comme il se voit dans le film de Costa-Gavras, Section spéciale (1975).
Bref, pour que le pardon ait un sens, il faut que les victimes soient encore présentes pour l’accorder. Sinon, c’est une trahison à leur égard. Par exemple, les protestants d’aujourd’hui pourraient-ils pardonner à l’Église catholique, à supposer qu’elle le leur demande, le massacre de la Saint-Barthélemy ? Je ne le pense pas. Ou encore, les descendants des victimes de la Shoah peuvent-ils pardonner aux bourreaux de celles-ci ? Ce serait se substituer indûment à elles, oublier le tragique gaspillage que fut leur mort, et pourquoi pas y voir une quelconque utilité, comme il se voit chez nous dans le dogme à mon avis barbare de la réversibilité, selon lequel les mérites du martyr sacrifié profitent à l’ensemble de la communauté.

La Théologie buissonnière de Michel Théron est maintenant disponible en version électronique, avec enrichissements multimédias, à l’adresse : http://www.editions-olivetan.com/accueil/745-theologie-buissonniere-notions-fondamentales-de-culture-religieuse.html (700 pages, 9,99 euros).

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Pardon 13 mai 2016 09:42, par marie ch

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Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.

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Pardon 13 mai 2016 09:36, par marie ch

Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu.

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Bonjour cher MT. A MON HUMBLE AVIS ... 9 mai 2016 10:05, par Agnès GOUINGUENET

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Le pardon est un acte de reddition. C’est une acceptation du crime.
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Le temps permet une diminution du réactionnel, une avancée vers une certaine indifférence, une certaine anesthésie.
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Mais il ne faut pas pardonner car c’est une incitation à la récidive.
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Le pardon est le pire des freins pour l’évolution constructive. Pardonner, c’est ne pas empêcher qu’il y ait d’autres victimes à-venir.
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Quand des non-victimes demandent pardon, ils ne font que présenter leurs excuses de ne point avoir empêché les victimes de devenir telles.
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Joli lundi.
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AG à MT.
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N.B. Aucun humain n’offense Dieu puisque c’est Dieu qui a créé l’humain imparfait (si l’on y croit, bien sûr).

Voir en ligne : http://gouinguenetagnes.blogspot.fr/

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Pardon vaudois 9 mai 2016 03:45, par Mamie

Bonsoir Michel,
En tant que descendante de vaudois du Luberon, cette affaire de pardon m’a beaucoup touchée. Je ne sais pas si nos frères vaudois étaient tout à fait dans la justesse, mais j’ai bien compris leur démarche, me semble-t-il.

En effet, ils auraient pu, en tant qu’Eglise vaudoise (entité au-delà du temps) pardonner à Rome ses persécutions. Mais ils ont préféré renvoyer aux personnes autrefois persécutées.

Je leur donne raison parce que justice n’a pas été faite !
Personne ou si peu en France connaît l’histoire de ces persécutions. L’Eglise de France les a gommé de son histoire.
Il fallait il y a encore peu, aller en Allemagne ou Italie pour rencontrer des théologiens qui connaissent (très bien) cette affaire.

je me souviens avoir plaidé cette cause historique auprès de Danielle Hervieu-Léger il y a plus de 10 ans, sans réaction.

Je crois que l’Eglise protestante vaudoise pardonnera quand son histoire sera connue et elle est capitale pour l’histoire de l’Eglise. C’est le chaînon manquant. Car depuis le Moyen-äge, des chrétiens étaient en quête d’orthodoxie perdue...

On ne demande pas pardon pas simple diplomatie, sans expliquer à ses propres ouailles ce pour quoi on demande pardon. pas de pardon sans oeuvre de mémoire. Idem pour la Shoah.

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Pardon 8 mai 2016 08:45, par marie ch

Le Christ n’a pas dit sur la croix:je vous pardonne,mais il s’est adressé au Père en demandant ce pardon pour eux.

J’ai expérimenté ce Pardon du Père et ce n’est qu’après que la réconciliation a été possible.En une fraction de seconde mon coeur s’est délié et ma rancoeur a disparu.

Nous sommes des enfants qui connaissent mal le Père.

Seul Dieu connait le fond de notre coeur.Le pardon n’a été possible que parce que j’ai regretté amèrement sans pouvoir dépassé ma rancoeur.
Si dans nos conflits nous nous tournions d’abord vers le Père pour demander son Pardon , nul doute qu’il changerait nos regards et faciliterait ainsi nos réconciliations.

Je me pose la question de la confession.Jamais le Christ n’a demandé un aveu.Que la confession soit un partage de notre vie et de notre route avec le Seigneur pour s’aider en frères,oui !
Mais sommes nous vraiment pardonnés par des hommes ?
Je n’oublierai jamais ce moment vécu:même si la personne ne nous pardonne pas ,on comprend que tous nous sommes en chemin.

Il vaudrait mieux demander pardon au PERE pour l’eglise catholique,Le Christ n’a t’il pas dit:enlève la poutre de ton oeil et tu verras la paille dans l’oeil de ton frère.....

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Pardon 7 mai 2016 22:34, par Françoise

Bonsoir Michel

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec votre propos, car il est des crimes qui restent impardonnables pour les victimes.
Les génocides, qu’on parle de la Shoah, du génocide rwandais, du génocide arménien pour ne citer que ceux là, font partie des crimes impardonnables.
Je pense que les crimes sexuels sont du même ordre.
Les meurtres gratuits, crapuleux, la torture, le travail forcé, les humiliations physiques, psychologiques également.

Et donc dans ces cas précis, c’est Dieu qui doit pardonner, pas les victimes car ce serait comme leur demander de dire que les tortures subies étaient acceptables, pas si graves que ça. Ce qui n’est pas le cas.

Remarquez que dans les évangiles, Jésus agit ainsi. Il demande au Père de pardonner à ses bourreaux mais il ne le fait pas lui-même. Et pour cause...c’est parfaitement impossible dans sa position.

Je crois également qu’il faut que les victimes cessent de culpabiliser si elles ne peuvent pas pardonner à leurs bourreaux. Je sais que la société humaine et d’autant plus croyante, réclame des victimes qui ne font pas de vagues, ne portent pas plainte, se taisent et soient des personnes qui pardonnent. Sauf que, ça n’a rien à voir avec un minimum de justice, de paix, de réel apaisement et c’est souvent demander aux victimes de se piétiner, donc de donner raison à leurs bourreaux. Ce qui est d’une incroyable violence qui se surajoute aux crimes subis.

Il est déjà plus que difficile et long de verbaliser certaines atrocités, alors demander en plus que les victimes pardonnent ce qu’elles ont subi, c’est plus que pousser le bouchon...D’ailleurs les victimes ne pardonnent jamais la plupart du temps. Ce qu’elles ont subi étant trop atroce pour être pardonné. Et se ne sont effectivement pas leur descendance qui peuvent le faire. Ni même la société.
Les lois d’amnistie pour certains régimes totalitaires et crimes odieux sont je trouve, une aberration et piétinent non seulement les victimes, mais toute possibilité de dignité, de paix et de justice.

Ceci dit, certaines victimes, celles qui le souhaitent, peuvent demander à Dieu de pardonner à leurs bourreaux, sans piétiner leur dignité déjà bafouée par les crimes subis. Maintenant est-ce que Dieu pardonnera ? Ca c’est la question à 100 000 euros...

Bonne soirée et bon week-end, Michel !
Amicalement

Françoise

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Parution : 15 novembre 2017
Parution : 8 novembre 2017
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